Grande veillée "Choisis donc la vie !"

Jeudi 28 mai 2009 à 20h30

Notre pays est engagé dans des États généraux de la bioéthique. De grandes questions sont en discussion en vue de la révision des lois dites « de bioéthique ». Ces sujets nous concernent tous.

Les évêques des huit diocèses d’Ile-de-France invitèrent les catholiques à se rassembler autour d’eux au cours d’une veillée à Notre-Dame de Paris, veillée de prière, d’enseignement et de témoignages sur le thème "Choisis donc la vie !" (Dt 30, 19). Plus de 5 000 personnes se rassemblèrent à l’intérieur de la cathédrale et sur le parvis sonorisé pour l’occasion.

 

L’Eglise catholique participe aux débats des Etats Généraux de la bioéthique en se prononçant pour que la vie humaine soit respectée de sa conception jusqu’à son terme naturel. Les perspectives ouvertes par les résultats de la recherche biomédicale et les conséquences qu’elles pourraient entraîner à la fois pour la personne humaine et pour l’équilibre de la vie sociale concernent particulièrement les catholiques.

Au cours de cette veillée, où chacun demanda le respect authentique de la vie humaine, furent proposés :

- un temps d’enseignement du Cardinal André VINGT-TROIS sur l’Evangile de la Visitation
- un temps de témoignages (parents qui accueillent un enfant lourdement handicapé ; accompagnateur en soins palliatifs ; personnes qui accueillent des femmes ou des parents après l’avortement… )
- un temps de prière : les catholiques d’Ile-de-France prièrent avec et pour ceux et celles qui ont été ou qui sont devant des décisions difficiles et douloureuses, pour les médecins, les chercheurs, les personnels soignants, ceux qui cherchent les moyens d’alléger la souffrance et la peur des autres, et pour les hommes politiques et les autres responsables qui ont des décisions à prendre.

 

A la demande de Monseigneur André Vingt-Trois, nous sommes tous invités à unir notre prière dans une neuvaine pour la vie, du 29 mai au 7 juin 2009, dimanche de la Trinité, appuyée sur cette prière à Marie :

Ô Marie,
aurore du monde nouveau,
Mère des vivants,
nous te confions la cause de la vie :
regarde, ô mère, le nombre immense
des enfants que l’on empêche de naître,
des pauvres pour qui la vie est rendue difficile,
des hommes et des femmes victimes d’une violence inhumaine,
des vieillards et des malades tués par l’indifférence
ou par une pitié fallacieuse.
Fais que ceux qui croient en ton Fils
sachent annoncer aux hommes de notre temps
avec fermeté et amour
l’Evangile de la vie.
Obtiens-leur la grâce de l’accueillir
comme un don toujours nouveau,
la joie de le célébrer avec reconnaissance
dans toute leur existence
et le courage d’en témoigner
avec une ténacité active, afin de construire,
avec tous les hommes de bonne volonté,
la civilisation de la vérité et de l’amour,
à la louange et à la gloire de Dieu Créateur qui aime la vie.

Jean-Paul II
Évangile de la vie - 1995

 

