Cathédrale d’art et d’histoire

L’orgue classique 1730-1838

C’est en 1730 qu’est nommé titulaire Antoine Calvière (1695-1755), disciple de François Couperin. En 1752, dans ses Lettres sur les hommes célèbres, le fils de Daquin écrit de ce musicien fameux en son temps Messieurs Daquin et Calvière sont à présent ce qu’étaient jadis Marchand et Couperin, ce sont deux génies rares, tout opposés, et qui, tous deux, par des voies différentes, sont parvenus à la première place.

Dès son entrée en fonction Calvière obtient le principe d’une reconstruction complète de l’instrument ; celle-ci sera confiée au facteur d’orgues François Thierry. La France est entrée dans le Siècle des Lumières, le chœur de la cathédrale a été refait dans le style « baroque », les arches de la nef sont cachées par de grands tableaux, les Mays offerts chaque année par la corporation des orfèvres, et l’on s’apprête à casser tous les vitraux de la haute-nef pour les remplacer par les vitres en losange blanc : les derniers relents du style médiéval doivent disparaître.
C’est donc, placé plus haut et cachant une partie de la rosace, qu’est réalisé un grand buffet neuf à la mode du temps, un style Louis XV non encore dégagé de la raideur du grand siècle. Une eau-forte du XIXème siècle (antérieure aux travaux de Dallery) permet d’apprécier l’élégance du nouveau grand corps.

Il s’agit, malgré quelques transformations effectuées au cours du XIXème siècle à la demande de l’architecte Viollet-le-Duc, du buffet tel qu’on peut le voir encore aujourd’hui, mais, au XVIIIème siècle, sans doute peint en blanc et rehaussé d’or à l’image de celui des Invalides et de la Sainte-Chapelle (ce dernier étant aujourd’hui dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrrois à Paris). L’ancien Positif de dos est conservé et la tribune est close par une balustrade en fer forgé dont les ornements sont dorés à la feuille.

Plusieurs documents permettent de déduire comment était ce grand instrument en 1733 : une composition et un croquis d’André Silbermann, une description d’avant 1763 par le chanoine Guillot de Montjoie, et le devis de François-Henri Clicquot qui reconstruit l’instrument vingt ans plus tard.

Les travaux sont réceptionnés en juillet 1733 par quatre des plus grands organistes de l’époque : Antoine Calvière, le titulaire, Louis-Claude Daquin, alors organiste au Couvent des Cordeliers, Pierre du Mage, organiste de la cathédrale de Saint-Quentin de 1703 à 1710, et Nicolas Clérambault, organiste de Saint-Sulpice et des Jacobins, assistés du facteur d’orgues Nicolas Collar. Ils ne tarissent pas d’éloge à l’égard des travaux : le dit Sieur Thierry a parfaitement satisfait aux devis et marchés et mérite de justes éloges et les applaudissements qu’il en a receus du public. Le devis de 1730 montre à quel point François Thierry respecte les travaux de ses prédécesseurs.

L’orgue de François Thierry a cinq claviers de 50 notes (ut à ré sans premier ut dièse) :

  • le premier clavier (Positif de dos, toujours dans son ancien buffet de 1610, sommiers Thierry-Ducastel) comprend 13 jeux ;
  • le deuxième clavier (Grand Orgue) comprend 22 jeux dont une montre de 32 pieds, deux jeux fonds de 16 pieds, les principaux et le grand plein jeu de XVI rangs répartis en quatre registres et les jeux de l’ancien clavier à Boucquin ;
  • le troisième clavier (Bombarde, accouplé au 2ème) : une bombarde de 16 pieds ;
  • le quatrième clavier (Récit de 27 notes ut3 à ré5) : un cornet de V et une trompette 8 ;
  • le cinquième clavier (Echo, 34 notes fa2 à ré5) : un cornet V et un cromorne 8
  • la Pédale (34 notes pour les fonds, 33 notes pour les anches, ravalement au Fa0) deux flûtes 8, deux flûtes 4, bombarde, trompette, clairon.

L’alimentation en vent de ce grand instrument s’effectuait au moyen de 12 soufflets et nécessitait 4 souffleurs. Il fut longtemps considéré comme l’orgue classique français le plus complet.

