Deuxième conférence spirituelle de janvier
publié le 16/01/2017 dans Actualité

le dimanche 15 janvier 2017 à 17h00

Dimanche 15 janvier : « Seigneur apprends nous à prier – Se mettre en présence de Dieu » 

La semaine dernière nous avons vu les difficultés rencontrées lorsque nous voulons prier un peu longuement. Aujourd’hui, je souhaite mettre en place avec vous le premier temps de l’oraison. Mais auparavant je veux aborder quelques points importants qui aideront à la mise en présence de Dieu.

Tout d’abord la question du lieu. Je ne vous apprends rien en vous disant que ce lieu doit être calme et silencieux. Faut-il prier dans une église ? Oui bien sûr puisque c’est la maison de Dieu, le Christ est présent dans son tabernacle ; comme aimait le rappeler le Curé d’Ars : Il est là ! On peut aussi prier dans sa chambre, dans un endroit retiré de la maison comme le recommande Jésus lui-même ; nous pouvons aussi prier face à un beau paysage ; saint Jean de la Croix le recommandait à ses novices.

Celles et ceux qui sont allés en Terre Sainte savent combien ces paysages où le Christ a vécu aident à la contemplation : le lac de Tibériade, le mont des tentations, le désert de Judée, le champ des bergers, le mont Thabor et tant d’autres.

On peut prier aussi dans le métro, en marchant ou à vélo ; mais attention aux extases, cela peut être dangereux. Cependant pour l’oraison, il est important de se retirer dans sa cellule intérieure.

Ensuite la question de l’heure ; il faut être éveillé, donc jamais au moment de la sieste pour ceux qui en font une ! Pas trop tard pour ceux qui se couchent tôt ! et pas trop tôt pour les lève-tard ! Il faut préciser l‘heure et ne pas hésiter à marquer votre rendez-vous d’amour sur vos agendas. Ce qui est important, c’est de respecter l’horaire prévu, sinon vous allez courir après le temps et l’oraison risque de disparaître de votre journée. Si certains sentent un appel à prier au milieu de la nuit, surtout qu’ils y répondent. C’est toujours une grâce de prier dans le grand silence de la nuit.

Comment prier avec son corps ? N’oublions pas que nous prions avec tout notre être ; ainsi les attitudes corporelles expriment quelque chose de notre prière. Saint Jean-Marie Vianney aimait avoir les mains jointes croisées pour exprimer et soutenir la prière du cœur. Certains aiment se mettre à genoux, d’autres assis, d’autres enfin allongés, mais là c’est dangereux, car notre oraison peut devenir celle de saint Pierre ! Ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut être bien installé pour ne pas avoir de crampes.

Tout comme en pèlerinage, on prie avec ses jambes et ses pieds, dans l’oraison, c’est tout l’être qui entre dans le secret de Dieu.

Quelques mots maintenant sur la préparation avant le temps proprement dit de l’oraison. Tout d’abord la préparation lointaine : notre journée est-elle ponctuée par la présence de Dieu. Nos vies sont tellement agitées, que nous avons du mal à penser à Dieu tout au long de notre journée. Il est bon alors d’avoir comme un fil rouge ; par exemple entre deux activités, un temps rapide pour le Seigneur ; il y a le bénédicité avant les repas ; il y a l’angelus ; c’est peu et pourtant c’est beaucoup, car notre cœur est comme rythmé par ces clins d’œil au Seigneur.

Quant à la préparation, juste avant l’oraison, il faut un sasse avant de commencer le temps d’oraison. Il faut sûrement une transition entre une activité fiévreuse et la mise en présence de Dieu. Attention, il n’est pas nécessaire de faire le vide, car je peux aller au Seigneur avec tous mes soucis. La finalité de la prière n’est pas de faire le vide, ni d’oublier les préoccupations quotidiennes ; je vais prier pour rencontrer Dieu, dialoguer avec lui à partir de ce que je vis. Les définitions de l’oraison par les grands mystiques ne disent pas autre chose. Par exemple, la grande Thérèse : « l’oraison mentale n’est, à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. » (Vie, 8) ou saint Ignace : « un ami qui parle à un ami et qui sait se taire pour l’écouter », sans oublier la réponse du bon paysan d’Ars à son curé : « Il m’avise et je l’avise. »

Si nous ouvrons le Catéchisme de l’Église Catholique, dans la 4ème partie, on nous donne quelques conseils comme le choix du temps et de la durée de l’oraison. « On ne fait pas oraison quand on a le temps », (CEC n° 2710) car vous ne ferez pas souvent oraison.

