Le mausolée du comte d’Harcourt

par Jean-Baptiste Pigalle (1776)
Le mausolée funéraire du comte d’Harcourt sculpté par Jean-Baptiste Pigalle illustre une « réunion conjugale » en hommage de la comtesse à son mari défunt.

Le comte et la comtesse d’Harcourt

Henri-Claude d’Harcourt, est le sixième fils d’Henri, duc d’Harcourt, maréchal de France, décédé en 1718. Comte et lieutenant-général des armées du roi, sa carrière s’exerce au second rang. Lorsqu’il meurt en 1769, sa veuve, Marie-Magdeleine Thibert des Martrais, comtesse de Chiverny, souhaite lui rendre hommage. Sa fortune lui permet de s’adresser à un artiste de renom : le sculpteur Jean-Baptiste Pigalle.

Une réunion conjugale

Le thème de cette composition, dite la réunion conjugale, est défini dans le contrat, daté du 1er juillet 1771, que le sculpteur passe avec la comtesse d’Harcourt :”À l’une des extrémités du sarcophage, sera l’ange tutélaire dudit seigneur comte d’Harcourt qui, voyant venir ladite dame comtesse d’Harcourt, lèvera d’une main la pierre du tombeau et de l’autre tiendra le flambeau de l’hymen ; M. le comte qui, après avoir paru reprendre un moment de vie à la chaleur de son flambeau, se débarrasse de son linceul et tendra à son épouse ses brans languissants… Derrière M. le comte sera la mort tenant un sable pour montrer à Mme la comtesse que son heure est venue. Mme la comtesse, au bas du sarcophage, exprimera par son attitude l’impatience qu’elle a de se réunir à son époux ; à la vue de cette réunion, l’ange tutélaire éteindra le flambeau de l’hymen”.

 

L’œuvre de Jean-Baptiste Pigalle

Ce monument de marbre blanc est l’œuvre du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785). Académicien en 1744, protégé de Madame de Pompadour depuis 1750,  sculpteur pour le roi, ami de Voltaire et Diderot dont il fait les portraits, il est un artiste très prisé de la noblesse lorsqu’il réalise ce monument en 1776. Pigalle est intervenu auparavant sur d’autres monuments funéraires et commandes religieuses à Saint-Germain-des-Prés et Saint-Sulpice.

Pour ce monument le sculpteur propose une allégorie de la fidélité conjugale. Son style se caractérise par une grande acuité au réalisme. Empreint de l’esprit des lumières et de l’encyclopédie, il reprend les nouvelles observations du corps humain. Il n’hésite pas à représenter le corps décharné par la mort, tout en y ajoutant les expressions de l’âme humaine.

Pendant la Révolution, le mausolée se situe au dépôt des Petits-Augustins (plus tard École National Supérieure des Beaux-Arts de Paris). Puis, il reprend sa place dans la cathédrale en 1820 par le sculpteur Louis-Pierre Deseine, aux frais de la famille d’Harcourt-Beuvron.

La chapelle d’Harcourt

A l’origine, cette chapelle est placée sous le patronage de saint Pierre et de saint Etienne. Par délibération et acte capitulaire du 9 mars 1746, le Chapitre de Notre-Dame la concède à l’abbé Louis-Abraham d’Harcourt-Beuvron pour lui servir de sépulture, ainsi qu’à sa famille. Il est alors chanoine de Notre-Dame, grand vicaire de l’archevêché et doyen du chapitre, Il fait aménager cette chapelle à ses dépens. Il y est inhumé en 1750. S’en suit l’inhumation de ses descendants parmi lesquels Henry-Claude et son épouse.

Autrefois, un vitrail aux couleurs vives représentait une cour céleste et de nombreux hauts dignitaires de l’Eglise. Le vitrail est détruit en 1774, à la demande de Pigalle, et remplacé par des verres blancs, pour procurer un jour vrai au mausolée du feu comte d’Harcourt. L’ensemble du décor disparait  pendant la période révolutionnaire. Les actuelles peintures murales, restaurées à la fin des années 1990, sont réalisées d’après les dessins de Viollet-le-Duc. Le monogramme de la famille d’Harcourt est choisi pour illustrer le mur où s’appuie le mausolée. Appelée chapelle d’Harcourt, elle est aujourd’hui sous le vocable de saint Guillaume.