Récital d’Orgue - L’ART DE L’IMPROVISATION 3/5 "CHEMIN DE LA CROIX"

Mardi 23 mars 2010 à 20h30

Thierry ESCAICH, grand orgue
Alain CARRÉ, récitant

 

L’orgue, par la richesse de ses sonorités, qui fait de lui un véritable orchestre, est l’instrument qui convient le mieux à l’art de l’improvisation, art de l’éphémère par excellence, donnant naissance à des constructions musicales majestueuses autant que fugitives, dans lesquelles l’artiste saisit et transcende l’émotion d’un moment, donne forme à un thème, dialogue avec d’autres musiciens ou commente un texte spirituel.

Au cours de cette saison de concerts 2009-2010, cinq concerts nous présenterons diverses facettes de cet art de l’improvisation, dont les titulaires du Grand Orgue de Notre-Dame de Paris sont des maîtres. Deux organistes-improvisateurs renommés et un jeune organiste-improvisateur se joindront à eux pour illustrer les temps de l’année liturgique dans une démarche des plus originale.

 

 

Pour ce troisième récital eu au cœur du Carême, Thierry ESCAICH, compositeur et organiste titulaire du grand orgue de Saint-Étienne-du-Mont à Paris, improvisera sur le texte du Chemin de la Croix de Paul Claudel récité par Alain CARRÉ.

L’improvisation, dont l’art séculaire s’est toujours traduit par un dialogue entre l’orgue et les textes sacrés ou poétiques, chantés ou lus, impose ici à l’organiste, au-delà de sa propre inspiration et de son langage, de s’intégrer dans la musique même du texte et de rejoindre le récitant dans sa propre lecture du poème.

 

Thierry ESCAICH

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© Sébastien Erome

Pratiquant dès l’enfance l’improvisation, Thierry ESCAICH commence ses études musicales au conservatoire de Rosny-sous-Bois puis de Montreuil avant d’entrer au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. De 1983 à 1990, il y obtient huit premiers prix : harmonie, contrepoint, fugue, orgue, improvisation à l’orgue, analyse, composition et orchestration.

À partir d’octobre 1992, il est lui-même professeur d’écriture et d’improvisation au Conservatoire supérieur de musique et de danse de Paris. En 1997, il est nommé titulaire du grand-orgue de l’église Saint-Etienne-du-Mont à Paris, devenant alors le successeur de Maurice Duruflé. Il mène également une carrière internationale d’organiste.

Passionné de cinéma muet, il accompagne fréquemment des films à l’orgue ou au piano. En 1999, le musée du Louvre lui commande la musique d’accompagnement du film de Frank Borzage L’Heure suprême.

Comme compositeur, Thierry ESCAICH acquiert une solide réputation dès 1990 grâce à ses œuvres comme Le Chant des ténèbres ou Ad Ultimas Laudes, pour douze voix mixtes. Par son style très personnel, il ne se rattache à aucune école. Dès ses premières pièces telles que Antiennes oubliées pour petit ensemble (1989) ou les Esquisses pour orgue (1990), lauréate du prix de composition André Jolivet, ses compositions trouvent leur source dans des siècles de musique sacrée et en particulier dans le plain-chant grégorien : Cinq versets sur le « Victimae Paschali » pour orgue (1991), Première Symphonie, « Kyrie d’une messe imaginaire » (1992).

Son catalogue comporte aujourd’hui près d’une centaine d’œuvres qui séduisent un large public. Pour son propre instrument, Thierry ESCAICH écrit de nombreuses pièces solistes, en ensemble ou avec orchestre : les deux concertos pour orgue (l’un de 1995 et l’autre de 2006) et La Barque solaire (2008). Il aborde également des effectifs et des genres très variés, allant d’œuvres pour instruments seuls à la musique de chambre ou symphonique, de l’intimité des pièces telles que Choral’s Dream (2003) pour orgue et piano, ou les brèves Scènes de bal pour quatuor à cordes, aux vastes compositions comme la Première Symphonie (1992), Le Dernier Évangile, oratorio pour double chœur, orgue et orchestre (1999), la Chaconne (2000) et les Vertiges de la croix (2004) pour orchestre ou Les Nuits hallucinées pour mezzo-soprano et orchestre (2008).