Combien de temps ? Minimum vingt minutes ; c’est une affaire entre Dieu et vous ! « L’oraison, dit encore le catéchisme, est la remise humble et pauvre à la volonté aimante du Père en union de plus en plus profonde à son Fils bien-aimé. » (CEC n° 2712)

Cette union entre le Fils et chacun d’entre nous suppose un temps assez long, car elle demande une mise en présence de Dieu qui ne se fait pas en deux minutes ; nous allons y revenir, mais en conclusion, nous reprenons la définition du catéchisme : « l’oraison mentale est l’expression simple du mystère de la prière. Elle est un regard de foi fixé sur Jésus, une écoute de la Parole de Dieu, un silencieux amour. Elle réalise l’union à la prière du Christ dans la mesure où elle nous fait participer à son mystère ». (CEC n° 2724).

Il est temps de tracer un chemin. Nous allons nous mettre à l’école carmélitaine en nous appuyant, entre autres, sur les enseignements de Thérèse d’Avila, la petite Thérèse, Élisabeth de la Trinité et tant d’autres comme le Bienheureux Père Marie- Eugène, fondateur de Notre-Dame de Vie.

Nous allons surtout partir de l’oraison de recueillement qui est accessible à tous. « L’âme, écrit Thérèse d’Avila, y recueille toutes ses puissances et entre au-dedans d’elle-même avec son Dieu. » (Chemin de la perfection ch. XXX).

Ce recueillement ne tombe pas du ciel ; il faut un effort de la volonté pour l’obtenir : s’arracher aux choses extérieures pour se porter vers le centre de l’âme ; c’est ce que nous appelons la mise en présence de Dieu. Ce recueillement conduit l’âme dans le temple le plus intime du Seigneur, pour prendre contact avec lui, pour s’occuper de lui. Mais attention à l’inactivité paresseuse dans la prière qui n’a plus rien de divin.

Comment parvenir à ce recueillement ?

Tout d’abord commencer par un signe de Croix bien fait, pas trop rapide ; notre prière est chrétienne. Le signe de Croix nous plonge à la fois dans le mystère Trinitaire et dans le don du Fils à tous les hommes. Ainsi n’hésitez pas à soigner ce signe en le faisant plus lentement et en pensant à ce que vous faites.

Ensuite, il nous faut poser un acte de foi : prendre conscience que Dieu est là. Thérèse s’adressant à ses sœurs leur dit : « celle qui ne considère pas à qui elle parle et ce qu’elle demande et qui est celle qui demande, et à qui, je n’appelle pas cela faire oraison ». (Demeures 1, 7)

Il ne suffit pas de méditer sur Dieu, il faut qu’il y ait une relation personnelle avec le Seigneur, une relation où il y a contact direct, un face à face.

Un père carme, avant d’entrer dans sa cellule frappait à la porte en disant : « Tu es là ? » et il entrait ; une façon comme une autre de se rappeler que le Seigneur nous attend et qu’il est bien là.

Alors si le Seigneur est dans notre chambre, ne faut-il pas se reconnaître pécheur ; je ne suis qu’une pauvre créature blessée face à Celui qui est le Tout-puissant et le trois fois saint, mais qui vient mendier notre pauvre amour.

Il s’agit de faire un examen de conscience et de demander pardon pour tous les manques d’amour ; nous pouvons redire un “je confesse à Dieu” ou le “psaume 50” ou tout acte pénitenciel que l’Esprit Saint nous soufflera.

« La demande du pardon est le premier moment de la prière de demande. Elle est le préalable d’une prière juste et pure. L’humilité confiante nous remet dans la lumière de la communion avec le Père et son Fils Jésus-Christ, et les uns avec les autres : alors « quoi que nous lui demandions, nous le recevrons de lui ». La demande de pardon est le préalable de la liturgie eucharistique, comme de la prière personnelle » nous redit le catéchisme. (CEC n°2631)

Il ne s’agit pas de se reconnaître pécheur pour le plaisir de se reconnaître pécheur ; ce n’est pas non plus de la fausse humilité ; c’est une reconnaissance de ce que je suis : une créature aimée, et qui tient tout de Dieu.

