Quatrième conférence spirituelle de l’Avent
publié le 20/12/2016 dans Actualité

le dimanche 18 décembre 2016 à 17h00

Dimanche 18 décembre : « Un petit Enfant – Le Fils du Père Eternel, les grâces de l’incarnation » 

 

Après avoir vu que notre prière n’était que désir, après nous avoir mis à l’écoute de ceux qui attendaient le Messie, saint Jean-Baptiste, saint Joseph et dimanche dernier en nous mettant à l’école de Marie, je vous propose d’entrer plus profondément dans le mystère de Noël pour vous aider à profiter de toutes les grâces que vous en recevrez.

La naissance de Jésus, un nouveau commencement. L’Écriture souligne comment la naissance de Dieu parmi nous n’est pas le fruit de l’histoire. Cette naissance est unique en son genre, on ne peut pas la comparer à celle du Baptiste ou autres naissances miraculeuses de l’Ancien Testament.

Le récit de l’Annonciation, l’obéissance de la foi de saint Joseph, le sens du message de l’ange Gabriel, tout concourt pour signifier que le Christ, tout en naissant dans le monde, plus précisément à Bethléem, n’est pas de ce monde. Il vient d’en-haut ! Il est d’en-haut ! C’est Dieu qui intervient en ce monde, en cette histoire particulière. C’est la miséricorde du Père toujours imprévisible qui se manifeste par le don qui nous est fait d’en-haut et ce don est celui d’une proximité absolue. C’est bien le premier abaissement de Dieu qui accepte d’entrer dans l’histoire, lui qui est le Maître de l’histoire.

Par cette naissance se trouve inauguré, au sein de l’humanité, un nouvel âge. Là se trouve un nouveau commencement. Ce n’est pas pour rien que les mots de la Genèse sont repris par les évangélistes ; en saint Marc, par exemple : « Commencement de la Bonne Nouvelle touchant Jésus-Christ. » (Mc 1, 1) et en saint Jean : « Au commencement était le Verbe » (Jn 1, 1). Les Écritures insistent sur le réalisme de cette naissance, en réaction contre le docétisme qui affirmait que Dieu avait fait semblant de prendre un corps. Si Dieu avait fait semblant, alors nous serions les plus malheureux des hommes car nous ne serions pas sauvés.

L’insertion de Jésus dans l’histoire d’Israël et son rattachement à cette histoire par Joseph, montrent bien que Dieu est fidèle à sa promesse. Saint Luc donne les circonstances de la naissance et les raconte. Il est évident qu’il y a dans ce récit une signification théologique, mais en disant cela, je ne veux pas dire que cette naissance est mythologique. Il y a un noyau historique sûr. Qu’importe la date et l‘heure ; l’essentiel, c’est que Marie ait mis au monde un bébé ! Non pas une nature humaine, non pas l’essence du christianisme, non pas une Bible, mais un petit enfant, le Fils du Père Éternel.

Certains épisodes de l’enfance insistent aussi sur le réalisme de l’humanité de Jésus ; de même le don du nom signifie, à la fois la marque de l’individualité, mais permet de souligner que c’est finalement Dieu, son Père, qui lui donne son Nom. « Je suis venu à Dieu pour faire ta volonté. Tu m’as façonné un corps » dit le psalmiste, repris dans la lettre aux Hébreux. (10, 5)

De même la rencontre avec le vieillard Syméon au Temple est non seulement une réalité, mais elle est une annonce. Le vieillard était juste et pieux. Il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. Il avait été divinement averti par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir porté dans ses bras l’enfant-Dieu. C’est bien l’Esprit qui donne à un homme de recevoir son Dieu en son Temple, et de reconnaître en lui la source universelle du Salut et du Salut par la Croix. Il en est de même pour la prophétesse Anne : « Anne se mit à louer Dieu et à parler de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » (Lc 2, 38)

Comment Syméon a reconnu la Sainte Famille, mélangé avec la foule qui circulait à l’intérieur du temple ? Ni Marie, ni Joseph, ni Jésus n’avaient des auréoles ! Non c’est par le regard intérieur, regard contemplatif que Syméon a vu le Fils attendu. Ce fut le même regard pour les bergers, pour les mages qui l’ont reconnu ; ce ne fut pas le cas pour Pilate et tant d’autres.

