Messe de fondation pour la Libération de Paris

Dimanche 28 août 2016 à 11h30

Mgr Jérome Beau, évêque auxiliaire de Paris, célèbrera, comme tous les ans à pareille époque, une messe de fondation pour la Libération de Paris, à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix.

 

Paris célèbre ainsi à travers cette cérémonie religieuse la mémoire de sa libération. En effet, le 26 août 1944, après la triomphale descente des Champs- Élysées, le général de Gaulle avait tenu à se rendre à Notre-Dame, accompagné du général Leclerc et des chefs de la Résistance française. Dans une atmosphère chargée d’émotion, et alors que des coups de feu se faisaient encore entendre, le chant du Magnificat avait déjà retenti dans la cathédrale.

Comme tous les ans à la fin de la célébration, Monseigneur Vingt-Trois, accompagné du clergé, des officiels, des drapeaux et des fidèles, se rendra dans le transept sud de la cathédrale pour rappeler l’intention de la plaque apposée en 2002 par la lecture du texte qui y est inscrit :

Le 26 août 1944,
le général de Gaulle accompagné par les chefs de la Résistance
et par le général Leclerc, libérateur de Paris à la tête de la Deuxième Division Blindée,
s’est rendu à Notre-Dame pour y chanter le Magnificat.

Le 26 juin 2002,
une messe de fondation a été instituée pour garder la mémoire
et pour que, chaque année, l’anniversaire de la Libération de Paris soit l’occasion de prier à Notre-Dame
pour les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale et pour la paix.

Cette plaque a été apposée en août 2004, 60e anniversaire de la libération de Paris. A cette occasion, la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et l’Archevêché de Paris se sont associés pour donner un caractère exceptionnel à la traditionnelle messe de fondation qui, depuis la convention du 26 juin 2002, est célébrée à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix. De hautes personnalités s’étaient unies à cet événement notamment Monsieur Jacques Chirac, alors Président de la République. Une célébration inter-religieuse en hommage aux combattants de la 2ème Division blindée, tombés pendant la Libération de Paris, avait eu lieu avant la messe sur le parvis de la cathédrale. Au cours de cette célébration, à l’invitation du cardinal Lustiger alors archevêque de Paris, les représentants des différentes confessions auxquelles appartenaient ces soldats avaient lu une prière. Puis la messe, au cours de laquelle l’on chanta le Magnificat, était célébrée par le cardinal Lustiger entouré des archevêques de Washington, Londres, Berlin et de l’évêque d’Ottawa.

 

Allocution du cardinal Jean-Marie LUSTIGER
à la cérémonie inter-religieuse du 60ème anniversaire de la Libération de Paris 26 août 2004

Il y a 60 ans, après avoir descendu l’avenue des Champs-Elysées avec la foule immense des
Parisiens, le général de Gaulle,et, à ses côtés, le général Leclerc, les représentants de la Résistance, entrèrent dans Notre-Dame. Alors jaillit sur leurs lèvres le chant parisien, joyeux et grave du Magnificat repris par la foule. Tel est ce moment dont aujourd’hui nous faisons mémoire, moment qui, aux yeux de la France et du monde entier, manifestait que Paris était enfin libre.

Ainsi, traversant Paris de l’Étoile à Notre-Dame, le peuple de Paris reprenait possession de la France et de son histoire. Citoyens de toutes origines, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, chrétiens ou non chrétiens, nous avons payé un prix
énorme de souffrances, d’humiliation, de destructions morales. Mais le bonheur de la liberté et de l’honneur rendus était encore plus grand, même si nous pressentions le long travail de réconciliation de la France avec elle-même dont le symbole venait d’être donné par le général de Gaulle.

Nous voulons ici prier d’abord pour les soldats de la Deuxième Division Blindée tués au combat pour la libération de Paris. Avant que soient rappelés leurs noms, les ministres du culte catholique, protestant, juif, musulman, vont dans quelques instants dire une courte prière à leur intention.

