Cathédrale spirituelle et vivante

Sonnerie des nouvelles cloches de Notre-Dame de Paris

Samedi 23 mars 2013 à 17h00

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Après leur bénédiction le 2 février 2013 par le cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris, et leur installation dans les tours de Notre-Dame, les huit nouvelles cloches et le bourdon Marie associent pour la première fois leurs voix à celle du grand bourdon Emmanuel en cette veille des Rameaux, ouverture de la Semaine Sainte.

Cet événement majeur de la vie de la cathédrale et de Paris s’est tenu à l’extérieur de la cathédrale en présence de 30 000 personnes (selon la Préfecture de Police de Paris).

Le Cardinal André VINGT-TROIS et de nombreux invités (parmi lesquels la Ministre de la Culture ainsi que le Maire de Paris) sont intervenus à la tribune pour des discours officiels.

Un court-métrage retraçant l’histoire des cloches et la création du nouvel ensemble campanaire fut projeté sur des écrans géants installés à cet effet.

Les nouvelles sonneries sont venues ponctuer cette cérémonie, et la sonnerie du Grand Solemnel, ensemble des deux bourdons et des huit cloches en volée, a clos cette manifestation.

 

 

 

Nouvelles sonneries

Le 23 mars 2013, les tours de Notre-Dame retrouvent une sonnerie à la hauteur de ce haut lieu de Chrétienté, chef d’œuvre de l’architecture gothique : deux bourdons dans la tour Sud, huit cloches dans la tour Nord, trois cloches dans la flèche. Le paysage sonore de la Cité sera à nouveau rythmé par les tours de la cathédrale d’où s’élèveront les volées des offices et les tintements des heures civiles.

Pour régir l’ensemble de ces sonneries fut rédigé un Ordre de sonnerie, selon la tradition séculaire, basé sur :
- l’étude règlements de sonnerie du XVIIIe siècle, particulièrement le relevé fait en 1789 par l’Abbé Marmottan, afin d’en extraire des éléments historiques transposables dans le contexte d’une sonnerie en 2013 ;
- les besoins contemporain d’une sonnerie cultuelle pour un édifice tel que Notre-Dame.

Comme il est de tradition, des « particularités locales » ont été restituées ou crées, spécificités qui font la substance identitaire et la singularité d’une sonnerie, d’un lieu de culte, d’une ville… (sonneries qualifiées de remarquable au XVIIIe siècle, sonnerie du Couvre-feu, tintements de l’âge de l’archevêque défunt sur le grand bourdon, sonnerie du Grand Solemnel en démarrant par le deux bourdons…)

Les sonneries de la cathédrale Notre-Dame de Paris se décomposent en quatre grandes catégories :
- la sonnerie des offices (en semaine, le dimanche, sonneries dont l’ampleur est fonction du calendrier liturgique) ;
- la sonnerie de l’Angélus trois fois par jour ;
- la sonnerie du carillon des heures (court motif pour les quarts d’heure, courte mélodie en fonction du temps liturgique chaque heure, plus d’une cinquantaine de motifs puisés dans le répertoire musical séculaire de Notre-Dame se succèderont au fil de l’année liturgique) ;
- la sonnerie de circonstances particulières (Libération de Paris, 11 novembre, événements liés au pontificat, événements nationaux, internationaux, drames de l’Humanité...)

Les cloches sonneront à la même fréquence que ce qui fut pratiqué jusqu’en 2011 ; la seule variante notable sera simplement, du fait du nouvel ensemble à disposition (treize cloches sonnant à l’extérieur en 2013 contre cinq en 2011), une plus grande diversité des modes de sonnerie. Enfin, dans un souci de préservation de ce trésor patrimonial qu’est le grand bourdon historique Emmanuel, son usage sera réduit de moitié, réservé aux grandes solennités (Noël, Épiphanie, Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint, ordinations) ainsi que pour la Libération de Paris et le 11 novembre. Il sera suppléé par le bourdon Marie.