Ce regard intérieur est lié à la pureté du cœur : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » (Mt 5, 8)

Le vieillard Syméon évoque le mystère Pascal dans son cantique et en s’adressant à Marie : « Et toi-même, un glaive te transpercera l’âme afin que se révèlent les pensées intimes d’un grand nombre. » (Lc 2, 34-36) Mais Matthieu et Luc présentent la naissance et l’enfance de Jésus comme prémonitoires du mystère de la Rédemption.

Cet enfant est le pasteur de son peuple, et l’astre de Jacob dont le pouvoir universel vient toucher les nations symbolisées par les Mages. N’oublions pas le contexte de la persécution, le massacre des Saints Innocents. Tout cela est bien une annonce du Mystère Pascal. Le prologue de Jean dit la même chose à sa façon ; c’est bien le combat de la lumière contre les ténèbres. Le Verbe n’est pas accueilli.

La fuite en Égypte, le retour à Nazareth s’effectuent « pour que s’accomplissent les Écritures. » (Mt 2, 23)

L’évocation de Nazareth : que peut-il sortir de bien ? Et dans le récit de la passion, nous avons l’expression « Jésus le Nazaréen » au moment du reniement de Pierre (Mt, 26,71). On pourrait aussi méditer le Benedictus en saint Luc, (1, 68-79) c’est un cri de victoire

sur la mort et sur le salut apporté.
« Salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs. » Le Christ

donne le salut par la rémission des péchés : « Il est l’astre d’en-haut qui illumine ceux qui habitent les ténèbres et l‘ombre de la mort, il conduit nos pas au chemin de la paix. »

Les conditions de la naissance de Jésus, pauvre au milieu de son peuple, sont aussi une annonce de la condition qui sera la sienne tout au long de sa vie : « Il ne sait pas où reposer la tête » (Mt 8, 20). Comme Roi de l’univers, il n’aura ni palais, ni courtisan ; une garde rapprochée bien fragile et peureuse. Pas de couronne en or, mais une couronne d’épines. Tout ceci est annoncé dans cette étable si pauvre et pourtant si lumineuse.

Nous sommes invités à entrer dans ce mystère : « un signe nous est donné… Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche » (Lc 2, 16). Saint Luc ne pouvait souligner plus fortement le paradoxe de l’Incarnation et en même temps il révèle la mystérieuse harmonie entre la venue du Sauveur et la naissance de l’enfant qui en est le signe et la réalité.

« L’Éternel est le Créateur, » il naît et se fait homme, créature, sans cesser d’être Dieu. Il vient dans le temps, non comme extérieur au temps, mais en se faisant temporel. Il accepte l’espace, non comme une enveloppe dont il pourrait se débarrasser, mais comme limitant non seulement son apparence mais aussi sa personne.

En cet enfant ne se trouve pas un début d’existence divine du Christ, mais l’existence humaine de celui qui est le Fils dès maintenant et depuis toujours. Il ne devient pas, même s’il grandit en taille et en sagesse ; il demeure le Fils de toute éternité, car le Père est Père de toute éternité. En cet enfant, tout Dieu est présent. Mais il n’est pas resté enfant ! Il a traversé l’adolescence pour devenir adulte.

À travers cet enfant se révèle le visage de Dieu : le Père s’offre sans s’imposer ; il captive toute l’attention dès lors que l’on a accepté de dire oui. Comme le disait Bernanos : « Il n’est pas venu en vainqueur, mais en mendiant », reprenant d’ailleurs une expression thérésienne : Dieu vient mendier notre pauvreamour.

