Cathédrale d’art et d’histoire

Historique

Les origines

La construction d’orgues de chœur destinés à l’accompagnement ne fut introduite dans les églises parisiennes qu’aux alentours de 1840. En effet, auparavant et notamment avant la Révolution, le clergé, nombreux dans la plupart des paroisses, assurait les parties chantées des offices et il n’y avait nul besoin d’un quelconque soutien.

Pour exemple, en 1790 à Notre-Dame de Paris, l’on pouvait dénombrer en plus des 51 chanoines du chapitre, un personnel de 180 ecclésiastiques auquel s’ajoutaient 14 chantres et une maîtrise de 12 enfants. Ainsi, l’emploi d’un petit orgue mobile n’était qu’une mesure exceptionnelle.
Le seul accompagnement régulier était celui d’instruments de basses, pratique qui demeura d’ailleurs jusqu’au milieu du XXème siècle. La contrebasse et un basson qui assuraient cette fonction sont d’ailleurs toujours conservés à la cathédrale.

Après la Révolution, les effectifs furent considérablement réduits et la cathédrale, comme d’autres églises parisiennes, ne put échapper à la nécessité de renforcer les chœurs par un moyen d’accompagnement adapté.

1839 - Un premier orgue d’accompagnement

Un premier instrument, dont l’emplacement nous est malheureusement inconnu, aurait été commandé en 1839 pour la Maîtrise de la cathédrale. Construit par la maison Daublaine et Callinet, il fut vite jugé insuffisant pour le chœur de Notre-Dame ; la paroisse de Cordes-sur-Ciel (Tarn) en fit l’acquisition en 1842. Remonté en tribune dans l’église Saint Michel, l’instrument était composé de 10 jeux répartis sur deux claviers de 54 et 44 notes.

Toujours en fonction dans l’église de Cordes, cet orgue a subi quelques modifications depuis son transfert. Dès les années 1870-1880, le diapason fut haussé par entailles des jeux de fonds et recoupe des anches. Plus proche de nous, deux interventions du facteur Patrice Bellet, dont la première en 1972, sous la direction de Xavier Darasse, consista en l’adjonction d’un pédalier de 30 notes et d’un bourdon de 16 pieds à la Pédale. Enfin, en 1991, une restauration avec remise au ton d’origine fut effectuée. Le diapason ainsi restitué (la à 400 Hz) tend à montrer que la maîtrise de Notre-Dame chantait, encore en 1839, au ton ancien. Cet instrument a été classé au titre des Monuments Historiques le 11 mai 1977.

Ce premier orgue n’était peut-être pas placé dans la cathédrale ; en effet, le transfert à Cordes n’eut lieu qu’en 1842 alors qu’un orgue de chœur fut installé en 1841 dans la cathédrale. Il est très peu probable que deux instruments aient cohabité et ce premier instrument a peut-être été monté dans un local servant de lieu de répétition à la maîtrise.

1841 - L’orgue de chœur Daublaine et Callinet

Les stalles du XVIIIème siècle qui entourent le chœur de la cathédrale encore aujourd’hui n’étaient guère propices à l’installation d’un meuble aussi important qu’un orgue. Le nouvel instrument, commandé comme le précédent à la maison Daublaine et Callinet et installé le 30 avril 1841, était placé dans le sanctuaire du côté de l’Evangile, c’est-à-dire à gauche de la Piéta de Nicolas Coustou, occupant la largeur d’une travée. Pourvu d’un buffet de style néo-gothique composé de trois plates faces, dont la plus importante au centre était surmontée d’un gâble, l’orgue disposait de deux claviers, et d’un pédalier.

Le premier service au cours duquel l’instrument fut entendu eut lieu le 2 mai 1841 à l’occasion du baptême du Comte de Paris. Mais à la fin de l’année 1857, les travaux de restauration de la cathédrale dirigés alors vers le choeur allaient mettre un terme à l’utilisation de cet orgue. Tout le mobilier de Notre-Dame étant redessiné par Viollet-le-Duc, ce premier orgue d’accompagnement devait disparaître. Il fut alors vendu par l’intermédiaire de Merklin à l’abbé Dubost, curé de Saint Etienne de Roanne (Loire). La Fabrique de cette paroisse approuva cette acquisition et prit en charge la construction d’une tribune pouvant recevoir l’instrument.