Après avoir été compositeur en résidence à l’Orchestre national de Lille et à l’Orchestre de Bretagne, Thierry ESCAICH exerce les mêmes fonctions depuis 2007 à l’Orchestre national de Lyon. Récemment, il vient de terminer un concerto pour violon à l’intention de David Grimal et écrit actuellement un concerto pour clarinette pour Paul Meyer et un ballet pour le New York City Ballet.

Il reçoit de nombreux prix et récompenses, parmi lesquels le Grand Prix des Lycéens en 2002, la Victoire de la musique dans la catégorie compositeur de l’année deux fois, en 2003 et en 2006. Plusieurs prix viennent aussi récompenser ses enregistrements, comme le Diapason d’or de l’année 2002 pour son CD d’œuvres orchestrales publié par Accord-Universal.

 

Au commencement était l’improvisation

Aussi loin qu’il se souvienne, Thierry Escaich a toujours improvisé. Sa première rencontre avec la musique – dès l’âge de cinq ans – consista à explorer le clavier de l’harmonium paroissial à Rosny-sous-Bois, la ville de l’est parisien où il a grandi. Cet art, il le cultive aujourd’hui à un rare degré d’intensité et de perfection. Chez lui, l’improvisation prend aussi bien le visage d’une sortie de messe que celui d’un commentaire d’œuvre lors d’un récital, d’un défi radiophonique, de l’accompagnement d’un film muet ou d’une rencontre avec un autre musicien, classique ou de jazz.
Une émotion, une image, un poème, un thème musical suffisent à déclencher en lui le jaillissement de l’improvisation. Soit la source d’inspiration entre en résonance profonde avec ses propres émotions, et en décuple les effets ; la musique déferle alors en vagues irrépressibles. Soit le point de départ lui est plus étranger ; il n’a pas son pareil, dans ce cas, pour amener l’auditeur jusqu’à son propre univers.
Car Thierry Escaich est avant tout un créateur. Qu’il joue les œuvres du répertoire ou les siennes, qu’il improvise ou qu’il compose, il est mu par le même désir impérieux de façonner la matière sonore et d’exprimer le monde intérieur qui l’habite. Les différents aspects de son art se rejoignent sans cesse. Dans leur immédiateté, les improvisations s’imposent la rigueur de l’œuvre écrite, s’appuient sur les grandes formes ou des structures plus libre pour constituer un cheminement ; le point de départ est connu de tous, l’aboutissement de l’artiste seul, et Thierry Escaich nous y conduit d’une manière inexorable. À l’inverse, ses œuvres écrites s’attachent à conserver la fulgurance et le foisonnement de l’improvisation. Dans un cas comme dans l’autre, l’auditeur retrouve l’empreinte forte de l’écriture escaichienne : une harmonie reconnaissable entre toutes, fondée sur une modalité élargie ; des thèmes qui naissent, se transforment et meurent comme des personnages ; des ostinatos rythmiques entêtants, de puissantes montées de tension, une matière sonore en perpétuel mouvement. À l’orgue, les registrations se métamorphosent sans cesse, les voix médianes s’agitent comme frémissent les cordes ou les percussions dans ses œuvres orchestrales.
Titulaire depuis 1997 de la tribune de Saint-Étienne-du-Mont à Paris, en succession de Maurice Duruflé, Thierry Escaich donne des concerts dans le monde entier ; ces derniers mois l’ont mené à Los Angeles, Tokyo, Helsinki, Munich, Londres, Moscou, Saint-Pétersbourg, Bâle, et il joue prochainement à Bucarest, Hambourg, New York, Vancouver, Budapest. Après avoir été compositeur en résidence à l’Orchestre national de Lille et à l’Orchestre de Bretagne, il exerce depuis 2007 les mêmes fonctions à l’Orchestre national de Lyon. Son catalogue comporte une centaine de pièces, jouées par les plus grands artistes et orchestres internationaux. Il vient de finir un ballet pour le New York City Ballet, qui sera créé en mai 2010. Depuis 1992, il enseigne l’improvisation et l’écriture au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où il a lui-même remporté huit premiers prix.

Claire DELAMARCHE, musicologue

 

Alain CARRÉ

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D.R.

