Cathédrale d’art et d’histoire

La restauration de 1992

Quelques mois après le décès de Pierre Cochereau, survenu en mars 1984, il est décidé de revenir au service par quartier comme au XVIIIème siècle, un souhait que Pierre Cochereau avait lui-même formulé. A la suite d’un concours, quatre nouveaux titulaires sont nommés en 1985 : Yves Devernay (décédé en 1990), Olivier Latry, Philippe Lefebvre et Jean-Pierre Leguay.

Très vite ils obtiennent de la cathédrale un dépoussiérage et un accord général de l’instrument, tandis que les discussions vont bon train au Ministère de la Culture sur le devenir du grand orgue, la question de sa restauration (et de son agrandissement) ayant été posée par Pierre Cochereau dès 1972 et par Norbert Dufourcq avant 1980. Un projet, établi par Pierre Cochereau et Norbert Dufourcq (1982), n’avait pu voir le jour.

 

De nombreuses options sont alors envisagées :

  • le retour au Cavaillé-Coll de 1868, voire au Clicquot de 1788 ;
  • le rétablissement du Cavaillé-Coll avec le buffet de Positif de dos comme simple décor afin d’y loger l’ancienne console ;
  • le maintien de l’orgue électrique avec remise en place du Positif de dos et de la balustrade en fer forgé du XVIIIème siècle (évoqué dès les années 1980), ce qui entraînerait la suppression de la tribune de Viollet-Le-Duc et la nécessité d’éventrer le soubassement pour y loger la console retournée ;
  • un instrument double : le Cavaillé-Coll commandé par sa console mécanique, les ajouts de Cochereau étant transférés dans un Positif de dos (à l’exception des chamades restant à leur emplacement). L’ensemble aurait été commandé électriquement depuis une deuxième console installée dans une galerie latérale ;
  • pour tenter de concilier différents points de vue il est un temps envisagé de construire un orgue neuf mécanique dans la nef (comme le buffet de la cathédrale de Chartres) en complément du Cavaillé-Coll qui serait restitué à l’identique ; mais la nef est trop étroite et l’acoustique peu favorable.

Aucun de ces projets ne fait l’objet d’un consensus des commissions nationales et finalement les titulaires du grand orgue, en plein accord avec la cathédrale et le technicien-conseil du Ministère de la Culture, Jean-Pierre Decavèle, proposent une restauration complète de l’orgue sur les bases suivantes :

  • maintien de la tribune et du décor existant ;
  • restauration de l’orgue dans toutes ses composantes (sommiers, tirages de jeux pneumatiques de Cavaillé-Coll, alimentation, tuyauterie, parties mécaniques) ;
  • restitution de l’alimentation et des doubles pressions de Cavaillé-Coll permettant de retrouver les pressions d’origine et une harmonie ascendante (séparation des vents : sommiers/machines pneumatiques de registres) ;
  • restitution en copie des jeux de Cavaillé-Coll disparus au cours de restaurations précédentes (notamment viole de gambe 8 et octave 4 du Grand-orgue, octave 4, quinte 22/3 et clarinette 8 du Récit) ;
  • restitution des progressions harmoniques du clavier de Grand-orgue (fourniture II-V, cymbale II-V avec tierce) ;
  • maintien dans leur harmonie Clicquot de plusieurs jeux de « l’orgue ancien », témoins de l’histoire du grand orgue, afin d’éviter de faire subir une nouvelle fois des altérations à ces tuyaux, transformés une première fois par Cavaillé-Coll, que Robert Boisseau et son fils Jean-Loup avaient remis en leur état XVIIIème (dessus de hautbois et cornet de Récit, montre du Solo) ;
  • corrections d’harmonie de jeux altérés et de jeux modernes et retour à une cohérence sonore de l’ensemble ;
  • mise en place de deux jeux en chamade, en copie des chamades de l’orgue Cavaillé-Coll de Saint-Sernin de Toulouse, pour couronner le tutti « Cavaillé-Coll » ;
  • suppression de la transmission électrique obsolète et de ses nombreux câblages et accessoires ;
  • mise en place d’une transmission informatique pour doter l’instrument de possibilités étendues en matière de combinaisons, de transferts de jeux entre les différents claviers, mais aussi de réglage du toucher afin de personnaliser celui-ci au gré de l’organiste (enfoncement, lâcher) ;
  • remplacement de la console tout en conservant les claviers, le pédalier, les boutons de registres et le banc.
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L’intérieur de la console

© Boullay

A la suite d’un appel d’offres international, le marché est attribué à un groupement de facteurs d’orgues piloté par Jean-Loup Boisseau et son associé Bertrand CATTIAUX avec Philippe Emeriau, Michel Giroud et la société Synaptel pour l’informatique.

La restauration de l’orgue de Notre-Dame réunit pour la première fois deux mondes jusque-là étrangers l’un à l’autre : la facture d’orgue et l’informatique. D’une part un artisanat de haut niveau, celui d’un pays dont le patrimoine organistique est très riche et où la politique de restauration des orgues anciens poursuivie depuis un quart de siècle tant par l’État que par les collectivités territoriales a permis de former des facteurs d’une compétence internationalement reconnue. D’autre part, le monde des ingénieurs, intégrateurs de systèmes informatiques dans les industries de pointe, aéronautique, astronautique ou télécommunications.

Les travaux, commencés en mai 1990, s’achèvent en novembre 1992. L’orgue, béni par le Cardinal Jean-Marie Lustiger, Archevêque de Paris, est inauguré en décembre en présence du Ministre la Culture. Une série de concerts par les titulaires rassemble cinquante mille personnes en une semaine.

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La "clef" électronique pour démarrer le grand orgue.

© Gérard Boullay

 

Le grand orgue de Notre-Dame de Paris est, plus encore aujourd’hui qu’autrefois, un acteur de la vie liturgique et musicale de la cathédrale. Si Louis Vierne, Pierre Cochereau, avec le concours de leurs suppléants, assuraient chaque dimanche et fêtes deux messes le matin et les vêpres l’après-midi, les titulaires du grand orgue assurent depuis plus de vingt ans un service dominical de six offices (cinq messes et les vêpres) auxquels s’ajoutent en semaine les fêtes propres à Notre-Dame de Paris ainsi que des cérémonies nationales.

 

 

 

Témoin de l’histoire d’un pays qui se confond bien souvent avec celle de la cathédrale, le grand orgue de Notre-Dame de Paris semble veiller, du haut de sa tribune séculaire, sur la nef de la cathédrale et les millions de pèlerins et visiteurs qui chaque année se rendent dans ce haut lieu de spiritualité. Et lorsqu’il s’éveille le dimanche matin à la fin des Laudes, il fait alors chanter les pierres et, tel la rose qu’il abrite, il s’éclot dans le soleil levant.

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