Concert spirituel

"Le Chemin de la Croix" pour orgue de Marcel Dupré

Vendredi Saint 2 avril 2010 à 10h30

Yves CASTAGNET
Grand Orgue

Un chapelain de la cathédrale
Récitant

 

C’est un moment unique qui nous sera donné de « vivre » sous les voûtes de la cathédrale pour le Vendredi Saint : Le Chemin de la Croix pour orgue de Marcel Dupré sur le texte de Paul Claudel, et ce au cours de la vénération de la Sainte Couronne d’Epines, en ce jour hautement symbolique.

 

 

Pour écouter la Première Station du
Chemin de la Croix interprétée par
Yves CASTAGNET au grand orgue
de Notre-Dame de Paris, cliquez ici.

 

 

 

 

 

Vendredi Saint à Notre-Dame de Paris

- 9H00 : Office du Matin présidé par Monseigneur Jérôme BEAU, évêque auxiliaire de Paris
- 10H00 à 17H00 : Vénération de la Sainte Couronne d’épines
- 10h30 : Concert spirituel : au cours de la vénération de la Sainte Couronne d’Épines : Le Chemin de la Croix pour orgue de Marcel DUPRÉ sur le texte de Paul CLAUDEL.
- 12H30 : Office choral de la Passion présidé par le Père TONDÉ, prêtre étudiant
- 15H00 : Chemin de Croix présidé par Monseigneur Patrick JACQUIN, recteur-archiprêtre
- 18H30 : Office de la Passion présidé par le Cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris

Plus d’informations en cliquant ici.

 

Marcel Dupré (1886-1971)*

Fils de l’organiste de l’abbatiale Saint-Ouen de Rouen, Marcel Dupré se vit confier à douze ans la tribune voisine de Saint-Vivien. Élève au Conservatoire de Paris de Louis Diémer (piano), Charles-Marie Widor (composition), Alexandre Guilmant et Louis Vierne (orgue), il remporta le prix de Rome en 1914 avec sa cantate Psyché. De 1916 à 1920, Marcel Dupré remplaça Louis Vierne, souffrant, à la tribune de Notre-Dame de Paris. Sa célébrité éclata en 1920, lorsqu’il donna de mémoire, en dix concerts, l’intégrale de l’œuvre de Bach. Assistant de Widor à Saint-Sulpice, il lui succéda en 1934, conservant la fameuse tribune parisienne jusqu’à sa mort. Il enseigna également l’orgue au Conservatoire de 1926 à 1954, prenant ensuite pour deux ans la direction de l’établissement ; il y forma toute une génération d’organistes, tels Jehan Alain, Jean Langlais, Olivier Messiaen, Gaston Litaize ou Pierre Cochereau. Acclamé dans le monde entier comme un virtuose d’exception, Dupré stupéfiait plus encore par ses talents d’improvisateur, et il avait pris l’habitude de terminer chacun de ses récitals par une série d’improvisations sur des thèmes lancés par le public. L’une de ces joutes est à l’origine de son œuvre majeure, la Symphonie-Passion.

 

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Marcel DUPRÉ au grand orgue de Notre-Dame de Paris dans les années 1920

 

Le Chemin de la Croix, op. 29 de Marcel DUPRÉ*

À l’instar de nombreuses pièces de Dupré, Le Chemin de la Croix est issu de l’une de ces improvisations dont il aimait régaler ses auditeurs. « Un concert d’un genre particulier avait été organisé au Conservatoire de Bruxelles, raconte le compositeur. En deuxième partie […] fut récité Le Chemin de la Croix de Paul Claudel […] ; après chaque station, j’improvisais pour en donner mon interprétation personnelle. Ce concert eut lieu le 13 février 1931. » Des auditeurs ayant manifesté leurs regrets que cette musique restât du domaine de l’éphémère, Dupré entreprit bientôt de reconstituer l’esprit, sinon la lettre, des improvisations bruxelloises et de les fixer sur le papier. Cette tâche l’occupa une année entière et il assura la création de l’œuvre à l’orgue du Trocadéro, à Paris, le 18 mars 1932.

