Homélie du dimanche 11 mars 2018
publié le 09/04/2018 dans Non classé

Être signe de contradiction en annonçant l’Amour miséricordieux

           

Depuis le début de notre carême, nous cherchons à être des disciples du Christ en devenant à sa suite des signes de contradiction. Par le baptême, nous avons reçu la grâce du discernement ; par la contemplation nous sommes devenus des êtres illuminés au cœur de nos ténèbres et la semaine dernière, nous avons emprunté le chemin qui conduit au bonheur !

En ce dimanche de la joie, n’ayons pas des têtes de carême, mais rendons compte de notre foi si joyeuse ! Mais pourquoi une telle joie ? Les paroles de Jésus à Nicodème sont une véritable révolution spirituelle. La petite Thérèse s’est émerveillée de la tendresse de Dieu et de son dessein d’amour : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui… obtienne la vie éternelle. »  La foi est le plus beau cadeau de notre vie ; elle nous permet de vivre beaucoup plus de Dieu. Il nous faut la faire grandir ou plutôt la fortifier par la prière, la lecture priante de la Parole de Dieu, par les sacrements, par des lectures spirituelles. Il nous faut développer l’intelligence de la foi ; comme le dit saint Augustin, nous devons convertir notre intelligence : il ne s’agit pas d’abord de comprendre afin de croire, mais bien plutôt de poser un acte de foi afin de mieux comprendre. Foi et raison ne s’opposent pas ! Certains aiment jouer avec leur foi et provoquent des doutes volontaires pour se faire peur ! D’autres connaissent des doutes, traversent des épreuves qui ébranlent leur foi, c’est là où il faut s’attacher au Christ ; si Dieu nous met à l’épreuve, c’est toujours pour nous faire grandir ! N’oublions pas que Dieu en envoyant son Fils ne veut pas juger le monde, mais le sauver. Purifions nos représentations de Dieu qui n’est ni un père vengeur, ni un père fouettard, ni un moralisateur, mais un Dieu d’amour. Vous ne ferez jamais naître de la vengeance dans le cœur de Dieu car il est Amour. J’entends encore des fidèles qui sont persuadés qu’ils vont payer en arrivant chez le Père ! C’est déjà une bonne nouvelle s’ils sont chez le Père, mais surtout dans le Royaume, tout est grâce, gracieux et donc gratuit.

Et le Christ de préciser à Nicodème : « Celui qui croit en lui échappe au jugement ». Avons-nous bien entendu ? Si nous vivons de la foi, nous échappons au jugement ; oui nous sommes sauvés ! Certains vont me dire : c’est beau, mais vous oubliez le jugement dernier !

 

 

Comment articuler la justice distributive qui est décrite en Matthieu 25 où le Christ siégeant sur son trône de gloire séparera les hommes les uns des autres pour distribuer récompenses et châtiments et la justice salvatrice annoncée à Nicodème ?

Sans doute faut-il dire auparavant ce qu’est la miséricorde divine évoquée en saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens que nous venons d’entendre. Certes, Dieu n’a pas épargné le Fils, puisqu’il l’a livré pour nous tous. Dieu est miséricorde et consolation pour le Christ d’abord et pour chacun d’entre nous.

Devant cette miséricorde demeure la crainte de fermer son cœur à l’amour miséricordieux. Seule la confiance l’ouvre et l’accueille. Cette miséricorde vient de la toute-puissance de Dieu. Séparer la Toute-puissance de la miséricorde serait une trahison du Cœur de Dieu. La Toute-puissance de Dieu s’identifie avec sa paternité ; Dieu n’est que don.

Revenons alors à la justice divine ; elle s’exerce sur nous en nous justifiant ; là encore, nous avons besoin de convertir nos idées sur la justice de Dieu ; elle est celle d’un Père. Elle ne condamne pas, elle est source de vie. Elle est avant tout miséricordieuse fidélité à une volonté de salut. Dieu n’exerce pas sa justice à la manière humaine ; la justice salvatrice englobera toujours la justice distributive ; c’est dire que Dieu décide de ne pas s’en tenir avec l‘homme à la stricte justice, mais de le sauver gratuitement et miséricordieusement. Dieu s’engage vis-à-vis de l’homme dans une histoire de Salut. Ainsi la stricte justice de Dieu n’est pas son dernier mot. Au-delà de la stricte justice, Dieu est amour et miséricorde ; l’amour tout en dépassant la justice, ne l’élimine pas, mais l’inclut.

Le Père instaure alors un nouvel ordre de justice. En Dieu, justice et miséricorde sont liées. Dieu est juste en étant fidèle à ce qu’il est, c’est-à-dire amour miséricordieux. « Celui qui croit au Christ échappe au jugement. » Chez saint Jean, s’il y a jugement, c’est tout simplement parce que l’homme force Dieu à le juger. La petite Thérèse a raison en disant qu’elle arrivera les mains vides dans le Royaume.

Alors, soyons des signes de contradiction en n’ayant plus peur de Dieu. Si vous voulez de la justice divine, vous l’aurez, car Dieu donne toujours ce qu’on lui demande ! Moi, j’ai choisi de m’offrir à son amour miséricordieux ; c’est moins sécurisant, mais nettement plus libérant « Je veux dit Thérèse à chaque battement de mon cœur vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que les ombres s’étant évanouies, je puisse vous redire mon amour dans un face à face éternel. »

N’hésitez pas à annoncer cette bonne nouvelle qui fera tomber des aprioris sur Dieu et qui contredira le reste de jansénisme que l’on a encore dans un coin de nos cœurs.

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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