Messe des 350 ans de la mort de saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac

Dimanche 14 mars 2010 à 18h30

Le dimanche 27 septembre 2009 s’est ouverte une grande année jubilaire : l’anniversaire des 350 ans de la mort, à quelques mois d’intervalle de Saint Vincent de Paul et Sainte Louise de Marillac. La Famille VIncentienne internationale, avec toute l’Église et le monde, veut rendre hommage à Saint Vincent et Sainte Louise considérés tous deux comme témoins et exemples d’amour et de service des pauvres et ainsi approfondir le lien entre évangélisation et service des plus souffrants.

Une messe, présidée par le cardinal André VINGT-TROIS, réunira dans le souvenir de ses fondateurs la grande Famille Vincentienne à Notre-Dame de Paris.

 

Une année d’événements

Ouverte le jour de la St Vincent de Paul par une célébration eucharistique le dimanche 27 septembre 2009, à la maison-mère de la Congrégation de la Mission, à Paris, l’année jubilaire sera close le 27 septembre 2010.
Entre temps, plusieurs rendez-vous sont organisés en interne (rassemblement national de la Jeunesse mariale vincentienne, recollections...) et d’autres proposés à un public plus large. Ainsi des sessions de lecture auront lieu sur « Les sans-droits » à Paris, Lyon et au berceau de Saint Vincent de Paul, dans les Landes. Un spectacle « Les caprices de la Fronde » sera joué en juin 2010 à Châtillon-sur-Chalaronne, dans le diocèse de Belley-Ars où il fut curé pendant quelques mois. Un colloque sur « Vincent de Paul et Louise de Marillac. Témoins d’aujourd’hui » est proposé les 14-15 mai, à Dax. Toute l’année 2010, le deuxième dimanche du mois, une conférence sur « Les saints et les saintes de la famille vincentienne » sera également donnée à la chapelle de la médaille miraculeuse, à Paris.

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© Armelle de Brichambaut

Prière pour le 350° anniversaire de la mort des Fondateurs

Seigneur Dieu Tout-Puissant, Père des pauvres, tu nous accordes la grâce de célébrer cette année le 350ème anniversaire de la mort de saint Vincent et de sainte Louise. Nous te remercions pour cette immense grâce. Accorde-nous, par leur intercession, de nous laisser transformer plus pleinement par l’Esprit que tu leur as donné. Que l’Esprit de Charité inonde nos cœurs et nos âmes afin que notre amour pour nos frères marginalisés et exclus par la société, soit inventif à l’infini, doux, attentif, miséricordieux, prévenant !

Fais-nous redécouvrir l’audace de Vincent et de Louise, le zèle et la douceur d’un amour toujours renouvelé pour les pauvres, qui les aide vraiment à changer leur vie.

Aide-nous à rendre notre foi forte et humble, dans notre monde qui semble si loin de Toi, mais qui a une grande soif de Toi.

Fais que nous puissions être des signes d’espérance pour beaucoup, comme le furent Vincent et Louise, en simples compagnons de voyage sur l’océan de la vie.

Accorde-nous de ne pas reculer devant les difficultés et d’être toujours prêts à salir nos mains pour les pauvres, nos maîtres. Fais qu’à leur école nous apprenions à devenir tes vrais fils et filles, dignes héritiers du charisme que tu as confié à Vincent et à Louise pour le bien de l’Église et de l’humanité tout entière.

Que cette année jubilaire soit pour toute la Famille Vincentienne une année de grâce et de conversion, et pour les bénéficiaires de notre amour, une année d’abondantes bénédictions.
Amen .

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Reliques de Saint Vincent et Sainte Louise

© Armelle de Brichambaut

Saint Vincent de Paul (1581-1660)
la charité en parole et en œuvres

Quel prêtre fut, de son temps, aussi populaire ? Saint Vincent de Paul a connu trois rois de France : Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Il a œuvré contre la pauvreté, pour l’évangélisation des campagnes et pour la formation des prêtres. Canonisé en 1737, il est proclamé patron universel des Œuvres de charité par le pape Léon XIII en 1885.

