3rd Conference on Holiness: Praying at the School of Saints
publié le 13/02/2019 dans News

Nous poursuivons nos conférences sur la sainteté. Après avoir vu l’exhortation apostolique du Pape François, je vous propose d’évoquer la prière chez les saints, en soulignant qu’elle est tout à fait accessible pour chacun d’entre nous.

La prière est l’une des clefs de la sainteté. Je vous trace donc un chemin spirituel avec l’aide des saints connus ou inconnus.

Tous les saints ont d’abord connu le combat de la prière. La plupart des chrétiens reconnaissent qu’il leur arrive de prier, même s’ils ne sont pas des pratiquants réguliers. Souvent ils lancent un cri au Seigneur : « Viens à mon aide ! Que fais-tu ? » ; des expressions qui font mémoire de notre amitié avec le Seigneur : « Mon Dieu ! » ou « Merci, Seigneur ! ».

En revanche, la plupart reconnaissent qu’ils ne prennent pas le temps de s’arrêter pour prier un peu longuement. Lors de précédentes conférences, j’avais évoqué les objections et les obstacles.

Ai-je le droit de perdre du temps pour Dieu, alors qu’il y a tant d’urgences ! Oui, « goûtez et voyez comme est bon le Seigneur. »

Le Christ nous demande de nous retirer dans notre chambre, au désert ou à la montagne. Loin du monde, mais près de notre cœur pour y retrouver la présence silencieuse. Il faut du temps pour atteindre la région du cœur, car nos préoccupations, nos soucis envahissent nos esprits, voire même les agitent ; or il faut la paix pour entrer dans notre cellule intérieure. Tous les saints nous disent cependant la place irremplaçable de la prière personnelle et prolongée dans leur vie.

Sainte Thérèse d’Avila aimait rappeler que « tous les biens me sont venus de l’oraison », cette prière secrète et silencieuse, si importante quand on a des activités multiples et absorbantes.

« Demeurez dans mon amour. » (Jn 15,9) ; nous sommes dans la grâce et donc la gratuité. La valeur d’une vie vient de la qualité d’amour qu’une personne fait passer dans ses œuvres. Dans une société marquée par l’efficacité, la compétitivité, les chiffres, voilà que le Seigneur nous propose un temps de gratuité pour se laisser envahir par sa présence.

Mais pourquoi tant de résistances ? Tout simplement parce que nous n’avons pas pris de décision. Nous voulons bien prier, mais le voulons-nous vraiment ? Dans ce “vraiment“, il y a la décision spirituelle. Nous le savons, notre volonté est blessée par le péché ; parfois elle n’a pas été éduquée ! Et pourtant le jour de notre confirmation, nous avons reçu le don de force qui fait croître la vertu de force ! Mais nous oublions trop souvent les grâces sacramentelles ! Or la méthode Coué ne marche pas toujours en vie spirituelle ; la magie non plus ! Il nous faut coopérer à l’action de la grâce.

Mais cela n’empêchera pas que la prière soit difficile comme le véritable amour. Toutefois, il ne s’agit pas tant de réussir son oraison que de laisser le Christ envahir notre cœur pour y faire passer sa prière.

Nous trouverons toujours de bonnes raisons pour ne pas prier : nous ne sommes pas des contemplatifs ; mais le Curé d’Ars était un grand nerveux et il s’agitait durant sa prière, à tel point qu’il fatiguait ses paroissiens qui l’observaient !

Nous avons tellement de choses à faire, notamment aujourd’hui… alors je commencerai demain ! Les incessants délais !

Et je n’arrive pas à faire le vide ! Mais le Seigneur nous demande de faire le plein ; plein de sa présence, plein de son amour, plein de sa Parole. Attention de ne pas creuser une citerne vide, le diable pourrait s’y engouffrer !

Non ? vous n’entendez pas de voix et c’est aussi bien ! La voix que vous entendez, c’est la Parole qui résonne.

La prière est difficile parce que pour arriver à la Présence, il faut passer par l’intime de soi-même. La recherche intérieure comme étape pour aller du monde à Dieu restera une des caractéristiques du génie d’Augustin : « Reviens vers ton cœur ». Or, ce n’est pas si simple de se connaître avec nos limites, nos fragilités et surtout de les accepter !

Il s’agit alors de se regarder, comme Dieu nous regarde ! C’est là une des clefs de la sainteté. Le regard de Dieu reconstruit. Rappelons-nous les regards du Christ dans l’Évangile, notamment avec saint Pierre après le reniement ou le regard sur le bon larron !

N’ayons pas peur de son regard ; comme le dit la petite Thérèse, le Seigneur vient mendier notre pauvre amour ; mais il faut accepter de dépendre de lui, car il est notre Créateur et je ne suis que sa créature.

 

 

Regardons maintenant les saints prier.

Tout d’abord le lieu : il doit être silencieux, mais certains prient dans le métro ; cela peut être un beau témoignage. Attention de ne pas rater la station où vous devez descendre ! Les extases nous distraient !