Le Chemin de la Croix est doublement lié à un orgue d’Aristide Cavaillé-Coll, le plus prestigieux peut-être : le grandiose cinq-claviers de Notre-Dame de Paris. Dupré connaissait bien cet orgue, pour avoir remplacé Vierne pendant quatre ans, tandis que celui-ci tentait vainement de soigner, en Suisse, le glaucome qui aurait définitivement raison de sa vue. Mais l’illustre cathédrale fut aussi le théâtre d’un événement d’importance : la conversion du jeune Claudel, athée convaincu, à la foi catholique. Le poète raconte lui-même l’épisode, survenu le jour de Noël 1886 (l’année de la naissance de Dupré). Au cours des vêpres, alors que la maîtrise interprétait le Magnificat, le jeune homme de dix-huit ans fut saisi par la beauté du cantique marial. « En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi ni, à vrai dire, la toucher. » Une dalle immortalise cet instant, non loin de la statue de la Vierge. En février 2005, une série de manifestations marquèrent en la cathédrale le cinquantenaire de la mort de Claudel. À cette occasion, Yves Castagnet joua au grand orgue cette œuvre si symbolique qu’est Le Chemin de la Croix.

C’est fini. Nous avons jugé Dieu et nous l’avons condamné à mort.
Nous ne voulons plus de Jésus-Christ avec nous, car il nous gêne.
Nous n’avons plus d’autre roi que César ! d’autre loi que le sang et l’or !
Crucifiez-le, si vous le voulez, mais débarrassez-nous de lui ! qu’on l’emmène !

Ainsi débute le premier des quatorze poèmes ; le ton est donné de cette réflexion profonde et personnelle sur les derniers instants du Christ, suivant son calvaire de sa condamnation à mort à sa mise au tombeau. Si leur lecture apporte un éclairage précieux sur la partition de Dupré, elle n’est pas indispensable : les gloses musicales ne prétendent pas les illustrer à la lettre, elles ne forment qu’un commentaire qui se suffit à lui-même. Les quatorze stations musicales sont liées entre elles par la récurrence des thèmes principaux. Mais, de l’aveu même de l’auteur, chacune d’elle repose sur sa propre logique musicale et forme un tout autonome. Dupré avait d’ailleurs l’habitude d’inscrire certaines d’entre elles, isolément, au programme de ses récitals.
Les différents thèmes musicaux ont tous une teneur symbolique. Désireux de s’inscrire dans la tradition de la musique religieuse, Dupré rechercha comment les maîtres anciens avaient traduit en notes certains concepts. Le double saut de quarte, attesté chez Bach, Haendel et Schütz, figure la Croix. Le motif de la Rédemption est formé de quatre notes ascendantes, comme Dupré l’a relevé dans Le Messie de Haendel, la Passion selon saint Jean de Bach, les Béatitudes de Franck, Parsifal de Wagner (et la Symphonie « Réformation » de Mendelssohn, pourrait-on ajouter). La plénitude de la Vierge est illustrée par les degrés descendants de l’accord parfait majeur. Et le thème de la Souffrance prend le visage d’une ample phrase chromatique descendante – développant un véritable poncif de la musique baroque.
Sur ce matériau en perpétuelle mutation, Dupré compose une vaste fresque à la progression dramatique constante, modelée sur la structure du poème. Les trois chutes (stations 3, 7 et 9) projettent le drame vers son sommet d’intensité, la 11e station (la Crucifixion). Les mouvements intermédiaires invitent à la méditation. Après le silence marquant la mort de Jésus, puis la terreur soudaine provoquée par le tremblement de terre, la tension retombe peu à peu et, dans le somptueux final, le thème de la Souffrance est transfiguré pour signifier le miracle de la Résurrection.

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Yves CASTAGNET

© NDP

1re station : Jésus est condamné à mort
Aussitôt que Pilate a prononcé la phrase fatidique « Gardes, saisissez-vous de cet homme ! », la foule est saisie d’agitation. Le chromatisme qui s’empare alors de l’orgue, les courtes cellules courant sur toute l’étendue de l’instrument, les changements fréquents de mètre (2/2, 3/4) traduisent le tumulte. On entend scander le nom de Barrabas (trois accords en rythme pointé, soit longue-brève-longue). Ce cri se fait de plus en plus obsédant, jusqu’à saturer la masse sonore sur un si bémol aigu, résonant encore sourdement lorsque la foule se disperse.

