Messe anniversaire du décès du Cardinal Jean-Marie Lustiger

Dimanche 28 septembre 2008 à 18h30

 

 

 

 

 

Cette messe était présidée par le Cardinal André VINGT-TROIS, en présence de nombreux évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses et fidèles venus rendre grâce à la cathédrale pour l’épiscopat du Cardinal Jean-Marie Lustiger.

 

 

 

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

- Ez 18, 25-28
- Ph 2, 1-11
- Mt 21, 28-32

Frères et sœurs,

Quels signes aurait-il fallu pour que les chefs des prêtres et les anciens acceptent de reconnaître qu’ils avaient besoin de se convertir ? Les publicains et les prostitués ayant entendu la parole de Jean-Baptiste et constaté sa manière de vivre, avaient été touchés au cœur et s’étaient convertis. Ils avaient cru à ce qu’ils avaient vu et entendu. Bien évidemment l’Evangile veut souligner, et accentuer peut-être, le contraste entre ce que l’on pourrait appeler l’establishment religieux et la pauvreté du pécheur qui se repend, au risque de nous conduire à classer trop facilement les uns d’un côté et les autres de l’autre. Mais il nous faut recevoir la Parole du Christ, non comme une épée qui ferait le partage entre des bons et des mauvais, mais comme un glaive qui veut soulever en nous la prise de conscience que tous nous sommes pécheurs et que tous nous avons à nous convertir. Certes, la gravité morale de nos péchés peut varier, tout comme la dimension scandaleuse de notre manière de vivre. Mais personne n’est dispensé de reconnaître que nous avons toujours à réajuster notre vie à la Parole de Dieu qui nous atteint dans sa vigueur et dans sa puissance. Jean-Baptiste a été un signe, Jésus a été un signe. Ni l’un ni l’autre n’ont suffit à bousculer la bonne conscience de ceux qui, ayant dit oui une fois, considéraient que la justice était acquise pour toujours. Et nous ? Quels signes avons-nous de la présence, de l’actualité et de la force de la Parole de Dieu, comme de la foi qu’elle suscite dans les cœurs ? J’évoquais tout à l’heure les obsèques du Cardinal Jean-Marie Lustiger que nous avons célébrées ici il y a un peu plus d’un an, et qui ont été un signe puissant de la force de la foi. J’ai mentionné aussi le voyage du Pape Benoît XVI qui a été un moment important de manifestation de la vitalité de la foi aujourd’hui, dans notre monde. Hier, j’ai inauguré l’année de la Maison Saint-Augustin ; 14 jeunes hommes entre 18 et 35 ans se présentent pour discerner s’ils sont appelés à devenir prêtres de l’Église ; samedi prochain, dans cette même cathédrale je vais ordonner 9 diacres permanents ; autant de signes de la vitalité de la foi !

Mais plus encore que ces manifestations qui sont certainement très parlantes mais qui restent un peu exceptionnelles et spectaculaires, la vitalité de la Parole de Dieu et la puissance de la foi touchent chacun et chacune d’entre nous par des signes qui sont répartis tout au long de notre vie ordinaire : le signe de la confiance des hommes et des femmes qui aujourd’hui s’engagent pour toujours dans le sacrement de l’amour du mariage ; le signe de la puissance de la foi chez ces hommes et ces femmes qui élèvent des enfants et qui essayent, jour après jour, de leur transmettre ce qu’ils ont de meilleur et de les éveiller à leur liberté personnelle ; les signes donnés par ceux qui sont confrontés par les malheurs de la vie soit à l’infidélité, soit à la souffrance, soit à la maladie, et qui assument avec courage la situation survenue, souvent sans qu’ils y soient pour rien. Et combien d’autres exemples que chacun d’entre vous connaît dans sa propre vie, dans celle de ses proches, ou dans celle de ceux avec qui ils travaillent ou avec qui ils sont en relation. La foi chrétienne aujourd’hui n’est pas une abstraction, elle est incarnée à travers l’existence de ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur.

Mais pour nous, qui avons dit oui au Seigneur une et même plusieurs fois au cours de notre vie passée, si la puissance de ces signes et si la fidélité de Dieu qui se manifeste à travers la persévérance de la fidélité humaine, ne nous émeuvent pas et ne nous ébranlent pas ; si la miséricorde de Dieu qui s’exprime à travers le pardon donné des uns aux autres et reçu de lui et si la puissance de sa Parole qui fait se lever chaque année de nouveaux chrétiens ; si tout cela ne touchent pas nos cœurs, alors que faudra-t-il faire pour nous convertir ?! Quel chemin la grâce devra-t-elle emprunter pour atteindre le tréfonds de notre liberté et nous faire pressentir la brisure par où la source d’eau vive va pouvoir s’écouler et remplir nos âmes ?! Comment cesserons-nous de nous blinder et de nous appuyer sur nos certitudes, nos habitudes et notre fidélité, comme si tout était joué et gagné, parce que nous avons dit oui un jour ? Car la question que le Christ nous pose n’est pas de savoir si nous avons dit oui un jour mais de savoir si aujourd’hui nous sommes disposés à aller travailler à la vigne du Seigneur.
Il ne met en doute ni notre sincérité, ni notre désir de vivre en chrétien, mais il nous provoque en nous disant « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le Royaume mais ceux qui font la volonté de mon Père » (Mt 7,21). Il ne servirait de rien de revendiquer notre appartenance au peuple chrétien si celle-ci ne transformait pas notre manière de vivre. S’il était besoin d’autres motivations, certes moins puissantes et moins fortes, nous pouvons voir, à travers les événements qui traversent notre société, que notre modèle de vie est inéluctablement remis en cause.
On peut chercher à se tranquilliser, à se dire que cela durera bien autant que nous, mais nous savons déjà, même si nous ne voulons pas nous l’avouer, qu’il faudra changer quelque chose. Il sera nécessaire que chacun et chacune accepte que la solidarité ne soit pas simplement une invocation morale mais qu’elle se transforme dans une manière d’être, de vivre et d’agir.
Il viendra le moment d’accepter que la communion universelle à laquelle nous aspirons ne puisse se satisfaire de ce que notre petite presqu’île européenne réussit à grappiller dans un monde où la misère continue de s’étendre. Notre monde sera ébranlé, et si cela n’arrive pas aujourd’hui ou cette année, cela surviendra dans les années qui viennent. Il nous faut trouver de nouveaux chemins de vie et inventer une nouvelle manière de mettre l’Evangile en pratique, pas simplement par des bons sentiments et des paroles, mais concrètement par des actes, une manière de vivre et de nous convertir.

Frères et sœurs que l’appel que le Christ nous adresse à travers ce passage de l’évangile de saint Matthieu, fasse en nous son chemin. Pour qu’enfin, quoique nous ayons dit jadis : oui ou non, nous devenions capables de nous lever et de nous mettre en route pour travailler à l’œuvre de Dieu, pour construire vraiment une nouvelle manière de vivre selon l’Evangile.

Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS

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