« La prière de l’homme qui s’humilie percera les nuées. » (Si 35, 21)

Réconciliés, alors nous pouvons invoquer l’Esprit Saint, car c’est bien lui qui vient au secours de notre faiblesse et qui prie en nous. La prière la plus simple et la plus traditionnelle est le Veni Creator ou la séquence de la fête de la Pentecôte : « Viens en nous, Père des pauvres ; viens dispensateur des dons ; viens lumière en nos cœurs. »

Mais là encore, toute autre prière à l’Esprit est possible. Soyez dociles au Maître intérieur et « priez en tout temps, dans l’Esprit » nous rappelle saint Paul (Ep 6, 18)

Enfin c’est l’acte d’offrande de tout nous-même au Seigneur. Ce temps est donné pour Dieu, c’est pourquoi nous sommes dans la gratuité et non l’efficacité. Rappelez-vous saint Paul au chapitre 12 de l’épître aux romains : « Je vous exhorte, frères, par la miséricorde de Dieu à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. »

Faire cet acte d’offrande au début de l’oraison, c’est dire au Seigneur : « Que ce soit ta volonté et non la mienne » ; c’est en même temps un acte d’obéissance et d’abandon. Qu’allons-nous offrir ? Notre liberté, car Dieu ne fera rien sans ce don. Offrir sa liberté, c’est ouvrir son cœur et laisser agir Dieu.

Après ces différentes étapes, « l’âme recueille toutes ses puissances et rentre en elle-même avec son Dieu ». Il s’agit d’entrer dans le silence de Dieu. Pour cela, il nous faut renoncer à l’activité des sens extérieurs.

« Retire les sens de ces choses extérieures et si bien s’en écarter qu’à notre insu nous fermons les yeux pour ne pas les voir ». (Chemin de la perfection XXVIII, 6)

Il faut donc trouver des conditions extérieures favorables de silence et de solitude. Toute préoccupation, autre que la recherche de la présence de Dieu, est écartée : “seul à seul avec Dieu”; c’est alors que les yeux de l’âme acquièrent plus d’acuité.

Pour descendre en son cœur, on peut s’aider d’un livre qui aide à se recueillir promptement, comme l’Évangile ; on peut aussi “avoir une image ou un portrait de Notre Seigneur, non pas pour le porter sur notre cœur sans jamais le regarder, mais pour lui parler souvent.” (Chemin XXVI, 3)

Il peut être bon, en effet, de poser devant nous une icône. Parfois nous pouvons réciter un “Notre Père” ou un “Je vous salue Marie”. La petite Thérèse aimait dire que la Vierge pouvait être une bonne sacristine et qu’elle savait désencombrer les âmes.

Descendre dans son cœur, oui, mais y demeurer, car le Seigneur habite en nos cœurs.

Nous pourrons maintenir ce contact avec le Seigneur, grâce à nos facultés. Par l’imagination, on peut vivre la scène évangélique en contemplant les attitudes du Christ. Se représenter le Christ en son humanité, non imaginative mais d’une foi vive qui perçoit sans voir la présence du Christ. « Comme si on était aveugle ou dans l’obscurité » (Vie 9, 9) si proche qu’il n’est pas besoin d’élever la voix (Chemin XXIX, 5) pour se faire entendre. Cette représentation peut se transformer en une sorte d’intuition par l’expérience : « se retirer avec son Dieu dans son paradis intérieur » (Chemin XXIX, 4).

Thérèse aimait dire à ses sœurs : « je ne vous demande que de le regarder » (Chemin XXVI, 1 et 3). Regard de l’âme sur le Christ ou regard du Christ sur l’âme. Ce regard mutuel exprime en fait une relation personnelle, immédiate, une relation vivante de présence réciproque. Une activité simple, d’ordre intuitif avec la vivacité de la foi ; désir de l’union à Dieu, de son service, de sa gloire, en un mot : désir de Dieu.

Désir concernant l’âme elle-même, le salut des âmes, la réalisation du dessein d’amour du Père ; regard animé par l’amour « comme ici-bas deux personnes qui s’aiment beaucoup et se comprennent bien semblent s’entendre sans échanger un signe, rien qu’en se regardant », (Vie XXVII, 10) c’est ce que la tradition des Pères appelle l’attention amoureuse.