1863 - L’orgue Merklin

Dans un premier projet d’aménagement du chœur de la cathédrale, Viollet-le-Duc avait envisagé de placer le nouvel orgue de chœur à l’arrière du maître-autel, servant de fond à la Piéta de Nicolas Coustou. Si l’emplacement de l’orgue Daublaine n’était pas idéal, celui prévu par le célèbre architecte rendait tout accompagnement difficile, l’organiste étant complètement isolé de l’action liturgique et des chanteurs. Le Chapitre, à qui les plans furent soumis le 16 août 1859, ne trouva pas l’endroit choisi par l’architecte en rapport avec la destination de l’instrument.

On proposa finalement de placer l’orgue dans l’épaisseur de la troisième travée à gauche du chœur, entre les bas-reliefs du pourtour et les boiseries des stalles, la console se trouvant alors intégrée aux stalles inférieures. Le 16 octobre 1859, le devis relatif à cet orgue d’accompagnement conçu en conformité avec les observations du Chapitre était approuvé par le ministre.

Pour cet instrument, le grand restaurateur de Notre-Dame voulut un vrai buffet gothique, dont il fournit le dessin, qui s’intègre assez bien dans l’ensemble pourtant baroque des stalles dessinées par Robert de Cotte.

L’instrument commandé à Merklin était ce que l’on faisait dans la seconde moitié du XIXème siècle, c’est-à-dire un orgue romantique. Seize pieds complet, il comportait 17 jeux répartis sur deux claviers et un pédalier, représentant environ 900 tuyaux.

Dans le rapport du 22 juin 1863, l’orgue de chœur de Notre-Dame est considéré comme un instrument modèle et de facture supérieure, caractérisé par son harmonie à la fois douce et puissante et dont l’ampleur et le moelleux de ses jeux de fonds excitent chez tous la plus grande et la plus légitime admiration. Il offrait, précise le procès-verbal de réception, les principaux effets d’un grand-orgue.

1890 - La restauration de Merklin

Mais après 27 années de service quotidien, l’instrument montrait des signes de fatigue et une restauration semblait s’imposer. C’est pourquoi, à la suite d’une décision du Conseil de Fabrique de la Métropole, le Cardinal Richard, Archevêque de Paris, confia les travaux à la maison Merklin. Bien plus qu’une simple remise en état, il s’agissait de transformer l’instrument en orgue électro-pneumatique. Ce système inventé par la firme Schmœle et Mols de Philadelphie, dont la maison Merklin a réalisé l’application à l’orgue et dont elle détenait le privilège, fut hautement récompensé à l’Exposition Universelle de 1889.

Outre une modernisation de la transmission, le système offrait la possibilité d’installer des combinaisons électriques, permettant ainsi d’adapter en permanence le volume de l’instrument aux nuances du chœur. Appelées par des boutons aussi sensibles que ceux des sonnettes électriques placés sous les claviers, les combinaisons étaient les suivantes :

  • au clavier de récit : Bourdon 8 et Gambe 8 – Gambe 8 et Voix céleste 8 – tutti (tous les jeux du récit, sauf la voix céleste)
  • au clavier de grand-orgue : Bourdon 8 et Salicional 8 – Boudon 8, Salicional 8 et Montre 8 – tutti (tous les jeux du premier clavier)
  • pour les deux claviers (combinaisons générales) : jeux de fonds de 8 pieds – grand-chœur

A la demande du Cardinal Richard, une Commission d’expertise fut réunie le 6 juin 1890 afin d’examiner les travaux de restauration et de transformation de l’instrument.
Pour représenter le clergé, cette commission présidée par Monsieur Wolf de l’Académie des Sciences, comportait notamment les abbés Bergès (archiprêtre de la cathédrale), Bonniot (maître de chant) et Geispitz (maître de chapelle et secrétaire rapporteur). Du côté des organistes figuraient entre autres César Franck (organiste de Sainte Clotilde et professeur au Conservatoire de Paris), Eugène Sergent (organiste du grand orgue de Notre-Dame), Wintzweiller (organiste de chœur de Notre-Dame), Monsieur Dallier (organiste de Saint Eustache).

