Cathédrale d’art et d’histoire

Un siècle troublé

La Révolution affecte cruellement la musique à la cathédrale, devenue un temple théophilanthrope dédié à la Raison. La dispersion du Chapitre en 1790 entraîne rapidement celle de la maîtrise. Jusque-là de douze, le nombre d’élèves se met à décroître dangereusement. Les quatre organistes titulaires, Balbastre, Beauvarlet-Charpentier, Nicolas Séjan et Claude-Etienne Luce, sont renvoyés en 1793, année de la fondation du Conservatoire de Paris. Sous le Consulat, en 1802, Pierre Desvignes (1764-1827) est nommé maître de chapelle. Le musicien bourguignon, élève de Lesueur et professeur au Conservatoire, jouit d’une certaine notoriété. M. Cornu, ancien sous-maître, tente alors de redonner vie à l’établissement moribond. Mais les fonds manquent pour offrir aux douze enfants un enseignement convenable. L’événement salvateur a lieu en 1807 : un décret du ministre de l’Instruction publique reconnaît officiellement l’existence de la maîtrise, à laquelle l’empereur octroie une subvention annuelle de 3000 francs. Reste à définir pour l’établissement un statut plus laïc : l’enseignement musical y tiendra une place prépondérante, dans le but que les élèves continuent d’assurer leur rôle dans la vie liturgique de la cathédrale ; mais ils bénéficieront par ailleurs d’un enseignement général leur permettant d’embrasser, plus tard, la carrière de leur choix.

A la chute de l’empire, de nouvelles difficultés surgissent : les subventions s’effondrent, le nombre d’élèves diminue à nouveau, et il faut l’énergie d’un Joseph Pollet (successivement maîtrisien, professeur de musique, titulaire de l’orgue, puis maître de chapelle pendant quarante et un ans, de 1831 à 1872) pour redorer le blason musical de la cathédrale. Mgr Jehan Revert raconte avec humour comment, au fil des ans, on adapta la liturgie aux circonstances politiques : « Pour tous, imperturbablement, le dernier verset du Psaume XIX redit la prière “Domine salvum fac” et les partitions gardent la trace des mots grattés ou superposés : “imperatorem”, “regem”, puis de nouveau “imperatorem” et enfin “salvam fac rempublicam”, et tout cela sur le faux-bourdon du ton royal, dont la tradition dit qu’il a été composé par Louis XIII… »

En 1872, Joseph Pollet démissionne. Auguste Kiesgen le remplace pour trois ans (1873-1876), avant de laisser sa place Charles Vervoitte (1819-1884), jusque-là maître de chapelle à Saint-Roch. Inspecteur de la Musique religieuse auprès du ministre de l’Instruction publique et des Cultes de 1771 à 1880, président de la Société académique de musique sacrée, auteur de monumentales Archives des cathédrales, Vervoitte est un personnage influent. Il conservera son poste jusqu’à sa mort, et l’abbé Charles Geispitz lui succédera jusqu’en 1905.

Dans ces décennies, les cérémonies ont retrouvé un certain faste. La cathédrale est même le théâtre d’un événement d’importance : la conversion du jeune Paul Claudel, athée convaincu, à la foi catholique. Le poète raconte lui-même l’épisode, survenu le jour de Noël 1886. Au cours des vêpres, alors que la maîtrise interprétait le Magnificat , le jeune homme de dix-huit ans fut saisi par la beauté du cantique marial. « En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi ni, à vrai dire, la toucher. » Une dalle immortalise cet instant, non loin de la statue de la Vierge.

Au contraire de nombreux instruments de la capitale, l’orgue est sorti miraculeusement indemne des affres de la Révolution. Balbastre, qui sut faire profil bas et adapter son répertoire au goût du jour, avait pu le préserver du vandalisme révolutionnaire. Mais l’instrument a souffert et est même resté muet quelques années. Il retrouvera une nouvelle grandeur grâce au facteur Aristide Cavaillé-Coll, le plus important de son temps, qui le reconstruira tandis que Viollet-le-Duc procédera à la restauration du bâtiment. L’inauguration du superbe instrument, le 6 mars 1868, réunit les plus grands organistes du temps – César Franck, Camille Saint-Saëns, Charles-Marie Widor, Alexandre Guilmant – aux côtés du titulaire, Eugène Sergent. Il faudra toutefois attendre la nomination de Louis Vierne , en 1900, pour que l’instrument trouve un titulaire à sa mesure.

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