Lettre du Cardinal André VINGT-TROIS

Chers amis,

« Notre pays est engagé dans des États généraux de la bioéthique. De grandes questions sont en discussion en vue de la révision des lois dites « de bioéthique ». Ces sujets nous concernent tous.
Au delà de l’objet précis de ces lois, toute femme, tout homme, est confronté, directement ou par ses proches, aux questions posées par les commencements de la vie ou par la fin de la vie. Car si l’arrivée d’un enfant est source de très
grandes joies, il se peut aussi qu’elle apporte de grandes inquiétudes et de vraies douleurs. Beaucoup de couples, à l’inverse, ne parviennent pas à avoir un enfant naturellement et en souffrent profondément.
Les progrès considérables de la médecine et de la technique permettent de sauver des vies qui, il y a peu, auraient été perdues, mais ils suscitent aussi des interrogations. Comment ne pas transformer l’être humain en instrument ? La fin de la vie d’un proche oblige les familles et la société à des choix difficiles : quels soins donner ? Comment accompagner la personne dans sa douleur physique et morale et dans sa peur de la souffrance et de la mort ?
Chrétiens, nous recevons du Seigneur Jésus une vive lumière sur ce qu’est l’être humain et sa dignité. En lui, nous le savons, Dieu tient sa promesse de nous conduire vers la vie en plénitude et il fait de nous des porteurs de vie les uns pour les autres. Au long de notre vie nous devons affiner et affermir notre engagement pour «  l’Évangile de la vie  ».
C’est pourquoi, avec tous les évêques d’Ile-de-France, nous vous invitons largement à une veillée d’enseignement, de témoignage et de prière qui aura lieu en la cathédrale Notre-Dame, au cœur de notre Région, le jeudi 28 mai prochain, de 20h30 à 22h00.
Ensemble nous demanderons la grâce de vivre vraiment du respect de toute vie humaine ; nous prierons avec et pour ceux et celles qui ont été ou qui sont devant des décisions difficiles et douloureuses ; nous intercéderons pour les médecins, les chercheurs, les personnels soignants, ceux qui cherchent les moyens d’alléger la souffrance et la peur des autres, et pour les hommes politiques et les autres responsables qui ont des décisions à prendre.
Je profite de cette lettre pour vous souhaiter un heureux temps pascal et vous prie de recevoir, chers amis, l’expression
de mon dévouement dans le Seigneur.

† André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris
Paris, le 28 avril 2009

 

Catéchèse du Cardinal André Vingt-Trois lors de la veillée

Frères et Sœurs,

Dans le débat qui s’est ouvert dans notre pays à propos de la révision des lois de bioéthique, les arguments et les réflexions, les raisonnements et les propositions s’échangent et s’expriment de toutes sortes de manières. Nous-mêmes, évêques de France, avons exprimé les nôtres avec suffisamment de clarté et une certaine publicité, afin que nul ne doute de ce que nous souhaitons partager à nos concitoyens. Mais cette veillée de prière que les évêques d’Ile de France ont souhaité vivre ce soir avec vous et tous ceux qui se joignent à nous et unissent leurs prières aux nôtres, poursuit une autre visée. Il nous a semblé que dans ce grand débat aux enjeux tellement considérables pour l’avenir de notre humanité, nous pouvions être plus que des interlocuteurs crédibles, ou des provocateurs qui incitent nos partenaires à affiner leur réflexion et leurs arguments. Nous avons pensé que nous devions apporter ce quelque chose dont personne ne parle et qui ne se dit pas en termes de licéité de tel dispositif ou de telle décision législative : le sens même de la vie humaine, cette réalité à la fois humaine et mystérieusement divine.

Et pour cela, plutôt que d’ajouter un nouveau message au corpus de la réflexion morale de l’Église depuis des décennies, il nous a paru important de poser un acte qui soit un signe du sens que nous reconnaissons à la vie humaine, qui se devait d’être une démarche devant Dieu, vers Dieu et pour Dieu. C’est le sens de l’invitation que vous avez reçue, de notre rassemblement de ce soir et de notre prière. Nous venons d’entendre des témoignages émouvants. Comme tous les témoignages, ils nous ont donné à voir des situations particulières. Mais ils visaient surtout à ouvrir nos esprits et nos cœurs à la réalité profonde de ce que vivent un certain nombre de nos contemporains. Peut-être l’évangile qui vient d’être proclamé peut-il nous aider à mieux comprendre le sens ultime de ces témoignages ? Dans la rencontre d’Elisabeth et de Marie il y a en effet des choses visibles, que l’on peut décrire, il y a des choses invisibles auxquelles l’interprétation des choses visibles nous conduit, et il y a un mystère. Ce qui est visible c’est qu’elles sont enceintes. Cette réalité, qui est celle de quantité de femmes en tout temps et en tous lieux, a une visibilité évidente et d’une certaine manière banale. Comme le témoignage que nous avons entendu tout à l’heure nous l’a montré, cette réalité visible ne porte pas en elle-même sa signification propre. Mais elle nous tourne cependant vers la réalité invisible qui est à la source de cette vie que portent ces femmes.

