André CAMPRA

Master of Music

1660-1744

Fils d’un chirurgien piémontais installé à Aix-en-Provence, André Campra est l’une des figures dominantes de la musique française du début du XVIIIe siècle, resté célèbre autant par sa musique religieuse que par ses œuvres profanes. Son père, violoniste amateur, l’initie à la musique. Comme après lui Jean Gilles, l’auteur d’un fameux Requiem, il entre comme enfant de chœur à la cathédrale Saint-Sauveur et y parfait sa formation musicale auprès de Guillaume Poitevin. En 1678, il reçoit la tonsure. La même année, il est nommé maître de chapelle à la cathédrale de Toulon. Il exerce ensuite ces fonctions à la cathédrale Saint-Trophime d’Arles (1681). En 1683, il devient maître de musique à la maîtrise de la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, place qu’il conservera onze ans. Il est en outre reçu maître de musique lors des Etats du Languedoc tenus à Montpellier en 1685.

Dès ses débuts, Campra montre un esprit indépendant et colérique. A Toulon, il est renvoyé pour avoir participé à des activités théâtrales. A Toulouse, il obtient d’étoffer les moyens musicaux mis à sa disposition (serpents et basse de viole) par l’adjonction de deux pupitres de violons. Mais ses exigences, ses abus de boisson, sa réputation d’homme dépravé finissent par lui attirer les foudres du chapitre de Saint-Etienne, qui exige de lui, en 1791, qu’il lui soumette désormais toutes ses compositions avant de les faire exécuter.

Les relations sont si tendues que Campra demande et obtient, en 1694, un congé de quatre mois pour se rendre à Paris. Il ne reviendra plus : le 21 juin, il est élu à l’unanimité au poste de maître de musique à Notre-Dame de Paris, en succession de Jean Mignon.

Un an plus tard, il publie sous la signature de Campra, maître de musique de l’Eglise de Paris le premier de ses cinq livres de petits motets (motets sans chœur). En mai 1696, il reçoit un canonicat à Saint-Jean-le-Rond. Comme à Toulouse, il a obtenu de développer quelque peu l’instrumentarium de la cathédrale. Si les motets du Premier Livre s’adresse à une ou plusieurs voix solistes et une basse continue, O Jesu amantissime ! et Immensus es Domine, publiés en 1700 au sein du Second Livre, voient l’apparition de deux dessus de violon et deux flûtes allemandes.

Les relations entre Campra et la cathédrale sont des meilleures, et ses œuvres brillent d’un éclat particulier lors des concerts donnés le samedi par les enfants de chœur, baptisés motets. Le compositeur est animé d’une autre ambition : l’opéra. En 1697, il fait créer sous un faux nom une comédie-ballet, L’Europe galante, à l’Académie royale de musique (l’Opéra de Paris). Cet ouvrage donne ses lettres de noblesses au genre naissant de l’opéra-ballet, inauguré deux ans plus tôt par Pascal Collasse (Les Saisons) et ensuite mis à l’honneur, notamment, par Rameau. Mais son succès vaut à Campra quelques inimitiés dans le clergé. On chante alors, sur un air connu :
Quand notre archevêque saura
De qui est le nouvel opéra
De la cathédrale, Monsieur Campra
Décampera.

L’archevêque, dans le civil Louis-Antoine de Noailles, duc de Saint-Cloud, n’en sait rien. Campra s’assure d’ailleurs ses bonnes grâces en lui dédiant le Second Livre de motets. Le chapitre ne fait pas non plus de difficultés (Lalouette et Lesueur ne pourront pas en dire autant). Toutefois, l’appel de la scène est le plus fort et Campra démissionne le 13 octobre 1700. Plusieurs musiciens rivalisent pour prendre sa succession. C’est Jean-François Lalouette qui l’emportera.

Sans protection royale, Campra connaît l’existence incertaine du musicien indépendant. Après le succès de L’Europe galante, il connaît des fortunes diverses à l’opéra avec les tragédies en musique Hésione (1700), Aréthuse, ou La Vengeance de l’Amour (1701), Tancrède (1702), Iphigénie en Tauride, commencée par Desmarets (1704), Alcine (1705) et Hippodamie (1708). Il semble toutefois qu’il soit entré dans ces années au service du duc de Chartres, le futur régent, qui adorait sa musique teintée de d’italianité.