Le futur « grand saint du grand siècle » naît le 24 avril 1581 dans les Landes, à Pouy, dans une famille de paysans. Etudiant chez les Récollets de Dax, le jeune Vincent Depaul suit le conseil de son précepteur qui l’incite au sacerdoce. Rêveur d’horizons lointains, le gascon part à Toulouse, puis devenu prêtre à 19 ans, se rend à Marseille pour régler un différent d’héritage. Il prend la mer, se retrouve esclave à Tunis, s’enfuie, voyage (Avignon, Rome) avant de monter à Paris pour obtenir des « bénéfices » pour sa famille. Aumônier de l’ex reine Marguerite de Valois, il distribue monnaie et bouts de pain aux pauvres qui viennent frapper à la porte du palais, mais cette charité des actes n’est pas encore celle du cœur. Prêtre de paroisse heureux à Clichy, un village alors près de Paris, il commence à évoluer spirituellement au contact de Pierre de Bérulle, le fondateur de l’Oratoire de France. Celui-ci le fait entrer comme aumônier d’une famille d’aristocrates.
1617 est l’année décisive. Sur leurs terres, à Folleville, le jeune prêtre prend conscience de la pauvreté spirituelle et organise des réunions pour annoncer Jésus-Christ. A Chatillon-sur-Chalaronne, un petit bourg proche de Lyon, il découvre la pauvreté matérielle et organise des « Compagnies de la charité » pour venir en aide aux nécessiteux et aux malades. Nous sommes en 1617. Sa vocation est en train de s’affirmer. De retour à Paris, il visite les galériens, intervenant pour qu’ils soient traités plus humainement. En 1619, il est nommé aumônier général des galères mais ce sont tous les malheureux des campagnes qui le hantent.

Avec d’autres prêtres qui s’engagent pour le salut de ce peuple qui « périt maintenant de malfaim de la parole de Dieu », il organise des missions. La Congrégation de la Mission est établie. Ce sont ces missionnaires humbles - la simplicité est la première qualité demandée - et ardents qui se rendent dans les régions dévastées par la guerre de Trente ans (1618-1648). Sur ces champs de bataille, Vincent envoie également des Filles de la Charité : « Les hommes vont à la guerre pour tuer les hommes ; et vous, vous allez à la guerre pour réparer le mal qu’ils y font », leur dit-il. De son côté, il plaide pour la paix avec l’Espagne auprès de Richelieu, de la même manière qu’il tente une médiation pendant la Fronde avec Mazarin.

Au cœur de ce siècle violent, il apporte la douceur de la compassion. Face à l’étendue des besoins, pragmatique, il organise un service de visites aux malades, crée une œuvre pour les enfants trouvés, achète une maison pour loger des mendiants, tout en trouvant le temps de participer à la réforme religieuse, de créer en 1628 « l’Oeuvre des ordinants », point de départ des séminaires en France et en 1633 les « Conférences du mardi » pour la formation permanente des prêtres, et d’ouvrir son regard sur l’étranger (missions d’Alger en 1646, de Madagascar en 1648, de Pologne en 1651). L’apôtre de la charité meurt le 27 septembre 1660.

 

Sainte Louise de Marillac (1591-1660)
les valeurs féminines de la charité

« Dieu... m’a fait connaître que sa sainte volonté était que j’allasse à Lui par la Croix », a écrit Louise de Marillac. La fondatrice des Filles de la Charité a connu une enfance privée d’amour. Née le 12 août 1591 de mère inconnue, elle est élevée loin de son père et orpheline à 12 ans. Placée dans une pension, elle est mariée par sa famille à un secrétaire de la reine, Antoine le Gras, après avoir été refusée chez les Capucines. Après un éphémère bonheur, son mari tombe malade et elle-même sombre en dépression. Le dimanche de Pentecôte 1623, elle a la grâce d’une révélation, sa vocation au service des pauvres. Pour l’aider, un directeur spirituel lui est présenté...Vincent de Paul. C’est le début d’une précieuse collaboration, d’une amitié, d’une communion de trente-cinq années. En 1625, son mari étant décédé, Louise vient habiter avec son fils au collège des Bons-Enfants dont Vincent de Paul est le supérieur. Il lui demande de préparer des vêtements pour les pauvres, puis la sollicite pour visiter ses Confréries de la charité. La jeune femme ranime les ferveurs, réajuste les règlements, accueille et forme de nouvelles filles. Les journées de la communauté se partagent entre prière, service des malades, tâches domestiques et enseignement. Louise rédige un catéchisme pour les aider, insiste sur le droit à l’instruction de tout enfant, sur le respect délicat dû à tout homme.

Parallèlement, elle se consacre intensément à l’œuvre des enfants trouvés. Le 25 mars 1642, les premiers vœux -non religieux- des Filles de la Charité sont prononcés : pauvreté, chasteté, obéissance et service des pauvres. Vis-à-vis de chacune d’elle, Louise entretien une relation attentionnée, encourageante et pleine de pédagogie. Devenue grand-mère, elle confirme à Vincent de Paul qu’elle est désormais en paix. Elle meurt le 15 mars 1660, est proclamée sainte de l’Eglise en 1934. Et, en 1960, le pape Jean XXIII la proclame patronne des œuvres sociales.

