Notre-Dame, Haut Lieu de la Rencontre

En 1984, la cathédrale proposait aux pèlerins et visiteurs des « nocturnes » [1] , visites d’un soir dans le silence du vaisseau de pierre, moment privilégié dans le calme retrouvé du crépuscule après une journée ordinaire qui aura vu déambuler des dizaines de milliers de personnes entre les piles de la nef.

Le Père Jacques Perrier, alors curé de Notre-Dame de Paris, demanda au Père Jacques Leclercq, qui fut chapelain de la cathédrale pendant plusieurs dizaines d’années, de rédiger le texte ci-dessous à destination de ces « visiteurs silencieux d’un soir ». Fort de son « vécu de la cathédrale » et surtout de son « vécu de l’accueil » à la cathédrale, le Père Jacques Leclercq nous laisse transparaître dans ces quelques lignes toute la beauté de ces rencontres quotidiennes à Notre-Dame, « rencontre de l’Homme avec son frère et de l’Homme avec Dieu ».

Ce soir la cathédrale nous offre son silence : son silence est présence.

Il suffit d’un coeur avide pour entendre la rumeur des vieilles pierres, leurs confidences et leurs aveux.

II faut se placer en ce point de pur silence qui est en nous, au-delà du temps, peut-être, en cet instant fugitif offert à la conscience où chacun se découvre avec ses élans, son désir, ses tentatives, et ses échecs.

Il faut entrer ici et tenir sa vérité comme une flamme fragile au creux de ses deux mains. Il faut se taire aussi et confondre le silence personnel à ce vaste silence qui est la présence unanime et la conscience d’une cathédrale.

Alors les pierres parlent. Elles célèbrent la vie, et ce poème intérieur que chacun se chante à soi-même lorsque le don d’aimer répond à l’appel de la vie.

Quiconque franchit le portail de Notre-Dame découvre la sécurité. Aucune solitude n’y résiste. Parce que c’est le propre de tout chef d’œuvre, et très essentiellement le but de celui-ci de restituer à chacun la possession de soi, et d’instaurer soudain au plus profond des consciences un invincible dialogue, où toute pesanteur abolie, les regards enfin libérés se lèvent pour contempler et accueillir la tendresse de Dieu.

C’est ici le lieu de la réconciliation la plus profonde et souvent la plus décisive : celle de l’humain avec le sacré.

Car le puissant mouvement qui s’élance des piliers et des colonnes et qui s’épanouit dans la légèreté des voûtes nous entraîne vers le haut, au-delà de nous-mêmes jusqu’au soleil qui joue dans les rosaces et qui devient présence et tendresse de Dieu dans la lumière.

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© NDP

On sait alors que c’est possible de vivre libre et d’aimer. Car c’est ici l’éternelle jeunesse d’un Dieu poète et créateur. L’homme est plus grand que l’humain, la vocation est verticale.

La cathédrale a conquis le soleil : lumière discrète au Nord, pour rappeler l’Ancien Testament qui n’est plus. Lumière flamboyante au midi pour célébrer Jésus vivant.

Lumière pathétique, là-bas vers le couchant, quand le soleil va s’éteindre, à l’heure où l’homme se livre à la nuit, à l’heure où la vie s’éteint dans la mort : admirable rosace du couchant, où les signes du temps, les travaux et les jours achèvent leur ronde inexorable dans l’affrontement du bien et du mal, vertus et vices, bonheur et malheur, pour célébrer le combat de l’Homme sur la terre.

Et chaque matin le soleil glorieux ressuscite sur le choeur et sur l’autel, là où Jésus ressuscité, Jésus-soleil-levant revient parmi nous.

La cathédrale est vocation, car chacun peut entendre l’appel le plus profond que la vie fiévreuse risquait d’étouffer à Jamais. La vocation : un avenir reconnu, possible et proposé.

C’est ici qu’un destin se découvre liberté, car c’est ici que toute emprise desserre son étreinte, et dans la paix retrouvée, quand nos regards avides se lèvent vers le tympan des portails, ils contemplent sur ces visages de pierre la souveraine sérénité, celle qui suit les grands combats. On sait qu’il faut devenir, la fidélité est en avant, et le chef d’oeuvre c’est de durer.

C’est le génie des sculpteurs du Moyen Age : ils nous révèlent la sainteté sans trahir la Vie.
Ici la sainteté apparaît possible parce qu’elle est sculptée par une expérience pathétique et chacun peut s’y reconnaître et se sentir appelé.

Tel est le rôle prestigieux de Notre-Dame de Paris : la rencontre.
Elle pose à chacun sa question essentielle et en même temps lui offre une réponse.
- Celle de son silence plus apaisant que les paroles parce qu’il est présence d’un Dieu tout proche.
- Celle de sa lumière piégée dans les verrières pour nous remplir les yeux pour nous remplir le coeur, et nous offrir le sourire et la tendresse de Dieu.
- Celle de sa musique aussi qui sculpte le silence, puissante alliée de la lumière, quand les grandes orgues là-haut déchaînent les orages ou qu’elles murmurent le chant discret de la prière dans l’intimité des consciences.

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© Godong

Telle est la cathédrale, debout depuis huit siècles, grand navire de haute mer, Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de France, Haut lieu de la rencontre de l’Homme avec son frère et de l’Homme avec Dieu, Eglise Mère de Paris, inlassable refuge où tout homme humilié peut relever son front, où le sourire vient se mêler aux larmes, où tout amour vient crier son bonheur, et s’immerger dans la démesure de la tendresse de Dieu.

Et nous tiendrons le coup, rivés sur notre rame,
Forçats, fils de forçats, aux deux rives de Seine,
Galériens couchés aux pieds de Notre Dame.

(Charles Péguy)

Notre-Dame de Paris : il y a Dieu, il y a l’homme.
Ils y sont, ensemble, silence et présence.

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© Godong

Et c’est toute prière : et du plus humble signe que les tailleurs de pierre ont gravé sur les colonnes, jusqu’à la confidence que vient murmurer le coeur des hommes et des femmes venus de tous les points du monde, Notre-Dame de Paris raconte la longue histoire que l’homme et Dieu ont tissée ensemble.

Ce soir c’est à votre tour d’être complices de Dieu pour inventer l’Histoire.

Voici que Jésus monte dans la montagne
et il appelle ceux qu’il voulait.
Ils viennent à lui
et Il en établit douze
pour être avec lui
et pour les envoyer prêcher.
(Marc 3, 14)

Ce soir, mes amis, c’est à votre tour de répondre.

Père Jacques Leclercq-10 mai 1984-Adapté de son livre Debout sur le soleil (Ed. du Seuil, 1980)

[1Ces nocturnes existent toujours sous la forme des Opéras d’images.

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