A l’époque, la vie musicale française est partagée entre la fidélité à une tradition nationale fortement ancrée et l’attrait pour un style italien plus exubérant, qui pénètre le territoire sous la forme notamment de recueils d’airs choisis. Cette querelle esthétique ne laisse personne indifférent, et l’érudit Jean-Laurent Lecerf de La Viéville, par ailleurs partisan inconditionnel du florentin mais très français Lully, tente de faire la part des choses dans un ouvrage qui fait date, Comparaison de la musique italienne et de la musique française. Le style syncrétique de Campra le laisse perplexe. D’une part, il déplore que le compositeur n’ait pas consacré sa carrière à la musique religieuse : Si ce malheureux garçon n’avait point déserté l’Eglise pour aller servir l’Opéra, je pense que l’Italie aurait peine à tenir contre nous. D’autre part, il s’étonne des fausses beautés et des débordements expressifs tout italiens qui émaillent son Troisième Livre de motets, publié en 1703.

Si les deux premiers livres étaient restés peu ou prou dans le style français – malgré, déjà, une propension assez italienne à une certaine liberté mélodique et aux ornements – le troisième affiche clairement sa volonté de réunir les goûts, pour faire allusion aux Goûts réunis, ces pièces instrumentales publiées en 1724 où François Couperin entend, justement, retenir le meilleur des deux partis. Le Troisième Livre présente la particularité d’inclure à la fois un motet à la manière italienne pour voix seule, deux dessus de violon et basse continue, Quis ego Domine ?, et un grand motet, c’est-à-dire un motet avec chœur et orchestre comme on en faisait à Versailles, In convertendo Dominus. Ce volume est le dernier publié chez Jean-Christophe Ballard, détenteur du monopole de la musique. Au terme d’un procès contre l’éditeur, Campra obtient un privilège royal de douze ans qui lui permet de s’éditer lui-même. En 1706 paraît le Quatrième Livre de motets. Vers 1713, Campra compose ses premiers grands motets (si l’on excepte In convertendo Dominus cité plus haut).

A l’Académie royale de musique, Campra s’applique de la même manière à unir les styles français et italien. L’opéra-ballet Les Festes vénitiennes comporte même des passages chantés en italien (ce que l’intrigue autorise en toute bienséance). Avec cet ouvrage, Campra commence à s’imposer vraiment auprès du public.

En 1718, Campra se voit enfin attribuer une rente annuelle de 500 livres par Louis XV. En 1720, il retourne à la musique religieuse. Après quatorze ans de silence en ce domaine, il publie son cinquième et dernier livre de petits motets. Il semble qu’il soit maître de musique au collège Louis-le-Grand en 1721. L’année suivante, il devient directeur de la musique du prince de Conti, Louis-Armand de Bourbon ; il composera pour lui une œuvre de circonstance, La Feste de L’Isle-Adam, dont la partition est perdue. Puis arrive enfin la consécration. Michel-Richard Delalande, qui, à la fin du règne de Louis XIV, dominait à peu près sans partage la musique versaillaise, se démettait peu à peu de certaines charges depuis la mort du souverain. En 1723, il lâche trois des quartiers de sous-maître de chapelle qu’il détenait au profit de Michel Bernier, Charles-Hubert Gervais et Campra.

Campra se tourne alors presque exclusivement vers la musique religieuse, avec une floraison de psaumes et de grands motets, et la fameuse Messe de requiem (dont on ignore l’année de composition exacte). Il renoue toutefois des liens avec l’Académie royale de musique lorsque son ami le prince de Carignan en est nomme directeur en 1730. Immédiatement, Campra y obtient un titre d’inspecteur général assorti d’un salaire de 1500 livres, en remplacement de Destousches. Deux ans plus tard, il est nommé directeur de la musique. Les reprises de ses deux ouvrages les plus célèbres, L’Europe galante et Les Festes vénitiennes, font un triomphe. Toutefois, sa charge versaillaise est lourde, d’autant qu’il occupe les quartiers de Delalande et Bernier à leurs morts respectives (1726 et 1734). Ainsi accaparé, il ne pourra plus guère composer pour l’opéra : seule la tragédie en musique Achille et Déidamie sera encore portée à la scène (1735), Les Noces de Vénus (1740), au sujet jugé trop scabreux, n’accédant jamais à ce privilège.

André Campra meurt le 29 juin 1744, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Il lègue la majeure partie de ses biens à son domestique et à sa cuisinière, auprès desquels il a fini sa vie dans la pauvreté et la maladie, dans un petit appartement versaillais.

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