Les architectes de Notre-Dame

Au XIIIe siècle, Jehan de Chelles et Pierre de Montreuil, principaux architectes de Notre-Dame inventent et construisent des formes et des techniques nouvelles. Au XIXe siècle, Viollet-le-Duc est l’architecte restaurateur de la Cathédrale.

Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814 –1879)

Eugène Viollet-le-Duc est trentenaire lorsqu’il remporte le concours pour la restauration de la Cathédrale avec Jean Baptiste Lassus. Fonctionnaire des Monuments historiques, il a mené à 26 ans le chantier de restauration de la basilique de Vézelay. Autodidacte, son apprentissage s’est déroulé sur les routes d’Italie. Lors du dépôt de leur projet, Lassus et Viollet-le-Duc proposent une charte morale pour faire preuve “d’une religieuse discrétion” et d’une “abnégation complète”. Notre-Dame est le plus important chantier de restauration de l’époque. Il se déroule de 1844 à 1864, avec une interruption entre 1851 et 1859, faute de moyens financiers. Durant cette vaste entreprise, sa notoriété s’accroit au fur et à mesure que la critique s’enthousiasme ou s’enflamme.

Viollet-le-Duc aborde la réfection de l’édifice d’une façon moderne et inédite. Il base son travail sur un corpus documentaire constitué à partir de dessins anciens. Il étudie méthodiquement le monument, analyse chaque détail pour en comprendre les articulations et modification au cours du temps. L’architecte complète ses connaissances sur les matériaux et techniques de construction du Moyen Age, et demande à certains artisans d’art d’installer leurs ateliers au pied de la cathédrale. Il rassemble ses observations dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XIVè siècle. Il y explique sa philosophie de la restauration. D’après lui, nul édifice de l’architecture ne surpasse la beauté de Notre-Dame. Au cours de son travail, il se confronte en permanence à un dilemme : retrouver l’état médiéval d’origine ou bien garder les traces de l’histoire. Il adopte souvent des compromis ou interprète l’architecture d’origine par des adjonctions dans le style médiéval. Ses contemporains le lui reprochent.

Pierre de Chelles

Pierre de Chelles, fils ou neveu de Jean de Chelles, prend la succession de Pierre de Montreuil. Son intervention débute vers 1296 par les chapelles du chevet. Il intervient ensuite sur les arcs boutants au-dessus de l’abside. Il travaille de 1300 à 1318 à la construction du jubé et son décor sculpté en clôture du chœur. A sa mort, les architectes Jean Ravy de 1318 à 1344, puis Jean Le Bouteiller, finalisent son travail.

Pierre de Montreuil (Paris 1200- Paris 1267)

Pierre de Montreuil participe aux plus grands chantiers de son époque : l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés en 1239, puis la basilique Saint-Denis vers 1247. Lorsque qu’il succède à Jean de Chelles sur le chantier, il doit sa renommée à ses partis pris novateurs en matière de construction. Son intervention sur la cathédrale est majeure : il dresse de gros piliers ronds sur lesquels s’appuient les retombées d’ogives. Ainsi, l’architecture s’élance du sol aux voûtes, directement et sans interruption. Il propose de lire les formes à travers des lignes simples et harmonieuses. Il fait agrandir la nef et les bas-côtés et modifier les voûtes et la nef du chœur. En extérieur, il intervient sur le chevet, les bras du transept, les croisillons et le portail sud. Il fait garnir le triforium de vitraux. C’est à lui qu’on doit l’émergence du style dit « gothique ». En 1265, dénommé maître des œuvres de la cathédrale de Paris, il est identifié à sa mort comme doctor lathomorum, c’est-à-dire maître dans la pierre construite.

Jean de Chelles ou Jehan de Chelles (1200-1258)

Au Moyen Age, les architectes sont rarement mentionnés. Ils sont connus au titre de maçon ou de « maitre d’œuvre ». Jean de Chelles est identifié grâce à une ancienne inscription apposée sur le transept sud. La mention d’un architecte, exceptionnelle au Moyen Age, prouve le rôle déterminent qu’on lui reconnait à sa mort en 1258.

Jean de Chelles impose un nouveau concept architectural basé sur de grandes baies vitrées percées dans les murs. Il reprend la technique employée avec succès en 1231 à la basilique Saint-Denis par le « Maitre de Saint Denis », dont il est peut-être lui-même l’auteur. Il entreprend l’édification du transept nord, la conception et le début de la réalisation du bras sud paré du portail Saint-Étienne.