Dans son impuissance silencieuse, il peut être rejeté sans qu’on s’en aperçoive. Il cherche en nous protection et abri. Mais l’attitude de l’enfant n’est pas seulement fragilité et faiblesse, elle est disposition intérieure. Le monde de la vie de l’enfant est mystérieux et ce, dès la conception ; nous ne pouvons exprimer de ce mystère que la profondeur que nous devinons ou soupçonnons; profondeur d’une expérience qui nous échappe finalement. C’est pourquoi il faut beaucoup de sobriété et de respect quand on parle de l’enfance de Jésus. L’enfant vit de cette contemplation amoureuse et muette ; il ne peut l’exprimer, mais il la vit avec intensité. « Si vous n’accueillez pas le Royaume des cieux comme un enfant… » (Mc 10, 15)

« Si vous ne retournez pas à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des cieux. Qui se fera petit comme cet enfant-là, voilà le plus grand dans le Royaume des cieux. » (Mt 18, 3-4)

« Jésus grandissait en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52). Cette seule phrase de l’Évangile de Luc nous interdit de présenter Jésus comme un vieux avant l’âge, qui n’aurait plus rien à apprendre, pour qui l’entrée dans l’âge adulte ne serait qu’une fiction d’ordre juridique, voire de la présenter en spéculant sur des détails que nous ne connaissons pas. Le Fils de Dieu est passé par cet âge qui fait partie de notre expérience et qui n’est pas contradictoire avec l’être de Dieu : « jeune ensemble qu’éternel »

Quand nous fêtons Noël, rappelons-nous qu’il s’agit de la manifestation dans l’histoire d’une réalité divine et éternelle. Cette visite de Dieu doit toucher les hommes d’aujourd’hui. Le Verbe de Dieu doit prendre naissance en tout homme qui pour rencontrer le Père, doit laisser le Christ entrer en sa demeure. « Réjouis-toi, stérile, qui n’enfantais pas, crie Isaïe, éclate en cris de joie et d’allégresse, toi qui n’as pas connu les douleurs ; car nombreux sont les fils de l’abandonnée, plus que les fils de l’épouse. » (Isaïe 54, 1)

Regardons maintenant comment nous sommes concernés par cette naissance. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » Nos Pères ont développé cette affirmation, notamment les Pères grecs qui se sont émerveillés de la divinisation de l’homme.

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu le connaisses, Seigneur, le fils de l’homme, pour que tu comptes avec lui. » (Ps 143)

Le livre de la Genèse nous rappelle que nous sommes créés à son image et à sa ressemblance et le Psaume 8, que « nous sommes couronnés de gloire et d’honneur. »

L’homme n’en finit pas de se suffire d’être homme. il sait l’impasse de l’ère des soupçons et découvre l’insuffisance des grandes idées mobilisatrices qu’on avait cru un moment, capable de remplacer le christianisme. Et si nous prenions au sérieux le désir de l’homme ! Il veut devenir Dieu ; la seule religion qui lui propose de réaliser ce désir, c’est bien le christianisme.

En quoi le mystère de l’Incarnation transforme-t-il notre être ? Quelques épisodes de la vie du Christ peuvent nous éclairer.

Tout d’abord au baptême : Si le Christ reçoit le baptême, ce n’est pas pour le pardon de ses péchés, il est sans péché. Mais c’est pour permettre à notre corps de recevoir l’Esprit Saint. Le péché originel avait détruit la ressemblance divine, le baptême nous permet de la retrouver et notre corps est donc désormais capable d’être envahi par l’Esprit. Il est le Temple de l’Esprit. C’est là la source de notre divinisation.

