Cathédrale d’art et d’histoire

Vers l’orgue classique 1609-1730

En ce début du XVIIème siècle la place de Paris subit l’influence du grand organiste rouennais Jehan Titelouze (1563-1633) et de l’orgue flamand à deux claviers et à jeux séparés. L’orgue médiéval à clavier unique, et sans autre ressource qu’un unique blockwerk, devient archaïque. On contacte alors Titelouze par l’intermédiaire de son ami Florent Bienvenu, organiste de la Sainte-Chapelle. Titelouze recommande le facteur d’orgues flamand Crespin Carlier, mais celui-ci est retenu par la construction du grand orgue de la cathédrale de Poitiers.

En 1609 un marché est passé avec Valéran De Héman, élève et gendre de Crespin Carlier. Outre le relevage de l’orgue médiéval et la réfection de la soufflerie, on ajoute un grand Positif réalisé par le menuisier du chapitre François Honnenagle.

D’une hauteur de 11 pieds, la tourelle centrale de ce nouveau buffet est flanquée de quatre plates-faces et de deux autres tourelles. Le tout, faisant 9 pieds de large, est à demi encastré dans le grand soubassement de l’orgue au-dessus de la fenêtre des claviers. Il n’y a aucun dessin de ce positif qui devait ressembler à celui de la cathédrale d’Amiens (1622). Ce nouveau clavier, avec son sommier à ressorts et ses jeux séparés, comprend les trois couleurs de l’orgue : principaux et plein jeu, flûtes (flûte 4, nazard à deux rangs, flageolet 1), jeux d’anches (cromorne, trompette, clairon) et dessus de cornet. De Héman remplace le clavier par un nouveau à touches noires enfonçant à moitié moins.

L’orgue est réceptionné en octobre 1610 en présence de six experts (Florent Bienvenu, Jacques Champion, Louis Desprez, Jean Lesecq, organistes, Paul Maillard, facteur d’orgues, Robert Desponts, facteur d’instruments de musique) et du nouveau titulaire Charles Thibault, l’ancien organiste Maingot ayant été assassiné sur les marches de l’église Saint-Paul.

En 1614, pour protéger la nouvelle façade de l’orgue on établit un châssis porteur d’une toile. Quelques temps plus tard Valéran De Héman est de nouveau sollicité pour réparer la pyramide du grand buffet qui penche dangereusement puis pour déplacer le buffet de positif qui sera descendu au rebord de la tribune (déplacement réalisé par le nouveau menuisier de la cathédrale : Claude Détheline). De nouveaux angelots sont disposés sur les tourelles, le grand orgue est réaccordé et l’on nomme un organiste provisoire en la personne de Jacques Petitjean.

En 1618 est nommé un des plus grands organistes de son temps : Charles Racquet. Avec lui l’instrument va considérablement évoluer et devenir l’orgue le plus moderne du royaume. Les travaux qu’il suscite sont confiés une nouvelle fois à Valéran De Héman. Ayant sans doute connu les orgues allemands ou brabançons, Racquet fait ajouter une série de jeux neufs appelés à former ensemble un boucquin, afin de compléter le clavier de grand orgue qui est encore dans son état médiéval. Plusieurs jeux sont disposés dans le soubassement à l’ancien emplacement du positif : bourdon 8, flûte 4, quinte de flûte, cymbale II et un dessus de jeu d’anches à deux tuyaux par note (cornet à boucquin) ; un clavier est donc ajouté. L’orgue de Notre-Dame est alors le premier orgue à trois claviers construit à Paris. Malgré des différends avec le chapitre, dus au retard des travaux (Valéran De Héman ira même deux semaines en prison !), l’orgue est reçu en 1620 avec un jeu supplémentaire au troisième clavier : un bourdon de 16. De Héman assure l’entretien pendant environ 10 ans.

Des travaux de restauration de la façade sont ensuite assurés par Pierre Thierry : à cette époque l’orgue de Notre-Dame comprend trois claviers (1er clavier Positif de 14 jeux séparés, 2ème clavier dit Boucquin avec 7 jeux séparés, 3ème clavier Grand Orgue, toujours médiéval, avec son Plein jeu de VIII à XVIII rangs). Curieusement l’instrument n’a plus de pédalier, le mécanisme de celui-ci ayant été supprimé pour laisser la place au 3ème clavier.