Nous nous souviendrons des Parisiens, combattants ou victimes, tombés au cours de ces journées, des résistants arrêtés, torturés, abattus.

Nous nous souviendrons de ceux dont alors on ne savait rien, les millions de déportés dans les camps de concentration.

Nous prierons pour toutes les victimes de cette tragédie.

Voici à mon côté le cardinal Sterzinsky, archevêque de Berlin. Nous prierons pour le peuple allemand et pour tous ceux qui alors étaient nos ennemis. Et pourtant ils étaient eux aussi nos frères. Rendons grâce à Dieu pour la paix irrévocablement scellée entre les nations de l’Europe.

Voici le cardinal Mc Carrick, archevêque de Washington, le cardinal Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster, Mgr Drouin, représentant l’archevêque d’Ottawa. Américains, Britanniques, Canadiens et tant d’autres versèrent leur sang pour délivrer la France et l’Europe de la servitude du totalitarisme. Nous prions aussi pour eux et avec eux.

Une immense joie nous a alors fait vivre et nous a donné le courage de lutter pour un avenir nouveau.

Puissions-nous trouver aujourd’hui les mots et les gestes qui transmettent aux futures générations l’espérance d’une civilisation mondiale digne de l’homme.

† Jean-Marie cardinal LUSTIGER
Archevêque de Paris
26 août 2004

 

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Cérémonie inter-religieuse, en présence du Président de la République, pour le 60ème anniversaire de la Libération de Paris

le 26 août 2004. © Godong

 

Homélie prononcée par le Cardinal André VINGT-TROIS
Messe de la Libération de Paris
25 août 2014

Jos 24, 1-2a.15-17.18b ; Ps 33, 2-3.16-17.20-23 ; Ep 5, 21-32 ; Jn, 6, 60-69

Frères et Sœurs,

Les lectures bibliques que nous venons d’entendre nous placent apparemment devant une réalité paradoxale, puisque d’un côté le prophète Isaïe annonce la vocation universelle du Salut proclamé au nom du Seigneur, son projet de rassembler tous les hommes, toute l’humanité dans un peuple nouveau, bref d’apporter le Salut au monde, et de l’autre côté l’évangile de saint Luc, à travers cette scène entre Jésus et ses auditeurs, semble nous exprimer une vision beaucoup plus restreinte. « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, il faut passer par la porte étroite et non pas par le large chemin pour entrer dans le Royaume » (Lc 13, 23-24).

Comment pouvons-nous comprendre et accorder ces deux perspectives apparemment si contraires ? Ou bien tout le monde est appelé, ou bien il y a peu d’élus ! Il me semble que la parole que Jésus adresse à ceux qui lui posent la question de savoir si beaucoup seront sauvés, nous aide à comprendre la vision universaliste du prophète Isaïe, qui concerne le plan général de la vision de Dieu sur l’humanité entière, depuis ses origines jusqu’à son terme ; elle annonce le projet divin, sa volonté miséricordieuse de sauver tous les hommes. La scène de l’Évangile se situe historiquement et géographiquement dans un point de cette histoire humaine. Elle ne vise pas tous les hommes, elle vise les gens qui ont écouté Jésus, « il passait par les villes et les villages en enseignant » (Lc 13, 22), et donc ce qu’il va dire concerne prioritairement celles et ceux qui l’ont entendu.