“Redi ad cor”, “rentre-en ton cœur” aimait dire saint Augustin. Mais cette descente connaît des obstacles comme les distractions.

Sainte Elisabeth de la Trinité commentant l’épisode de Zachée écrit : « le Maître redit incessamment à notre âme cette parole qu’il adressait un jour à Zachée : Hâte- toi de descendre. Mais quel est donc cette descente qu’il exige de nous sinon une entrée plus profonde en notre abîme intérieur ? Cet acte n’est pas une séparation extérieure des choses extérieures, mais une solitude de l’esprit, un dégagement de tout ce qui n’est pas Dieu ». (Le ciel dans la foi, 7 p. 102)

La semaine dernière, je vous disais qu’il ne fallait pas chasser les distractions car nous risquions de les alimenter. En revanche, il faut savoir d’où elles viennent ? Les distractions sont en sens inverse du recueillement. En effet, le recueillement est une concentration de l’activité de nos facultés sur une réalité surnaturelle ; la distraction est une évasion de nos facultés vers un autre objet qui supprime le recueillement.

Lorsque la distraction n’est plus seulement passagère, elle devient une impuissance à se fixer sur un sujet ; elle est quasi habituelle et cela constitue un état de sécheresse qui s’accompagne de tristesse, d’impuissance, de diminution des ardeurs de l’âme, d’agitation. La distraction peut devenir cause de souffrance ; quant à la sécheresse, elle crée un état de désolation.

Ne nous inquiétons pas ! Écoutons la remarque de Thérèse d’Avila : « Très souvent, pendant plusieurs années, j’étais beaucoup plus préoccupée du désir de voir achever l’heure d’oraison et d’entendre le coup de l’horloge ! » Encourageant pour chacun d’entre nous.

Quelles sont les causes de ces distractions ? Certaines sont volontaires, nous connaissons le remède. En revanche, si elles ne relèvent pas de la volonté humaine, elles peuvent être dues au caractère des vérités surnaturelles qui sont essentiellement obscures ; car la pénétration de l’intelligence étant limitée, assez rapidement elle a épuisé les lumières qu’elle peut percevoir.

Il peut y avoir aussi des maladies et des tendances pathologiques. Il faut être en bonne forme ! La mélancolie, le scrupule, l’imaginaire, l’agité instable sont de réels obstacles.

Y-a-t-il des remèdes ? Sans doute la discrétion dans l’effort ; je dis bien discrétion pour ne pas tomber dans le volontarisme. Peut-être faut-il changer d’heure, de lieu.

Il faut aussi de la persévérance. La discrétion ne favorise pas la paresse, mais doit rendre possible la persévérance qui portera sur l’oraison, mais aussi sur l’ascèse de recueillement qui doit l’accompagner, notamment tout au long de la journée en gardant nos sens et en revenant vers les autres.

Enfin, il faut grandir dans l’humilité, à l’école du Seigneur.

Lorsque vous êtes dans vos cœurs, il faut y demeurer, comme le Christ demeure en nos âmes. S’il nous arrive de remonter au niveau de l’intelligence, alors il nous faut redescendre immédiatement. On peut faire parfois ce mouvement de nombreuses fois ; mais tant que je ne suis pas stabilisé dans mon cœur, je peux dire que je ne suis pas totalement en présence de Dieu.

Il me faut entrer dans un silence intérieur, dans le ciel de mon âme.

Cette mise en présence ne se fait pas en un jour. Il faut s’y exercer. Parfois notre oraison consiste à se mettre en présence. C’est déjà bien.

« “Demeurez en moi”, c’est le Verbe de Dieu qui exprime cette volonté. Demeurez en moi, non pas pour quelques instants, quelques heures qui doivent passer, mais demeurez d’une façon permanente, habituelle. Demeurez en moi, priez pour moi, adorez en moi, aimez en moi… pénétrez toujours plus avant en cette profondeur. C’est bien là vraiment la solitude où Dieu veut attirer l’âme pour lui parler, comme le disait le prophète Osée. » (Le ciel dans la foi, 4, p. 100)

Puissent ces mots d’Élisabeth de la Trinité nous nourrir cette semaine et nous aider à demeurer dans le ciel de nos âmes.

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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