Est-ce pour cet instrument atypique que Charles Racquet compose sa Fantaisie ? Première œuvre pour orgue de l’histoire de la musique française, inspirée de l’antienne Regina Cæli, elle sera retrouvée dans un exemplaire de l’harmonie universelle du Père Marin Mersenne (1588-1648). Dans le sixième livre de son Harmonie universelle (1636), consacré aux orgues, Mersenne cite des meslanges de jeux selon la manière dont use Monsieur Racquette organiste de Notre-Dame de Paris qui est l’un des plus habiles de France.

En cette première moitié du XVIIème siècle, l’orgue parisien évolue et « se modernise » sous l’impulsion des organistes et des facteurs d’orgue. Aussi à l’occasion d’un relevage en 1648, Racquet demande des modifications au facteur d’orgues Pierre Thierry : remplacement du sommier du Positif par un sommier à registres coulissants, ajout au Positif d’une tierce en lieu et place du flageolet de 1’, coupure en basse et dessus de cette tierce et de la trompette (entre ré dièse et mi), remplacement d’un des deux rangs de la trompette du Boucquin par un dessus de tierce pour faire un petit cornet. Enfin, est remis en place un pédalier en tirasse du grand orgue, qui avait été supprimé en 1609 pour placer le clavier à boucquin.

Jean Racquet succède à son père en 1664 et fait entreprendre des travaux de modernisation par le facteur d’orgues Jacques Carouge : ajout d’un cromorne au Positif, création d’un quatrième clavier d’Echo avec un dessus de cornet (séparé en 2 registres), ajout d’un dessus de trompette de Récit, et surtout création de jeux propres au pédalier (flûtes 8 et 4, trompette et clairon, sur une étendue de 33 notes).

Les travaux sont lents et provoquent des tensions entre les chanoines, le facteur d’orgues et l’organiste, les chanoines ayant exigé que ce dernier garantisse de ses deniers l’exécution du travail. Compte-tenu de leur lenteur, les chanoines intentent un procès : Racquet se voit ruiné… Finalement un accord est trouvé et le Chapitre paye 1500 livres avec 50 livres de pourboire !

Médéric Corneille succède à Racquet en 1689 et, en accord avec les chanoines, commande en 1691 des travaux importants au célèbre facteur d‘orgues Alexandre Thierry, facteur d’orgues du Roi et auteur des orgues des Invalides et de Saint-Eustache à Paris. Au vu de l’ampleur du chantier il s’associe à Hippolyte Ducastel, élève de Valéran De Héman et gendre de l’organiste Nicolas Gigault. Un marché est passé en mai 1691 et les travaux suivants sont réalisés :

  • au positif on remplace le cromorne, la flûte 4 est supprimée au profit d’un larigot ;
  • le clavier de Boucquin dit d’accompagnement reçoit des sommiers neufs et s’étoffe par l’adjonction d’une flûte 8, d’une double tierce, d’une quarte, d’un dessus de cornet, d’un gros cromorne, d’une trompette et d’un clairon ;
  • le sommier d’Echo est déplacé et entièrement refait, la trompette de Récit est remplacée par l’ancien cromorne du Positif réharmonisé ;
  • la Pédale est entièrement reconstruite (sommiers neufs, jeux d’anches neufs, étendue de 29 notes depuis le sol0, avec adjonction d’une bombarde 16 au premier ut - c’est sans doute la première bombarde de Pédale installée à Paris) ;
  • le diapason de l’orgue est monté.

L’entretien est confié aux facteurs mais Thierry meurt en 1699 et l’on fait appel à un facteur local, Jean Bessart, bien connu des chanoines et qui entretient déjà les orgues des églises de la Cité. L’instrument franchit ainsi le passage du siècle au moment même où André Campra quitte ses fonctions de maître de chapelle après cinq années bien remplies au service de la cathédrale.

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