Jésus nous dit que pour entrer dans le Royaume, pour recevoir le salut par la miséricorde de Dieu, il ne suffit pas de l’avoir entendu, de l’avoir vu, d’avoir été témoin de ses paroles et de ses gestes, il faut poser une décision, libre et personnelle. On n’est pas sauvé contre soi-même, on n’est pas sauvé quoi que l’on fasse, on est sauvé par réponse à une option fondamentale de la vie : éviter ce qui est le mal. « Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal » (Lc 13, 27). Cette parole du Christ nous aide à comprendre que ce n’est ni la proximité physique, ni le fait d’avoir entendu ses paroles, ni même le fait de l’avoir suivi un moment, qui va assurer la justification du cœur de l’homme, c’est le choix de sa liberté, sa capacité à choisir entre le bien et le mal, c’est son désir de faire le bien et de se détourner du mal, qui, par la grâce de Dieu, va manifester qu’il appartient au corps de ceux que Dieu appelle. Et ceux-là, qui vont exprimer ce choix d’une vie droite, ne se réduisent pas à ceux qui ont entendu la parole de Jésus, mais s’ouvrent à l’universalité de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi, « on viendra de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi, prendre au festin dans le Royaume de Dieu » (Lc 13, 29). Ceux qui seront vraiment reconnus comme justes sont ceux qui auront été fidèles à la voix de leur conscience, à la parole de Dieu quand ils l’ont connue, à l’appel du Christ quand ils y ont été préparés. Cette fidélité ne s’exprime pas simplement par des mots, elle s’exprime par des actes, par une manière de vivre.

Cet appel du Christ à conformer notre vie à ce qu’il dit, et pas simplement à nous contenter d’un contact extérieur, d’avoir été sur son passage, d’avoir entendu l’une ou l’autre de ses paroles, mais d’avoir vécu cette rencontre avec le Christ, d’avoir reçu la parole du Christ, comme un appel à une nouvelle manière de vivre, c’est cela qui va déterminer notre capacité à entrer dans le Royaume. Et nous savons bien que ce travail, que nous appelons la conversion, qui nous fait changer notre manière de vivre, demande une décision forte, une motivation pleine, une liberté totalement engagée.

Dans les périodes difficiles de l’histoire des hommes, la parole du Christ trouve une illustration assez sensible. Dans ces périodes difficiles, nous le savons, il y a plus de gens qui sont attirés par le chemin large et facile que par la porte étroite. Au cours de la période de la Seconde guerre mondiale dont nous faisons mémoire aujourd’hui, seuls, celles et ceux qui ont eu la force de caractère, la motivation profonde, le courage de suivre l’appel de leur liberté, ont choisi la porte étroite. Ce choix a eu des conséquences douloureuses pour eux, parfois de manière définitive par la mort après la torture. Mais si je fais écho à cette période tragique de notre histoire, c’est précisément parce que l’Écriture nous indique que ces expériences de l’histoire humaine ne sont pas vécues simplement comme des péripéties sans signification, elles sont vécues aussi comme des signes qui nous sont donnés pour prendre conscience de la condition humaine et mieux faire face à notre responsabilité d’homme et de femme devant nos semblables et devant Dieu. Comme nous le dit l’épître aux Hébreux : ce sont comme des leçons qui sont données à l’humanité (Hé 12, 6), non pas pour l’accabler, mais pour qu’à partir de la difficulté, de la gravité, quelquefois de la cruauté des événements, les hommes se ressaisissent et reprennent conscience de l’enjeu déterminant de leur vie et de leur liberté. Quand on vient de recevoir une leçon, on ne se sent pas joyeux mais plutôt triste, par contre quand on s’est repris grâce à la leçon, plus tard on trouve la paix et on devient juste.

Que le Seigneur nous donne de faire mémoire de ces événements de notre pays et de notre cité, non pas en nous laissant accabler par l’injustice et la cruauté qui ont été les marques de ce temps, mais en nous laissant stimuler par l’exemple de celles et de ceux qui ont choisi la porte étroite pour être fidèles à leur conscience.

Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS
Notre-Dame de Paris, 25 août 2013

 

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© NDP

 

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Le cardinal VINGT-TROIS, à l’issue de la célébration, dans le transept Sud de la cathédrale, rappelant l’intention de la célébration par la lecture du texte inscrit sur le plaque apposée en 2002.

© NDP

 

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Chant du "Magnificat" à l’issue de la célébration, aux pieds de la statue de Notre Dame de Paris

© NDP

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