L’excellent travail réalisé par François Thierry permit à l’instrument de tenir pendant cinquante ans sans relevage, avec seulement un blanchiment des tuyaux de façade en 1767. A la suite de Calvière le service par quartier est instauré à Notre-Dame de Paris, comme cela se pratique à Versailles ; les chanoines craignaient-ils que se renouvellent les fréquentes absences qu’ils avaient connues du temps de Calvière ce Monsieur qui aimait aller de province en province annoncer ce qu’il était… ?

Ainsi se succèdent aux claviers : Armand-Louis Couperin, René Drouard du Bousset, Louis-Claude Daquin, Charles-Alexandre Jollage, puis Claude Balbastre, Pierre-Claude Foucquet, Nicolas Séjan, Claude-Etienne Luce, Jean-Jacques Beauvarlet dit Charpentier et les deux fils d’Armand-Louis Couperin, Pierre et Gervais-François.

En 1783, on fait appel au facteur d’orgues François-Henri Clicquot. L’orgue est alors dans un état vétuste et des travaux importants sont commandés.

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Arrière des motifs latéraux en palmier,

et leurs ferronneries, ajoutés par Clicquot en 1783. © NDP

Clicquot décide un agrandissement général :

  • le buffet de Positif de dos est remplacé au profit d’un buffet plus important de style Louis XVI (construit par le menuisier Caillou) dont la tuyauterie est entièrement neuve (à l’exception des basses de bois du bourdon et du cornet). Déposés au XIXème siècle à la demande de Viollet-Le-Duc, les éléments de ce buffet sont, depuis, conservés à la cathédrale. Ce Positif comprend 14 jeux dont un bourdon 16 et un dessus de hautbois 8 ;
  • le buffet du grand orgue est élargi jusqu’aux murs latéraux par des panneaux Louis XVI en bas et de grands palmiers de bois en haut. Le Grand-orgue comprend toujours 22 jeux ; les anches sont refaites à neuf, un grand nombre de tuyaux d’étain sont remplacés et on ajoute un dessus de flûte 8 ;
  • le troisième clavier de Bombarde est doté d’un jeu supplémentaire : trompette 8 ;
  • le quatrième clavier (Récit) est inchangé avec cornet et trompette 8 ;
  • le cinquième clavier (Echo) est mis au goût du jour (suppression du cornet, adjonction de flûte 8 et bourdon 8, trompette et clairon) ;
  • à la Pédale les trois jeux d’anches sont refaits à neuf sur l’étendue de fa0 à ré3, les fonds sont conservés et on ajoute un jeu de 16 pieds et un gros nazard de 51/3.
  • claviers neufs, ajouts de soufflets pour alimenter séparément Positif, Pédale et Grand-Clavier.

L’instrument est réceptionné le 5 mai 1788. Un relevé effectué par le citoyen Mollard le 24 Thermidor an III (1795) nous en donne ultérieurement la description.

En 1793 la cathédrale est « convertie » en Temple de la Raison, puis en magasin de vivres. L’orgue est menacé et l’on y détruit à la hache des ornements qui rappelaient la monarchie et des fleurs de lys qui ornaient les mascarons à la base de deux des colonnes des buffets. Mais il souffre surtout d’abandon.

Dès 1794, lors d’une séance de la Commission Temporaire des Arts, le citoyen Godinotannonce la détérioration de l’orgue de la ci devant Métropole occasionnée par la défense faite de ne point toucher cet instrument  ; il demande que l’on permette aux citoyens Desprez, Séjan Charpentier fils et autres organistes connus de toucher cet orgue. Consulté, Desprez, répond que le mélange des jeux produit différents effets plus beaux les uns que les autres et forme un orchestre qui peut très bien servir à accompagner nos chants civiques, peindre les sentiments des vrais républicains, peindre aussi les foudres que nous réservons aux tirans.

La demande est accordée au motif suivant : rien en contribue tant à la conservation d’un orgue que de la toucher. Néanmoins la Convention Nationale menace l’instrument par arrêté du 16 Ventôse an III (5 mars 1795) qui exige la vente des orgues existant dans les églises appartenant à la République dans la forme prescrite pour la vente du mobilier national.