 

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La cloche « Gabriel » en volée dans le beffroi Nord.
© NDP

 

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Les cloches « Jean-Marie » (à droite) et « Étienne » (à gauche) dans le beffroi Nord.
© NDP

 

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La cloche « Anne Geneviève » accrochée dans le beffroi Nord
© NDP

 

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Le bourdon « Marie » accroché dans le beffroi Sud.
© NDP

 

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Le bourdon « Marie ». Sol#2 ; 6023 kg ; 206,5 cm de diamètre.
En l’honneur de la bienheureuse VIERGE MARIE, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, et tout particulièrement protectrice de cette église-cathédrale Notre-Dame, église-mère de l’archidiocèse de Paris. En souvenir également du premier bourdon « MARIE » qui, de 1378 à 1792, fit entendre sa sonnerie. Réalisé grâce au mécénat de la Fondation Bettencourt Schueller. Sur le bourdon : texte du « Je vous salue Marie » ; texte séculier ; médaillon de la Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; frise de l’Adoration des Mages et des Noces de Cana ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit ». Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Gabriel ». La#2 ; 4162 kg ; 182,8 cm de diamètre.
L’Ange GABRIEL apporta au genre humain l’annonce tant attendue de la venue du Sauveur et c’est lui qui salua la Vierge Marie comme pleine de grâce. Réalisée grâce au mécénat de la Fondation Sisley. Sur cette cloche : première phrase de l’Angélus, « L’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie » ; 40 filets symbolisant les 40 jours passés au désert par le Christ et les 40 années d’errance de Moïse dans le Sinaï ; sur la couronne, motifs de lys et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; sur la cloche, martèlement épuré ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Anne Geneviève ». Si2 ; 3477 kg ; 172,5 cm de diamètre.
En mémoire de SAINTE ANNE, la mère de la bienheureuse Vierge Marie de qui devait naître le Fils unique de Dieu et de SAINTE GENEVIEVE, patronne et protectrice de Paris. Sur cette cloche : deuxième phrase de l’Angélus, « Et elle conçut du Saint Esprit » ; 3 filets symbolisant la Trinité ; motifs de flammes et feu évoquant la ténacité de sainte Geneviève ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris ; sur la couronne, motifs de feu et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Denis ». Do#3 ; 2502 kg ; 153,6 cm de diamètre.
En mémoire de SAINT DENIS, premier évêque de Paris, qui fut envoyé par l’évêque de Rome avec ses compagnons, le prêtre saint Rustique et le diacre saint Éleuthère, pour semer l’Évangile du salut et souffrir le martyre en témoignage de Celui qui donne la vie aux morts. Sur cette cloche : troisième phrase de l’Angélus, « Voici la servante du Seigneur » ; 7 filets symbolisant les 7 dons de l’Esprit Saint et des 7 sacrements de l’Eglise ; motifs de « griffures » symbolisant le martyre ; « Via viatores quaerit » ; couronne aux motifs de « griffures » et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Marcel ». Ré#3 ; 1925 kg ; 139,3 cm de diamètre.
En mémoire de SAINT MARCEL, 9e évêque de Paris au Ve siècle, qui fut particulièrement vénéré par les Parisiens pour sa charité envers les pauvres et les malades. Sur cette cloche : quatrième phrase de l’Angélus, « Qu’il me soit fait selon ta parole » ; 5 filets symbolisant 3 personnes et 2 natures formant 1 seul Dieu ; motifs d’eau, allusion à la Bièvre ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; couronne aux motifs d’eau et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Étienne ». Mi#3 ; 1494 kg ; 126,7 cm de diamètre.
En souvenir de l’antique église-cathédrale de Paris qui a précédé l’actuelle cathédrale Notre-Dame et qui fut placée sous la protection de SAINT ÉTIENNE, premier martyr. Sur cette cloche : Cinquième phrase de l’Angélus, « Et le Verbe s’est fait chair » ; 1 filet en référence à la phrase de l’Angélus citée précédemment, ils ne forment plus qu’un ; motifs de cailloux évoquant le martyre de saint Étienne ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; couronne aux motifs de cailloux et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Benoît-Joseph ». Fa#3 ; 1309 kg ; 120,7 cm de diamètre.
Pour conserver, en 2013 année de la Foi célébrée par l’Église universelle, le souvenir du Jubilé du 850e anniversaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris ouvert sous le pontificat de Sa Sainteté le Pape BENOÎT XVI, notre Saint-Père. Sur cette cloche : sixième phrase de l’Angélus, « Et il a habité parmi nous » ; 12 filets symbolisant les 12 apôtres ; motifs de clefs évoquant saint Pierre ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; couronne aux armes de Benoît XVI et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Maurice ». Sol#3 ; 1011 kg ; 109,7 cm de diamètre.
En mémoire MAURICE de SULLY, 72e évêque de Paris, qui posa la première pierre de cette cathédrale Notre-Dame en 1163. Sur cette cloche : septième phrase de l’Angélus, « Priez pour nous, sainte Mère de Dieu » ; 8 filets symbolisant la plénitude (7+1) ; motifs inspirés de fils de chanvre, d’éléments architecturaux et du plan de la cathédrale, évocation des bâtisseurs de Notre-Dame ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; couronne aux motifs de fils de chanvre et Vierge à l’Enfant couronnée d’étoiles ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