A son tour, la commission ne fit que des éloges concernant les travaux exécutés par Merklin ; les experts reconnurent la magnifique sonorité de l’instrument, la variété des timbres, le caractère de chaque jeu et l’égalisation de l’harmonie. Tous ont admiré le fonctionnement de chacune des parties de l’orgue et notamment des combinaisons de jeux. D’après le rapport de l’abbé Geispitz, l’orgue de chœur de la cathédrale était l’un des plus parfaits et des mieux réussis parmi les instruments construits par la maison Merklin.

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L’orgue de choeur au début du XXème siècle

© NDP

Le XXème siècle : de restaurations en restaurations

La satisfaction due à l’électrification de l’instrument ne dura pas, et à la suite de nombreux dysfonctionnements, la maison Mutin, successeur de Cavaillé-Coll, dut restaurer entièrement l’orgue en 1911.

Enfin, ce n’est qu’en 1928 qu’un moteur électrique a été installé, fournissant une quantité d’air suffisante à l’utilisation de toutes les ressources de l’instrument.

En 1938, Beuchet assura quelques réparations mais l’absence d’entretien et de chauffage pendant la guerre, ainsi que l’habitude prise par les facteurs de pallier aux déficiences du grand-orgue en empruntant des tuyaux à l’orgue de chœur laissèrent l’instrument en piteux état.

Un relevage fut entrepris par Jean Hermann en 1953 qui en profita pour changer le moteur de la soufflerie et modifier la distribution du vent. Ce ne fut malheureusement pas un succès. Pas plus que l’électrification que le même facteur proposera en 1960 et qui, après acceptation du chapitre, sera réalisée en 1961. Cette série de travaux n’aura finalement contribué qu’à sonner le glas de l’orgue Merklin.

1969 - L’orgue Boisseau

Succédant à Jean Hermann pour l’entretien du grand-orgue, Robert Boisseau constate en 1966 que la dernière restauration n’a pu être menée à bien du fait de la vétusté du matériel. Puisqu’il n’est plus question de réemployer de matériel ancien, il propose alors la construction d’un orgue neuf dans le buffet dessiné par Viollet-le-Duc.

Le chanoine Jehan Revert, alors maître de chapelle de la cathédrale, retient parmi quatre propositions qui lui sont faites, un instrument à deux claviers et pédalier. L’instrument comporterait 28 jeux et la traction serait mécanique pour les notes et électrique pour le tirage de jeux.

Les travaux de construction étaient terminés en mai 1969 à l’exception du tremblant sur lequel les organistes ne parvenaient pas à s’accorder. Pas plus d’ailleurs que sur la composition des cinq combinaisons fixes qui restèrent donc inutilisées jusqu’en 1984.

Quelques changements de jeux furent effectués depuis sa construction ; en 1970, un jeu de Flûte 16 vint compléter la pédale qui, pour ne pas modifier l’esthétique du chœur ni encombrer davantage l’intérieur de l’orgue, fut posé horizontalement au dessus des stalles. Un bourdon 16 fut ajouté en 1978.

Régulièrement entretenu par Jean-Loup Boisseau, le fils de son concepteur, l’orgue de chœur subit un grand nettoyage à la suite de la restauration des voûtes en 1981 et, de nouveau en 1989, à la veille de la restauration du grand orgue. On profita de ces travaux pour installer le tremblant et pour remplacer le chalumeau de pédale par un clairon. En plus d’un moteur neuf, l’instrument se vit doter d’un combinateur électronique de 5 000 combinaisons. L’orgue de chœur compte donc aujourd’hui 30 jeux et environ 1800 tuyaux.

Le dernier dépoussiérage effectué par Philippe Guyonnet, facteur d’orgues attaché à la cathédrale, suivi d’un accord général par Bertrand CATTIAUX eut lieu lors de l’été 2005.

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