Le 15 avril 1795 le clergé constitutionnel prend possession de l’église : l’orgue est peut être employé pour des fêtes diverses. Le chœur de Notre-Dame est affecté au culte des Théophilanthropes (mai 1795) et on y organise des cérémonies en l’honneur de la déesse Raison.

Le 22 thermidor an III (9 août 1795) la Commission Temporaire des Arts visite l’instrument. Un rapport est établi par le citoyen Mollard (24 thermidor – 11 août) qui déclare : la qualité et les réparations à y faire consistent en un repassage général de toutes les pièces qui le composent, le dit buffet étant d’ailleurs dans le meilleur état possible. Le grand orgue de la Métropole est alors placé sous la surveillance du gardien P. Gilbert, l’instrument classé dans la première catégorie, celle des orgues à conserver eu égard à leur importance plus qu’à la qualité de leurs jeux.

A la réouverture au culte catholique, décidée par Napoléon en 1802, c’est l’ancien organiste de Saint-Merry, Antoine Desprez, qui est titulaire du grand Clicquot.

François Lacodre, dit Blin, élève de Balbastre et Séjan, prend les claviers à la suite de Desprez en 1806 et obtient en 1812 un relevage réalisé par Pierre-François Dallery (1764-1833), successeur de Clicquot. Les jeux de fonds sont en partie réharmonisés. Quarante ans plus tard, Georges Schmidt y fait allusion : Ce fut de cette date qu’elles [les flûtes] acquirent le cachet si recommandable qui les distingue encore aujourd’hui.

En 1833 une restauration, entreprise par Louis-Paul Dallery, fils de Pierre-François, modifie déjà l’orgue classique. Les claviers sont portés à 60 notes (ut à ut, sans premier ut dièse), le soubassement est surélevé (avec des bandeaux dont les motifs sont en carton-pâte), une nouvelle soufflerie à pompe est mise en place. Les deux tierces du grand orgue sont supprimées, on ajoute un clairon de Bombarde, le sommier de positif est remplacé, les deux petits claviers (Récit et Echo) sont réunis en un seul clavier et leurs tuyaux sont logés dans une petite boîte expressive (bourdon 8, flûte 8, cornet IV, trompette 8, clairon 4). La pédale reste dans la disposition de Clicquot.

Ces travaux sont réceptionnés en 1838 et on y loue les flûtes, le dessus de hautbois, le cornet de Bombarde.

L’orgue se fait entendre ainsi quelques années sous les doigts de Joseph Pollet, puis de Félix Danjou à partir de 1840 (Joseph Pollet est nommé maître de chapelle de la cathédrale, poste qu’il occupera jusqu’en 1873). Eugène Sergent est nommé titulaire en 1847 : bientôt commencent les travaux de restauration de la cathédrale par Viollet-Le-Duc et Lassus. La poussière dans les tuyaux, l’usure générale de la mécanique, l’alimentation défectueuse, la pluie et le vent s’engouffrant dans les verrières en réfection rendent l’orgue inutilisable : l’organiste doit alors se résoudre à quitter ses claviers.

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Plan du grand orgue vers 1860.

par Viollet-le-Duc. Médiathèque du Patrimoine. © Gérard Boullay

Lorsqu’il arrive à Notre-Dame, à la demande de l’architecte Viollet-Le-Duc, Aristide Cavaillé-Coll fait un relevé de l’instrument qui figure dans son devis du 30 mars 1860. Il déplore notamment la mauvaise conception de la soufflerie de Dallery, l’absence de 1er ut dièse aux claviers, des sommiers généralement trop minces et les gravures trop exiguës pour bien alimenter les jeux. Il ajoute encore : les dernières notes ajoutées au-dessus des jeux qui sortent tellement des limites que l’expérience avait fixée, que ces mêmes notes sont devenues muettes depuis longtemps, et cette addition dispendieuse dans son application a été sans effet sensible pour l’orgue, comme elle a été sans durée. En revanche, il attire l’attention sur les qualités du matériel sonore : l’orgue de Notre-Dame possède encore des parties excellentes dignes d’être conservées dans la restauration projetée notamment la partie instrumentale du positif et les jeux d’anches établis par Clicquot.

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