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Allocution de la Mère Générale des Filles de la charité, Sœur Evelyne Franc

© Armelle de Brichambaut

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Allocution du Père Gérard Du, assistant général

© Armelle de Brichambaut

Le logo pour la célébration du 350ème anniversaire

Le logo veut donner une vision universelle de la Famille Vincentienne : l’Association Internationale des Charités, la Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité, la Société de Saint Vincent de Paul, et d’autres Branches.

De cette variété d’expresions du charisme dans la Famille Vincentienne vient la première difficulté : comment traduire en une seule image cette diversité et en même temps célébrer la vie des deux fondateurs ?

Tout au long de leur vie, Vincent et Louise vivront sous l’intuition de l’Esprit Saint et ils se laisseront conduire par sa force… une force qui se traduit par le zèle et par la charité et qui s’est manifestée dans un élan missionnaire. La Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité et les dames de la Charité sont une expression de cette force de l’Esprit, vécue de leur vivant.

Après leur disparition en 1660, l’Esprit du Seigneur a suscité une force créative, qui a donné naissance à des mouvements divers et à des communautés religieuses qui ont vu dans le charisme vincentien, une spiritualité solide et toujours jeune, mais surtout une réponse vivante pour l’Eglise et la société.

Le logo ne prétend pas tout dire, mais il est une proposition. Le symbole est formé par des flammes de différentes couleurs, placées en quatre groupes : les quatre horizons, le monde dans sa diversité. Ces quatre flammes sont organisées de façon à laisser percevoir l’abstraction d’une colombe, symbole biblique de l’Esprit Saint, au même titre que les flammes.

Les flammes sont également symbole de la charité car elles sont présentes dans le blason de la Compagnie des Filles de la Charité.
Le symbole est complété par le texte : d’abord le slogan : “Charité – Mission”. Ce slogan est proposé pour la réflexion pendant cette année vincentienne.
Ensuite viennent les noms des fondateurs, les années 1610 – 2010, et enfin le but du logo.
La police est dynamique, joyeuse, jeune : elle montre bien l’esprit de la Famille Vincentienne dans l’aujourd’hui de notre Eglise.

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© Armelle de Brichambaut

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© Armelle de Brichambaut

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

- Jos 5, 10-12 ; Ps 33, 2-7 ; 2 Co 5, 17-21 ; Lc 15, 1-3.11-32

Frères et sœurs,

Dans l’épître aux Corinthiens Saint Paul nous parlait « d’un monde ancien qui s’en est allé et d’un monde nouveau qui est déjà né », d’un monde qui « vient de Dieu, lui qui nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-18). En méditant sur ce passage, nous pouvons nous interroger sur ce que nous apportons de nouveau dans ce monde qui est le nôtre.
Lorsque nous faisons mémoire de l’action de saint Vincent de Paul et de sainte Louise de Marillac au XVIIème siècle, nous pouvons identifier cette nouveauté qu’ils ont fait surgir, quand la famine régnait dans certaines contrées de la France ou dans certaines catégories de la population, quand tant d’enfants étaient abandonnés, quand les bagnards étaient traités de manière inhumaine, quand la guerre semait la désolation à travers l’Europe, quand les malades n’étaient pas soignés ou quand les vieillards étaient abandonnés. En dépit de l’écart entre les moyens dont ils disposaient et les besoins auxquels ils avaient à faire face, saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac ont réellement apporté dans cette époque terrible à bien des égards une lumière d’espérance pour ceux qui étaient écrasés par la misère. Aujourd’hui encore, à travers le monde, quantité d’hommes et de femmes, dont nous ignorons ou non la détresse, sont victimes des famines, des guerres, des maladies. Des millions attendent, moins des solutions miracles à leur détresse qu’un signe d’espérance et d’attention, un signe qui leur donne de savoir qu’ils ne sont ni oubliés ni abandonnés, mais que des hommes et des femmes acceptent, sinon de prendre soin d’eux, du moins de prendre du souci pour eux.

Dans notre société française, ces détresses extrêmes sont aujourd’hui moins criantes, même si elles sont parfois cachées ou mal connues. Pour le plus grand nombre qui ne connait pas le drame de la misère matérielle, que pouvons-nous alors apporter de nouveau ? Il me semble que la figure du Père qui accueille l’enfant prodigue, telle qu’elle apparaît dans la parabole, est cette nouveauté dont notre monde a besoin.

