Cathédrale d’art et d’histoire

Difficultés et renouveau

Avec Louis Vierne, l’orgue vit quelques-unes des années les plus fastes de son histoire. Les invités de marque affluent à la tribune : musiciens de renom, tels Gabriel Fauré, Nikolaï Rimski-Korsakov, Enrique Granados ou Camille Saint-Saëns, mais aussi personnalités publiques ou artistiques comme Jean Jaurès, Paul Verlaine, Georges Clemenceau, Auguste Renoir, Auguste Rodin et Gabriele D’Annunzio. Les élèves de Vierne, tels Maurice Duruflé, Bernard Gavoty ou Marcel Dupré, se pressent autour du maître. Dupré remplace d’ailleurs Vierne pendant quatre ans, de 1916 à 1920, tandis que celui-ci tente vainement de soigner, en Suisse, le glaucome qui aura raison définitivement de sa vue.

Les temps sont durs, cependant. En 1905, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat a porté un nouveau coup à la musique en réduisant considérablement les revenus de la cathédrale. Vierne raconte comment l’abbé Alphonse Renault, professeur à la Maîtrise et maître de chapelle de la cathédrale de 1905 à 1925, doit redoubler de dévouement pour sauver les apparences : « L’optimisme de l’abbé Renault ne fut pas effleuré. Il était plein d’entrain le bon abbé ; pour éviter les frais d’achat de musique, il copiait (souvent la nuit) le matériel du chœur… À peine installé, il rêva de faire restaurer l’orgue du chœur, en assez piteux état. Il paya ce relevage en partie de sa bourse…. Par la même occasion, il paya l’accord général de mon orgue. On voit que l’abbé dissipait ses petites ressources en plaisirs d’un genre particulier, le reste passait à la charité. Parfois, il unissait les deux en rendant à de pauvres musiciens les instruments de travail dont ils avaient dû se séparer, vu la dureté des temps… L’abbé m’aimait bien, je le lui rends bien. Depuis trente-six ans que dure ce sentiment réciproque, aucun nuage ne l’est jamais venu troubler. Celui-là a vraiment été touché deux fois par la grâce, dans son sacerdoce apostolique et dans sa croyance en la mission de l’art… »

Vierne doit batailler pour obtenir, en 1931, des travaux sur l’orgue réclamés dès 1912. La guerre lui a pris de nombreux êtres chers. Lui-même trouve la mort à sa tribune, lors d’un concert qu’il donne le 2 juin 1937. Le chapitre de la cathédrale lui choisit pour successeur son suppléant, Léonce de Saint-Martin. Sur la lancée de Vierne, Saint-Martin développe une vigoureuse activité de concerts où l’orgue et la maîtrise tiennent une part égale.

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La Maîtrise sous la direction du chanoine Merret à la fin des années 1940

D.R.

Privée de la prébende canoniale qui l’avait financée pendant des siècles, la maîtrise est devenue une sorte de préséminaire cofinancé par le Diocèse, la cathédrale et les familles des élèves. Le nombre de ceux-ci se développe pour atteindre plusieurs dizaines, grimpant jusqu’à 99 en 1968. La musique est placée sous la houlette des maîtres de chapelle successeurs du chanoine Renault, le chanoine Louis Merret (1925-1959) puis Mgr Jehan Revert (1959-1991), témoin précieux et organisateur infatigable de la vie musicale à Notre-Dame : non content de mettre sur pied et de diriger les concerts avec chœur, il donne des conférences, il présente et enregistre les concerts, notamment les auditions d’orgue de Pierre Cochereau, nommé à la tribune de Notre-Dame en 1955. C’est grâce à Mgr Revert que nous avons conservé la trace de ces moments uniques que furent les concerts de l’illustre organiste. Jusqu’à sa mort brutale en 1984, Pierre Cochereau illuminera les célébrations de ses improvisations légendaires. En 1985, un quatuor non moins talentueux prendra sa suite : Yves Devernay (décédé en 1990), Olivier Latry, Philippe Lefebvre et Jean-Pierre Leguay. Les titulaires du grand orgue assurent les messes dominicales et les offices de fêtes, tandis que le titulaire de l’orgue de chœur (Yves Castagnet depuis 1988) et son suppléant (Johann Vexo depuis 2004) accompagnent quotidiennement les offices.

En 1991, Michel-Marc Gervais prend la succession du chanoine Revert. Dans le même temps, le cardinal Jean-Marie Lustiger, alors archevêque de Paris, charge Jean-Michel Dieuaide de réorganiser l’activité musicale de la cathédrale. Il en résulte la fondation de l’Association Musique sacrée à Notre-Dame de Paris (MSNDP), qui gère les différents cursus d’une maîtrise réorganisée ainsi qu’une riche activité de concerts et d’enregistrements discographiques.

Comme en ses premiers temps, la musique continue d’occuper une part considérable dans le rayonnement de la cathédrale Notre-Dame. Les auditions d’orgue hebdomadaires, les récitals d’orgue mensuels, les concerts donnés par la maîtrise, tout témoigne de l’exigence et de l’excellence auxquelles s’appliquent tous les acteurs actuels de la musique à Notre-Dame. Mais c’est peut-être dans l’exercice de leur fonction première, celle d’assurer la splendeur des offices, que les chœurs, les organistes, les chefs de chœur et le maître de chapelle approchent au plus près cette étincelle de transcendance à laquelle le visiteur de Notre-Dame reste rarement insensible, qu’il y voie la marque de Dieu ou du génie humain. C’est alors que, humbles et superbes à la fois, ils donnent une âme à cet édifice grandiose, conçu pour élever l’homme vers l’absolu, l’universel et le sublime.

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Les chœurs de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris

© Godong

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