C’est une invitation au voyage des mots, un espace unique entre poésie et théâtralité. Comédien-metteur en scène, ce troubadour du verbe réalise un parcours ambitieux : prouver que l’art de dire est aussi un art de scène. Deux cents prestations par an en Belgique, en Suisse, en France surtout, mais aussi en Allemagne, en Pologne, au Maroc, enIsraël, au Brésil, en Espagne...

Homme de défis, il a relevé ceux de mettre en scène et d’interpréter La Chanson de Roland, Le Testament de François Villon, l’œuvre intégrale d’Arthur Rimbaud, Les Lettres à un Jeune Poète de R.M. Rilke, les chansons de Jacques Brel, Le Journal d’un génie de Salvador Dali, Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche…

Au théâtre, il met en scène Les Combustibles d’Amélie Nothomb et La Nuit de Valognes de Eric Emmanuel Schmitt, Le Cid de Pierre Corneille, Ubu Roi d’Alfred Jarry, La Maladie de la Mort de Marguerite Duras, Les Caprices de Marianne d’Alfred de Musset, En Absence de Joseph Vebret, Dom Juan de Molière.

La musique le fascine. Il l’intègre dans la plupart de ses spectacles. Ses rencontres avec Jean-Claude Malgoire et Gabriel Garrido le conduisent à la mise en scène d’opéras qu’il aborde avec passion. Il met en scène Béatrice et Bénédict de Berlioz, L’Homme de la Mancha de Brel/Cervantès, Don Quichotte, La Patience de Socrate de Telemann, le Balet Comique de la Royne de Beaujoyeux, Les Cantates du Café et des Paysans de J.S.Bach, Les Noces de Figaro et Bastien & Bastienne de Mozart.

Mais un de ses plus grands frissons réside dans les spectacles inattendus qu’il a montés avec François-René Duchâble : L’Oiseau Prophète, Voyage dans la Lune, L’eau d’ici vaut bien l’au-delà, voyages musicaux où il dialogue avec le pianiste. A deux, ils imaginent les Concerts Epistolaires sur Berlioz, Chopin-Musset, Bach-Satie, Hugo et Juliette, Le Roman de Venise, Rimbaud voleur de feu, Nerval, Char, Pétrarque, La Fontaine, André Velter ...

Une cinquantaine de créations à leur répertoire !

En tant que professeur, il a donné quinze années de formation pour acteurs professionnels à Bruxelles, Mons et Liège, et est actuellement professeur d’Art de Dire et de théâtre au CPM de Genève.

 

Discographie "Thierry ESCAICH" à Notre-Dame de Paris

 
-  Concerto pour orgue et orchestre
par Olivier Latry, grand orgue de Notre-Dame de Paris
-  "Kyrie d’une messe imaginaire" Première Symphonie
-  Fantaisie Concertante pour piano et orchestre
par Claire-Marie Le Guay, piano

Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé

Universal-Accord 472 216-2

 

 

 

 

- Oratorio Le dernier Évangile
Chœurs de la Maîtrise de Notre-Dame, Choeur Britten
Grand orgue de Notre-Dame de Paris : Olivier Latry
Ensemble Orchestral de Paris
Direction : John Nelson

-  Trois Danses improvisées , Poème symphonique improvisé
par Thierry Escaich au grand orgue de Notre-Dame de Paris

HORTUS 024

 

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Participation aux frais : 18 €
Toutes réductions 10 €
Gratuit pour les moins de 15 ans accompagnés

Les billets sont en vente à l’accueil de la Cathédrale Notre-Dame de Paris,
tous les jours de 9h30 à 18h et le soir du concert à partir de 20h.

Pour acheter vos billets en ligne, cliquez ici.

 

Paul Claudel (1868-1955)
Le Chemin de la Croix

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Paul CLAUDEL

D.R.