L’évangile de saint Luc a pris soin de faire précéder le récit de la Visitation de celui des annonciations. Il nous montre que pour Elisabeth comme pour Marie, leur grossesse n’est pas simplement un phénomène physiologique, ou le fruit de l’union d’un homme et d’une femme. Elisabeth avait en effet dépassé l’âge d’être enceinte et Marie ne connaissait point d’homme. L’Evangile nous révèle que la conception de Jean Baptiste comme celle de Jésus sont liées à un don spécifique. Mais ces récits ne nous sont pas simplement donnés pour nous faire comprendre que nous sommes devant des personnages exceptionnels. Ces deux cas particuliers mettent en valeur une réalité vraie de toute vie humaine. Le don fait par Dieu à Elisabeth, comme l’engendrement de l’Esprit-Saint en Marie, sont des signes qui nous ouvrent au fait que par delà l’invisible de toute conception, il y a le mystère de la vie humaine. Le surgissement de l’existence ne se résume pas à être seulement une réalité humaine. Il est tout ensemble une réalité humaine et divine, non seulement parce que toute vie vient de Dieu mais aussi parce que l’amour et la fécondité de l’amour viennent de Dieu.

Notre foi nous ouvre à ce mystère et nous appelle à participer à sa fécondité, si nous ne nous laissons pas arrêter par l’apparence, et si nous ne nous abandonnons pas à la séduction de l’invisible, pour être entraînés au delà. Comment notre foi nous aide-t-elle à comprendre, respecter et accompagner la vie de tant d’hommes et de femmes qui « n’ont plus figure humaine » comme cela est dit du Christ en sa Passion ? Comment faire lorsque la signification invisible d’une vie en rend la dignité humaine imperceptible ? Comment reconnaître en chaque personne, ce qui dépasse infiniment ce que voyons ou ce que savons, ce que chacun de nous a reçu sans le savoir et sans le voir ? Ainsi, frères et sœurs, notre veillée de prière n’est pas une manifestation. Nous ne sommes pas venus ici pour infléchir quoique ce soit. Nous sommes ici pour poser un acte de foi, dont nous espérons qu’il touchera nos cœurs, pour nous qui participons à cette veillé de prière, et pour ceux qui, sans y participer, pourront en avoir quelque écho ou tout simplement apprendront qu’elle a eu lieu.

Oui, la vie donnée par Dieu dans l’existence humaine est un mystère qui nous ouvre au mystère plénier qu’est la vie même de Dieu. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter qu’aucune vie soit perçue comme une menace et un danger. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que l’intelligence et l’ingéniosité humaines soient mises au service de la lutte contre la vie. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que la fécondité soit une culpabilité. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que l’imperfection soit une condamnation à mort. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter de nous donner à nous-mêmes le droit de trier, de choisir et de condamner. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que l’homme et la femme soient acculés à transformer leur relation d’amour en une relation de crainte. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que le fruit de l’amour soit fabriqué sans l’amour.

Mais c’est aussi pourquoi nous souhaitons et nous espérons que la venue d’un enfant en notre temps soit vécue comme une bénédiction, que la mission des parents puisse être une source de joie et d’épanouissement, que les plus généreux d’entre nous sachent se mobiliser pour entourer et accompagner jusqu’au bout tous ceux que la vie blesse, que la maladie affecte et que l’espérance déserte. Frères et sœurs, nous allons à présent invoquer le Dieu puissant et vivant qui a envoyé son Fils pour que nous ayons la vie. Nous allons intercéder pour celles et ceux dont la vie est fragile ou blessée. Nous allons prier pour tous celles et ceux qui sont appelés à définir le cadre législatifs des lois de bioéthiques, pour les médecins, les chercheurs, le personnel soignant et tous ceux qui peuvent être en ce monde les serviteurs de la vie s’ils la choisissent, plutôt que les complices de la mort.

Nous vous invitons à prolonger la prière de ce soir dans les jours et les semaines qui viennent. Ainsi elle ne sera pas l’effet d’un instant, mais la mise en œuvre de cette attitude radicale de foi, qui nous tourne vers Dieu et nous conduit à rendre grâce devant la vie qu’il nous donne en plénitude. Amen

† André cardinal VINGT-TROIS

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