2e station : Jésus est chargé de la Croix
Tandis que le poème de Claudel est une puissante interrogation sur le symbole même de la Croix, matérialisation des péchés de l’humanité, Dupré donne à entendre la souffrance de la marche au Calvaire : un rythme pointé (brève-longue) sur des bribes de gamme chromatique traduit le pas hésitant et douloureux du Christ, tandis que le thème de la Croix s’élève, comme une balise mi-rassurante, mi-angoissante, aux anches (hautbois, puis trompette) du clavier de récit.

3e station : Jésus tombe sous le poids de sa Croix
Une figure rythmique lancinante, faite croches descendantes liées par deux, exprime de nouveau la marche douloureuse. Le thème de la Souffrance est énoncé dans l’aigu, en octaves. Le tourment s’intensifie, puis les forces du Christ l’abandonnent jusqu’à la chute, et au silence. S’élève alors, dans la douceur irréelle d’un jeu de gambe, le thème de la Rédemption : lueur d’espoir consolatrice dans ce sombre tableau.

4e station : Jésus rencontre sa mère
« La quatrième station est Marie qui a tout accepté », nous dit Claudel. « Ses yeux n’ont point de pleurs, sa bouche n’a point de salive. / Elle ne dit pas un mot et regarde Jésus qui arrive. […] Son âme violemment va vers lui comme le cri du soldat qui meurt ! […] Elle ne dit pas un mot et regarde le Saint des Saints. » L’horreur, le chagrin et la résignation se confondent dans la plainte de la Vierge. On entend à la flûte le thème qui lui est associé (égrenant les degrés descendants de l’accord parfait de la bémol majeur), sur un entrelacs chromatique à la voix céleste (une gambe légèrement désaccordée qui, jouée en même temps qu’une gambe ordinaire, engendre des battements, une ondulation typique et très poétique du son).

5e station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter la Croix
Forcé par les soldats à aider Jésus, Simon de Cyrène allège quelque peu sa peine. On retrouve le climat de la 2e station. Un motif dérivé du thème de la Croix s’échange, toujours à la trompette, entre le positif et le pédalier (qui lui est couplé) : séparément, à l’unisson ou en canon, ces deux voix illustrent les efforts conjugués, et plus ou moins coordonnés, des deux hommes.

6e station : Une femme pieuse essuie la face de Jésus
Véronique console Jésus par le truchement du thème de la Compassion (deux lignes qui s’enlacent au hautbois, avec un parfum légèrement oriental). Sa voix dialogue avec celle du Christ (fonds doux au positif) tandis que le pédalier fait entendre une réminiscence du thème de la Croix. Dans les dernières mesures, la voix céleste nimbe de mystère le thème de la Rédemption. La transparence de cette polyphonie évoque la légèreté du voile avec lequel Véronique, selon la tradition catholique, aurait essuyé le visage du Christ et qui aurait miraculeusement conservé ses traits. La relique de la Sainte-Face est aujourd’hui conservée et honorée à Manopello, dans les Abruzzes (Italie).
7e station : Jésus tombe à terre pour la deuxième fois
La musique de la seconde chute dérive de celle de la première : pas de plus en plus lourd, souffrance de plus en plus aiguë, sommet poignant et découragement, renoncement, retour au silence.

8e station : Jésus console les filles d’Israël qui le suivent
Deux thèmes s’opposent dans ce morceau, la plainte des filles de Jérusalem prises de pitié (flûtes douces) et la réponse consolatrice de Jésus (trompette).

9e station : Jésus tombe pour la troisième fois
La violence contenue dans les deux premières chutes éclate à présent sans retenue. La foule invective Jésus, les clameurs et les insultes fusent de toutes parts. Le motif en croches des « pas lourds » laisse place à des doubles-croches furieuses, réapparaissant toutefois, élargi en noires, au plus fort de la tourmente. La chute est à la mesure du tumulte qui précède : brutale, violente, comme si l’orgue jusque-là si impérieux était soudain privé de souffle. Quelques spasmes, encore, puis plus rien : Jésus ne se relèvera plus. Mais il a atteint le sommet du Calvaire.