Le grand saint Irénée écrit : « En ce monde nous prenons quelque chose de l’Esprit de Dieu pour nous perfectionner et nous préparer à l’incorruptibilité : nous nous accoutumons peu à peu à porter Dieu… quand nous serons ressuscités, nous le verrons face à face. » (Adversus Haeresès V, 8, 1)

Prenons l’épisode des tentations ; si le Christ a été tenté, c’est pour nous aider à ne pas entrer en tentation et ne pas y succomber. Le Christ a connu notre faiblesse, Il sait ce que veut dire : “ tenir par un fil ”. « Il a été éprouvé en tout point à notre ressemblance. » (Hb 4, 5) Jésus sait d’expérience combien l’autre voie, celle de Satan, peut être séduisante.

Mais il nous montre l’efficacité de la Parole de Dieu : « Mais il est écrit ». Avec une citation de l’Écriture, Jésus balaie les tentations. Mais cela permet au Christ de nous aider dans nos tentations. Il a l’expérience de la faiblesse, du danger des séductions du démon, de la difficulté à rester fidèle à la volonté du Père au cours de ce combat, l’expérience de tout cela lui était nécessaire pour parvenir comme médecin, à la connaissance indispensable de la situation de l’homme qu’il faut guérir.

Nous n’avons pas à prier Dieu de nous induire en tentation pour qu’il s’aperçoive avec quel brio nous nous en tirons ; le sens du “ Notre Père ” est tout autre : « Ne nous laisse pas tomber dans la tentation et garde-nous de consentir à elle. » Dieu peut nous mettre à l’épreuve et il le fait pour vérifier la qualité de notre foi et de notre confiance. Il n’y a pas de vraie foi sans toutes sortes d’épreuves. Quant au feu de l’épreuve, ce n’est pas nous qui en disposons, mais Dieu seul. En Jésus, Dieu marche avec nous dans les flammes.

Je pourrai poursuivre avec la prière de Jésus : Il nous apprend à prier, car les mots du Christ sont ceux de Dieu. Alors laissons Dieu prier en nous. Grâce à l’Incarnation, notre prière est toute divine.

Je pourrai évoquer la liberté du Christ qui vient libérer la nôtre. À travers les guérisons, Jésus nous montre nos paralysies les plus profondes qui sont dues au péché.

En assumant une volonté humaine, le Christ guérit notre volonté. Il nous apprend à “ vouloir vraiment ”, c’est-à-dire à prendre des décisions spirituelles. Nous voulons être saints, mais le voulons-nous vraiment ? Le sacrement de la réconciliation vient guérir notre volonté, ce qui nous permet de dire en vérité : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé. » (Jn 4, 34)

En instituant l’Eucharistie, le Christ nous donne la vraie nourriture. Il y a une assimilation vivante de l’homme à Dieu. Dès maintenant nous est proposée une dépendance analogue à celle des sarments par rapport à la vigne, cette dépendance réelle qui est cependant déjà de l‘ordre de la gloire.

Ah, si on comprenait le prix de la Sainte Communion, disait le Curé d’Ars, on en mourrait d’amour.

On ne la recevrait pas n’importe comment, mais on s’y livrerait encore plus.

Si nous profitions de toutes les grâces qui jaillissent du mystère de l’Incarnation, on deviendrait comme Dieu, non pour prendre sa place, mais la nôtre en devenant fils.

Devenir Dieu, c’est connaître Dieu, c’est choisir Dieu.

Saint Athanase, le champion de l’orthodoxie au Concile de Nicée disait : « Le Verbe s’est fait homme pour que nous devenions dieu ; il s’est rendu visible en son Corps, pour que nous nous fassions une idée du Père invisible ; il a supporté les outrages des hommes, afin que nous ayons part à son immortalité.»

Le Christ a transformé notre mort en véritable pâque.
« Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt » (Jn 12, 24-28)
Noël n’a de sens que parce qu’il y a la Croix.
« Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière et vous deviendrez fils de la lumière. » (Jn 12, 36)
Puissions-nous vivre le mystère de Noël comme une contemplation de notre propre divinisation.

 

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Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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