D’autres, comme saint Jean de la Croix, aimaient faire oraison devant un beau paysage ; nous pouvons aussi prier dans notre chambre en faisant un “coin prière“ ; un bel oratoire permet de nous recentrer sur la personne du Christ.

Mais peut-être êtes-vous comme frère Laurent de la Résurrection ; voici ce qu’il écrit : « Il n’est pas nécessaire d’être toujours à l’église pour être avec Dieu. Nous pouvons faire de notre cœur un oratoire dans lequel nous nous retirons de temps en temps pour nous y entretenir avec lui, doucement, humblement et amoureusement. Tout le monde est capable de ces entretiens avec Dieu, les uns plus, les autres moins : il sait ce que nous pouvons. »

Nous retrouvons l’enseignement de saint Augustin et de Thérèse d’Avila. La nouveauté est là : « il n’est pas nécessaire d’avoir de grandes choses à faire : je retourne ma petite omelette dans la poêle pour l’amour de Dieu ; quand elle est achevée, si je n’ai rien à faire, je me prosterne par terre et adore mon Dieu de qui m’est venue la grâce de le faire, après quoi je me relève plus content qu’un roi ».

Voir Dieu au fond de ses casseroles et de ses poêles ! Attention que ça ne brûle pas !

D’autres prient Dieu en faisant la lessive. Écoutons sainte Élisabeth de la Trinité : « Oh, vois-tu, tout est délicieux au Carmel, on trouve le Bon Dieu à la lessive comme à l’oraison. Il n’y a que lui partout. On le vit, on le respire. Si vous saviez comme je suis heureuse, mon horizon grandit chaque jour. » (lettre 89)

Et dans une autre lettre : « Je voudrais que vous me voyiez à la lessive, toute retroussée et barbotant dans l’eau. Vous doutiez de mon savoir en cette matière et aviez bien raison, mais avec Jésus on se met à tout. » (lettre 108)

Comme l’écrit sainte Thérèse – Bénédicte de la Croix, Edith Stein, morte martyre dans un camp de concentration à Auschwitz : « c’est “la petite voie“, un bouquet de petites fleurs à peine écloses et passant inaperçues, un bouquet déposé chaque jour devant le Saint des Saints, peut être le silencieux martyre d’une vie entière dont nul ne soupçonne rien. »

L’importance du corps, car nous allons avec tout notre être à la prière et pas seulement avec la tête. Certains prient sur leur lit bien allongés, mais ils risquent de faire oraison dans les bras de Morphée. À l’inverse, d’autres prennent des attitudes qui donnent des crampes ; on ne pense plus à Dieu, mais à ses vieilles douleurs.

À vous de choisir la position qui vous convient où le corps est en repos. Mais il y a des attitudes qui expriment celles du cœur ; le Curé d’Ars aimait prier avec les mains : mains ouvertes qui disent « me voici Seigneur »; doigts croisés qui signifient notre supplication ; le Pape Jean-Paul II priait souvent en tenant sa tête, portant tous les soucis du monde. Ceux qui peuvent se mettre à genoux expriment leur adoration au Seigneur.

La préparation de notre cœur : on ne peut pas passer d’une activité fiévreuse à l’oraison. Il faut que l’esprit se repose. Ne faites pas le vide, allez auprès du Seigneur avec tous vos soucis, vos tristesses et vos joies. Il est là pour vous aider à les porter.

Il est temps de vous proposer “le chemin de perfection” de sainte Thérèse d’Avila ; dans une prochaine conférence, nous reviendrons sur son enseignement, notamment pour franchir ses sept demeures. Pour Thérèse, « l’oraison n’est rien d’autre qu’un commerce d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec Celui dont nous savons qu’il nous aime. » Je sais que le mot “oraison” fait peur ; pourtant c’est la prière du bon paysan : « Il m’avise et je l’avise. » Donc, nous sommes là pour écouter le Seigneur, le rencontrer ; Ne cherchez pas de joies sensibles ; les seules joies sont les paix intérieures, parce que nous sommes en sa présence.

Point de gouzi-gouzi, ni frissons, ou alors prenez un cachet ! La prière est là pour une rencontre. C’est une joie tout au fond du cœur, compatible avec toutes les sécheresses de l’affectivité et de l’esprit.

L’oraison comporte trois temps :

Tout d’abord la mise en présence de Dieu, qui est un moment essentiel. Cette mise en présence a pour finalité de nous faire descendre en nos cœurs.

Commençons par le signe de Croix qui est la meilleure façon d’entrer dans le mystère Trinitaire. Ne faites pas trop vite ce signe de Croix, c’est déjà une prière. Il nous engage, accueillant ainsi la croix dans nos vies et acceptant de nous unir au sacrifice d’amour du Christ qui vient sauver le monde.