10e station : Jésus est dépouillé de ses vêtements
Un thème chromatique et insaisissable illustre l’arrachage des vêtements et la flagellation. Il est suivit par une douce méditation, mêlée de pitié à la vue du corps éreinté, blessé et nu.
11e station : Jésus est attaché à la Croix
Le thème de la Croix apparaît dans une nouvelle variante, dont le rythme obsédant et les grands accords martelés représentent les coups de marteau enfonçant les clous dans la chair du Christ. Implacable, il matérialise la cruauté des bourreaux, tandis que monte peu à peu le thème de la Souffrance et que les forces vitales quittent Jésus.

12e station : Jésus meurt sur la Croix
Des phrases parcellaires, à la voix humaine, traduisent les dernières paroles du Christ mourant. On reconnaîtra dans ces motifs épars un travestissement du thème de la Rédemption, mais avec un rythme un peu bousculé, comme l’espoir du Christ le quitte. Une fois éteint le dernier souffle, la terre se met à trembler. Ce bref cataclysme laisse les disciples désemparés.

13e station : Jésus est détaché de la Croix et remis à sa Mère
Des flûtes vaporeuses expriment la tendresse avec laquelle Marie recueille la dépouille de son fils, faisant de ce morceau l’équivalent musical des plus belles pietà sculptées ou peintes. Dans ces lignes sinueuses et chromatiques, on peut reconnaître le mouvement des cordes déliées une à une. La fin du morceau fait entendre le souvenir de la 4e station, poignante réminiscence d’un ultime moment de communion.

14e station : Jésus est mis dans le sépulcre
Le rythme lent du funèbre cortège escorte la dépouille jusqu’au tombeau. Différents thèmes entendus précédemment se succèdent, jusqu’au miracle final : la lente métamorphose du thème de la Souffrance en une vision extatique de l’au-delà, jouée par des flûtes et voix céleste immatérielles, jusqu’à l’ultime accord de mi majeur. Fait remarquable, Dupré, qui achevait tous ces morceaux dans la certitude tonale d’un accord parfait à l’état fondamental, fit ici exception. L’accord final est présenté à l’état de premier renversement, (sol # – si – mi, au lieu du mi – sol # – si attendu). C’est l’absence du socle, mi, ajouté au registre aigu et à la registration diaphane, qui confère à l’ultime mesure ce caractère suspensif, ouvert sur l’éternité.

 

 

*Biographie et analyse de l’œuvre par Claire Delamarche, musicologue

 

 

 

Discographie

 

Marcel DUPRÉ
- Le Chemin de la Croix opus 29
- Deuxième Symphonie en ut dièse mineur opus 26

par Yves CASTAGNET aux grandes orgues de Notre-Dame de Paris
Disque Intrada 020

Disponible sur le site de la boutique en ligne de la cathédrale
en cliquant ici.

 

Semaine Sainte et Pâques 2010 à Notre-Dame de Paris

- Dimanche des Rameaux et de la Passion 28 mars 2010 : Office et Messes avec Rituel d’ouverture des portes de la cathédrale, Bénédiction des rameaux, Lecture de la Passion, Conclusion du cycle de Conférences de Carême
- Mardi Saint 30 mars 2010 : Concert de chant grégorien « O CRUX AVE »
- Mercredi Saint 31 mars 2010 : Messe chrismale
- Jeudi Saint 1er avril 2010 : Office des Ténèbres, Messe en mémoire de la Cène et Procession au reposoir
- Vendredi Saint 2 avril 2010 : Office des Ténèbres, Concert spirituel aux grandes orgues, Vénération de la Sainte Couronne d’Épines, Office Choral, Chemin de Croix, Office de la Passion
- Samedi Saint 3 avril 2010 : Office des Ténèbres, Vigile pascale
- Dimanche de Pâques 4 avril 2010 : Offices, Messes, Audition au grand orgue

- Accès aux offices :
L’accès à la cathédrale Notre-dame de Paris, lieu de culte Catholique Romain, est libre et gratuit.
Pour assister à l’une des nombreuses célébrations liturgiques de la cathédrale (messes, offices…), il vous suffit de vous joindre à l’assistance quelques minutes avant le début de la célébration (au moins 15 à 30 minutes pour les grandes fêtes). La participation aux célébrations liturgiques est publique et gratuite, aucune réservation n’est nécessaire ni possible.

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