Le jour de Noël 1886, la cathédrale Notre-Dame de Paris fut le théâtre d’un événement inattendu : la conversion de Paul Claudel, athée convaincu, à la foi catholique. L’écrivain, frère cadet de la sculptrice Camille Claudel, raconte lui-même l’épisode. Au cours des vêpres, alors que la Maîtrise interprétait le Magnificat, le jeune homme de dix-huit ans fut saisi par la beauté du cantique marial : « En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi ni, à vrai dire, la toucher. » Une dalle immortalise l’instant, non loin de la statue de la Vierge.
Cette communion avec Dieu donnera naissance à une œuvre abondante, d’où la postérité a retenu, notamment, des pièces de théâtre comme L’Annonce faite à Marie (1912/1948), Le Soulier de satin (1929) et Jeanne d’Arc au bûcher (1939). Paul Claudel mena par ailleurs pendant près de quarante ans une carrière de diplomate qui le conduisit dans le monde entier. C’est au retour de treize années en Chine, en 1911, qu’il écrivit les quatorze poèmes formant Le Chemin de la Croix.

C’est fini. Nous avons jugé Dieu et nous l’avons condamné à mort.
Nous ne voulons plus de Jésus-Christ avec nous, car il nous gêne.
Nous n’avons plus d’autre roi que César ! d’autre loi que le sang et l’or !
Crucifiez-le, si vous le voulez, mais débarrassez-nous de lui ! qu’on l’emmène !

Ainsi débute le premier poème ; le ton est donné de cette réflexion profonde et personnelle sur les derniers instants du Christ, de sa condamnation à mort à sa mise au tombeau.
Vingt ans plus tard, au Conservatoire royal de Bruxelles, Marcel Dupré eut l’idée d’improviser des commentaires sur ces textes. Des auditeurs ayant manifesté leurs regrets que cette musique restât éphémère, l’organiste entreprit bientôt de reconstituer l’esprit, sinon la lettre, de ses improvisations et de les fixer sur le papier. Il assura la création de cette nouvelle œuvre au palais du Trocadéro, à Paris, le 18 mars 1932.
À la suite de Dupré, Thierry Escaich se confronte volontiers aux poèmes de Claudel. Si les figures aimantes de la Vierge ou de Véronique imprègnent plusieurs numéros, les trois chutes (stations 3, 7 et 9) projettent le drame vers un violent sommet d’intensité, les 11e et 12e stations (la crucifixion et la mort du Christ), dans une de ces progressions inéluctables qui correspondent si bien au propre tempérament de l’organiste. Toutefois, il ne s’agit pas pour lui d’illustrer les mots, au risque de la redondance ; mais bien davantage de tracer son propre chemin dans cette profusion de symboles et d’émotions. Thierry Escaich rend sensible le rythme particulier de la langue de Claudel autant que les relations secrètes entre les poèmes, la manière dont une station trouve son écho dans une autre ; et surtout, il confronte l’univers du poète à ses propres angoisses, à ses propres espérances, entraînant l’auditeur dans une plongée fascinante au cœur de l’âme.

Claire DELAMARCHE, musicologue

Série de concerts "L’Art de l’improvisation"

- 1/5 : mardi 10 NOVEMBRE 2009 à 20h30
« APOCALYPSE »

Lecture d’extraits de l’Apocalypse de Saint Jean - Improvisations au Grand Orgue
Philippe LEFEBVRE, grand orgue
Laurent SOFFIATI, récitant

- 2/5 : mardi 15 décembre 2009 à 20h30
« AVENT »

Œuvres de BACH, SCELSI, LEGUAY et improvisations
Jean-Pierre LEGUAY, grand orgue
Alain HUTEAU, percussions
Pierre-Stéphane MEUGÉ, saxophone soprano, alto et ténor

- 3/5 : mardi 23 mars 2010 à 20h30
« LE CHEMIN DE CROIX »

Lecture du Chemin de Croix de Paul Claudel - Improvisations au Grand Orgue
Thierry ESCAICH, grand orgue
Alain CARRÉ, récitant

- 4/5 : mardi 13 avril à 20h30
« PÂQUES »

Œuvres de DUPRÉ, TOURNEMIRE, MESSIAEN et improvisations
Grand Orgue, Loïc MALLIÉ

- 5/5 : mardi 25 mai 2010 à 20h30
« PENTECÔTE »

Œuvres de G. LITAIZE, M. DURUFLÉ et improvisations à deux orgues
Grand Orgue : Olivier LATRY - Orgue de chœur : Paul GOUSSOT

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