Ensuite, vous posez un acte de foi : « le Seigneur est là, oui, je le crois. » Rappelez-vous la Parole du Christ : « Prie ton Père qui est là dans ta chambre. » Vous pouvez regarder votre crucifix ou une icône. Et si vous croyez que le Seigneur est là, alors comme Moïse devant le buisson ardent, vous vous sentez petit et pauvre.

 

Certains ont peur de cette présence et pourtant elle est source de joie. Se trouver face à lui, belle préparation au face à face final où nous lui serons semblables.

Le troisième temps est alors la reconnaissance de nos limites et pauvretés. Nous lui présentons nos cœurs blessés pour qu’il puisse les guérir.

Alors, vous pouvez invoquer l’Esprit Saint, car c’est lui qui prie en vous. Ne vous fatiguez pas, soyez dociles à ‘Esprit. Que de fidèles compliquent leur vie spirituelle. Il suffit de se laisser habiter par l’Esprit et y être docile.

Prenez le temps de méditer la séquence de la Pentecôte, le “Veni Sancte Spiritus” ou le “Veni Creator”.

Le don de l’Esprit Saint va vous aider alors à faire votre acte d’offrande au Père. Prenez celui du bienheureux Charles de Foucauld : « Je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira » ; une prière d’abandon qui exprime l’ouverture de nos cœurs et notre désir de ne faire que la volonté du Père. Alors n’arrivez pas avec un plan précis ; vous venez réaliser votre vocation à la sainteté qui consiste à devenir vivante offrande à la louange de Dieu le Père.

À la fin de l’acte d’offrande, commence cette descente intérieure au centre de notre cœur dans la demeure la plus secrète du château de l’âme. Comme l’écrit Élisabeth de la Trinité, il nous faut descendre de notre sycomore comme Zachée pour rencontrer le Seigneur. Nous vivons trop à la surface de nous-mêmes ! Il y a un déséquilibre entre notre intériorité, et notre extériorité. Le risque est la perte de notre liberté spirituelle. J’aime ce mot de Madeleine Delbrêl : « Si tu vas au bout du monde, tu trouveras la trace de Dieu ; si tu vas au fond de toi, tu trouves Dieu lui-même. »

Je sais qu’obtenir un tel silence n’est pas facile à cause des distractions ; il faut donc sans cesse revenir vers son cœur pour atteindre ce climat silencieux.

La mise en présence étant achevée, commence alors le deuxième temps, appelé le “cœur à cœur”. Tantôt j’écoute le Seigneur me redire un verset de la Bible, ou tout simplement son silence qui devient parole. Mais commencez par le laisser parler, sinon il n’arrivera pas à en placer une ! C’est lui qui nous a fait désirer cette rencontre, car il a sûrement quelque chose à nous dire. Je sais que ce silence est lourd… mais n’attendez pas des voix ; ce seront des mots qui vont résonner !

Ce sera ensuite à vous de répondre ; vous lui parlez comme nous aimons parler à un ami. Parfois, nous pouvons nous tenir en silence près de lui ou tout simplement un échange de regard. Nous sommes en paix ; notre être s’unifie ; vous n’entendez plus le bruit autour de vous ; vous êtes avec le Seigneur.

Le Catéchisme de l’Église Catholique a de belles formules sur l’oraison :

« L’oraison est silence… un silencieux amour. Les paroles dans l’oraison ne sont pas des discours, mais des brindilles qui alimentent le feu de l’amour. C’est de ce silence insupportable à l’homme extérieur, que le Père nous dit son Verbe incarné, souffrant, mort et ressuscité et que l’Esprit filial nous fait participer à la prière de Jésus. » (2717)

Arrive enfin le troisième temps, celui de l’intercession ; en effet l’oraison n’est pas repli sur soi ; elle est ouverture aux besoins du monde. N’hésitons pas à lui confier nos intentions, celles que nous portons au fond de nos cœurs. Vous pouvez aussi prendre une résolution pour la journée. Vous achevez ce temps par un Notre Père et un beau signe de Croix.

Voilà un chemin accessible à tous. Pourquoi alors les saints prient-ils ? Parce que Dieu les comble au centuple. Rappelez-vous la quête de saint Augustin : « Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. »

En accueillant Dieu dans notre cœur, nous ne sommes plus des êtres perpétuellement insatisfaits ; nous sommes habités.

Ensuite la prière est un bon chemin de guérison qui nous apprend à nous aimer nous-mêmes et donc à aimer aussi notre prochain. Nous accueillons tout ce que notre prochain nous apporte avec reconnaissance.

Enfin la prière me permet de contribuer au salut du monde en faisant advenir le règne de Dieu qui est un règne d’amour.

Il n’y a pas d’autre chemin ; nous ne serons jamais en télex direct avec le Bon Dieu ; il n’est pas sur Facebook et ne tweet pas… en revanche, il peut s’emparer de ces réseaux pour évangéliser et faire prier.

Dans notre monde si agité et parfois si violent, le disciple du Christ est appelé à répandre la paix autour de lui ; la prière est là pour faire de lui un artisan de paix et de joie.

Light a candle at Notre-Dame