En effet, notre société se nourrit de paradoxes. D’une part, elle efface plus ou moins discrètement la frontière entre le bien et le mal et renonce à prononcer des jugements de valeur sur les différentes manières de vivre et à dire ce qui est bon pour l’homme pourvu que soit préservée une certaine paix sociale et que la violence soit évitée. Et en même temps, cette société qui semble avoir presque réussi à faire disparaître le sens de la faute et de la culpabilité, fait la chasse aux coupables et organise les procès, les enquêtes et les dénonciations. Tout se passe comme si la culpabilité que l’on a voulu faire disparaître prenait sa revanche et s’imposait inexorablement sur ceux que l’on désigne comme les coupables. Cette société qui ne pardonne rien à personne ressemble au fond beaucoup aux pharisiens et aux scribes de l’évangile (Lc 15, 2) qui ne comprennent pas que le Christ puisse faire bon accueil aux pécheurs. Ils se voient immaculés et dénoncent jour après jour les défauts des autres, ou même connaissent leurs fautes et leurs crimes mais ne se posent jamais la question de la repentance, de la conversion et du renouveau.

C’est dans ce monde que nous devons être capables d’apporter une lumière d’espérance sans nous joindre aux cris des accusateurs, mais en acceptant de nous mettre du côté des accusés. Nous devons oser manifester cette figure du Père qui ouvre les bras au coupable chaque fois que celui-ci reconnaît son péché et demande pardon. Comme saint Paul nous y invite, nous sommes les ambassadeurs du Christ pour appeler les hommes en son nom : « C’est comme si par nous Dieu vous exhortait. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20).

Voilà une belle manière de vivre notre chemin de conversion vers la Pâque : devenir des acteurs de la réconciliation, du pardon et de la paix et annoncer dans cette société que l’homme est plus grand que son péché et que ses crimes, que « Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3, 20). Nous pouvons donner le signe de cette miséricorde par notre manière de vivre en Église, en bannissant de nos relations l’agressivité, la dénonciation ou même la haine. Car si nous nous aimons les uns les autres, ceux qui nous voient pourront croire que Dieu est amour. Mais si nous nous méprisons et nous déchirons les uns les autres comment voulez-vous que ceux qui nous entourent puissent croire à la miséricorde du Père ?

Comme le fils prodigue, il nous faut, nous aussi, faire retour sur nous-mêmes et nous mettre en route pour venir nous jeter aux pieds du Père et lui dire : « je ne suis plus digne d’être appelé ton fils » (Lc 15, 19). Non peut-être que nous ayons mené une vie déréglée, mais au moins parce que nous nous sommes laissés emporter par le mouvement de l’accusation, de la haine et du mépris de nos frères. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils parce que je ne me suis pas comporté en frère. Alors le Père pourra nous ouvrir ses bras et nous entrerons dans la puissance toujours nouvelle de la miséricorde. Plus profondément que le mal que nous avons fait, Dieu viendra purifier nos cœurs de ce virus de la haine, du mépris et de la violence.

Frères et sœurs, éclairés par le témoignage de Vincent de Paul et de Louise de Marillac, soutenus par la longue suite d’hommes et de femmes qui se sont mis en marche après eux, nous sommes invités aujourd’hui à visiter la misère de ceux qui sont accusés et déclarés coupables par d’autres qui ont décidé qu’il n’y avait plus de loi morale. Quand on ne dit plus ce qui est bien et ce qui est mal, comment savoir si on a bien ou mal agit, comment ne pas succomber à la rumeur, à l’accusation hypocrite et à la dénonciation effrénée lancée par ceux qui veulent que l’on oublie les ombres de leur propre vie ?

Frères et sœurs, nous pouvons compter sur l’intercession de saint Vincent de Paul, de sainte Louise de Marillac, de sainte Catherine Labouré, de la bienheureuse sœur Rosalie, du Bienheureux Frédéric Ozanam, et de tant d’hommes et de femmes qui ont été touchés au cœur par l’amour du Père et sont devenus les missionnaires de l’amour. Que leur prière et leur patronage fassent de nous des témoins de la réconciliation et des missionnaires de l’espérance. Soyons témoins de ce que chaque homme et chaque femme de ce monde, et chacun de nous personnellement, a du prix aux yeux de Dieu et est attendu par un Père miséricordieux. Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

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© Armelle de Brichambaut

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