Cathédrale d’art et d’histoire

Léonce de SAINT-MARTIN

Organiste

1886 - 1954

 

 

Homélie prononcée par Monseigneur Jehan REVERT, maître de chapelle émérite de la cathédrale, au cours de la messe dite à Notre-Dame de Paris à la mémoire de Léonce de Saint-Martin pour le cinquantième anniversaire de sa mort, le 27 juin 2004 :

Tout à l’heure, le verset de l’Alleluia chantait : "Le Seigneur nous appelle à le suivre sur les chemins de l’Evangile". Être à la suite de Jésus "serviteurs de l’Evangile", c’est pour l’un de ces serviteurs que cette messe est célébrée : Léonce de Saint-Martin, ancien organiste de Notre-Dame de Paris, et je suis particulièrement heureux de concélébrer cette messe dite à sa mémoire pour le cinquantième anniversaire de sa mort, au mois de juin 1954.

Léonce de Saint-Martin était originaire d’Albi. Exceptionnellement doué pour la musique et pour l’orgue en particulier, dès l’âge de quatorze ans, il fut suppléant aux orgues de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi. Puis, après la guerre de 1914, il fut nommé organiste de Notre-Dame des Blancs-Manteaux à Paris.

En 1932, il devint suppléant officiel de Louis Vierne à Notre-Dame de Paris. C’est à cette époque qu’il composa la Messe en mi, que nous entendons aujourd’hui. J’ai eu la joie quand j’étais enfant à la Maîtrise en ce temps-là de la chanter pour la première fois. A la mort de Louis Vierne en juin 1937, il fut nommé organiste titulaire à la suite de son maître. Le chapitre des chanoines de Notre-Dame avait été à même d’apprécier combien il était apte à cette fonction. Sa grande conscience artistique et son esprit de service éminemment liturgique sont restés sans défaillance. Dix-sept ans durant, il fut le "bon et fidèle serviteur de Notre-Dame". Notre-Dame dans ses heures de peine et de gloire, pensons aux heures de l’occupation et de la Libération, et Notre Dame, la Sainte Mère de Dieu, dont il fut le "fidèle serviteur". On connait cette expression évangélique : "C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître". Bonté et fidélité profondes, pas sentiment au sens de bon esprit, de régularité, de constance, mais d’une fidélité plus profonde, essentielle, qui vient de la racine du mot même,"fides", la foi. Car le serviteur fidèle, ce n’est pas seulement celui qui agit en service commandé, mais, dans la perspective évangélique, c’est celui qui entre dans les intentions de son Maître et y met son coeur tout entier. Jésus disait :"Je ne vous appelle plus serviteurs, mais je vous appelle amis, car le serviteur ne cherche pas à savoir ce que fait son maître, mais à vous, je vous ai fait connaître ce que j’ai reçu de mon Père". Dans la lettre de saint Paul aux Galates, lue tout à l’heure, il y a ces mots :"Mettez-vous, par amour, au service les uns des autres, et pour cela, vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu".

Profondément croyant, d’une foi éclairée et vivante, puisée aux sources de l’Esprit, l’organiste de Notre-Dame savait choisir dans le répertoire si riche des pièces écrites, celles qui correspondaient aux temps liturgiques et aux textes proposés pour les offices. Les "Chroniques de Notre-Dame" publiées en ces années-là en gardent la trace fidèle. Et les oeuvres originales de Léonce de Saint-Martin en sont aussi le témoignage. Les titres qu’il leur a donnés le disent bien. Ils sont le reflet de ses méditations et recherches personnelles. Alors, c’est Genèse, c’est la Paraphrase du Psaume 136, le psaume de l’exil, "super flumina Babylonis", ce sont particulièrement les deux symphonies qu’il a voulu uniquement inspirées par le service liturgique : la Symphonie Dominicale, reflet des interventions de l’orgue à la messe, et la Symphonie Mariale où il reprend les pures Antiennes chantées au long de l’année en l’honneur de Notre Dame. Elles reviennent là, enchassées dans une merveilleuse rosace musicale, avec le motet "Inviolata" qui s’estompe dans une lointaine lumière de gloire. Plus tard, il composera encore, comme une couronne finale à ses oeuvres, le Magnificat, le chant d’action de grâces de l’humble servante du Seigneur, qu’il avait tant de fois alterné avec le choeur et la Maîtrise, humble servant lui aussi de la prière.

Oui, ce fut bien l’idéal de toute la vie de l’organiste de Notre-Dame que ce lyrisme fervent mis au service de la liturgie. Cette inspiration intime de l’organiste fait de son service une véritable médiation entre le mystère divin qui est célébré et ceux qui doivent en être nourris et confortés. A sa manière lui aussi, il est officiant. Je pense que Léonce de Saint-Martin nous en a laissé percevoir le secret par sa dernière oeuvre d’orgue, le Cantique Spirituel d’après saint Jean de la Croix. Il le présentait ainsi : Nous entrons dans les parvis de la mystique. Après avoir souffert les terribles épreuves de la Nuit obscure, l’âme enfin libérée, voit avec allégresse se lever le jour de son union à Dieu. C’est le cri d’amour de son action de grâces que saint Jean de la Croix a jeté au travers de ces lignes. Sans vouloir s’attacher au détail du texte, c’est l’idée de l’élévation progressive de l’âme dans l’ineffable union transformante avec son fiancé divin qu’il a voulu ainsi suggérer.

"Répandant mille grâces en hâte, par ces bois, il est passé, et, posant sur eux son regard, d’un reflet de son visage il les laissa tous revêtus de sa beauté".

Oui, nous avons là l’expression de son idéal d’organiste au service de ses frères.

"Vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu, mettez-vous par amour au service les uns des autres" disait saint Paul. Idéal d’organiste, oui, en même temps que, peut-être, un coin de voile levé sur les dispositions de son âme d’artiste chrétien.

Par quels chemins intérieurs et quelles épreuves le Seigneur a-t-il voulu faire passer son serviteur ? C’est son secret. L’Evangile de ce jour nous apprend que chacun reçoit son appel personnel.

"Je te suivrai partout où tu iras" répond l’un des appelés. Le psaume de ce dimanche chantait :

"J’ai dit au Seigneur, tu es mon Dieu.
Tu m’apprends le chemin de la vie.
A ta droite, éternité de délices".

A travers ombres et lumières, Léonce de Saint-Martin s’est efforcé d’être ce disciple. Nous prions pour lui en cette messe, ainsi que pour ceux qui, avec lui, dans les mêmes années, étaient les serviteurs bons et fidèles de Notre-Dame :
Chanoine Merret, maître de chapelle,
Pierre Moreau, son suppléant aux grandes orgues,
et, à l’orgue du choeur, Albert Serre, René Blin et Jean Dattas.

"Par la miséricorde de Dieu, qu’ils reposent dans sa paix et sa lumière".

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