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La cloche « Jean-Marie ». La#3 ; 782 kg ; 99,7 cm de diamètre.
En hommage au cardinal JEAN-MARIE LUSTIGER, 139e évêque de Paris de 1981 à 2005. Sur cette cloche : huitième phrase de l’Angélus, « Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ » ; 9 filets symbolisant les 9 hiérarchies célestes ; sur la cloche, initiales des 4 évangélistes, chacune sur un motif correspondant à l’allégorie du Tétramorphe ; Croix de gloire ; « Via viatores quaerit » ; sur la couronne, motifs de livres avec les initiales des 4 grands prophètes ; texte séculier et profil de Notre-Dame au coeur de Paris. Photo : Cailloux et Cie

 

Allocution du cardinal André VINGT-TROIS

Madame la Ministre de la Culture,
Monsieur le Maire de Paris,
Monseigneur le Nonce Apostolique,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Messieurs les représentants des Églises chrétiennes,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et des services publics,
Mesdames et Messieurs les représentants des sociétés mécènes,
Mesdames et Messieurs les donateurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

C’est un jour historique que nous vivons aujourd’hui, au cœur de la commémoration de la pose de la première pierre de notre cathédrale, il y a 850 ans. Je voudrais tout d’abord vous remercier tous, non seulement les personnalités que j’ai saluées tout à l’heure et que je remercie encore de leur présence, mais vous tous qui représentez le peuple de Paris et plus largement le peuple de France et sans doute, à travers des représentants symboliques, beaucoup des peuples du monde, tant la cathédrale Notre-Dame non seulement est chère au cœur des Parisiens, mais aussi représente un symbole particulier de Paris pour l’ensemble de la France et un point de repère pour beaucoup d’hommes et de femmes dans le monde.

Nous sommes fiers d’être les héritiers de ceux qui ont construit cette merveille. Mais nous sommes fiers surtout d’être capables, aujourd’hui, avec les moyens qui sont les nôtres, de maintenir la signification profonde de l’édifice qui nous a été légué, d’être un lieu de rassemblement, de communion, de prière et de paix. La cathédrale Notre-Dame de Paris est la maison des catholiques parisiens et ils sont souvent nombreux à venir participer aux offices et à manifester leur attachement, non seulement au merveilleux édifice qui est le leur, mais encore plus largement à la foi profonde qui a animé ses constructeurs et dont nous sommes aussi les héritiers et les témoins.

Dans les bruits de la ville, dont on nous dit, à juste titre qu’ils peuvent être une nuisance pénible par leur répétition et leur intensité, le son des cloches apportera, je l’espère, une voix différente. Elles ne sont pas une enseigne publicitaire, elles ne sont pas un signe de racolage, de commerce ou de dissipation, elles sont une voix qui parle au cœur de l’homme, à ceux qui croient en Dieu et qui accueillent cette voix comme un symbole de l’appel que Dieu leur adresse pour conduire leur existence et les rassembler pour prier ensemble.

Ceux qui ne croient pas, sensibles à la qualité esthétique et à la beauté, entendent la voix des cloches, non pas comme la voix du Dieu auquel ils ne croient pas, mais comme les messagères d’une voix mystérieuse qui vient rejoindre dans leur cœur, le lieu invisible et intime de leur liberté et de leur conscience.

À tous et à toutes, je souhaite que ce nouvel ensemble campanaire soit l’occasion d’entendre des voix, et surtout de les écouter.

Pour terminer je voudrais adresser mes remerciements particulièrement chaleureux à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ces cloches. J’ai évoqué tout à l’heure les sociétés mécènes et les donateurs, mais je veux évoquer maintenant les entreprises qui ont réalisé les cloches, les ouvriers et les ouvrières qui en ont été les artisans tellement talentueux et que nous pouvons applaudir avec reconnaissance.

Merci.

 

Allocution de Madame la Ministre Aurélie FILIPPETTI

Monseigneur,
Monsieur le Préfet de la région Ile-de-France,
Monsieur le Maire de Paris,
Monsieur le chancelier de l’Institut,
Mesdames, messieurs,

La construction de Notre-Dame est le fruit de l’heureuse rencontre entre l’élan spirituel, la volonté politique et le savoir-faire technique.

L’élan spirituel porte ces femmes et ces hommes du douzième siècle, dans un monde médiéval où la foi habite toutes les consciences. Cette foi prend les formes les plus diverses, depuis les débats théologiques entre Bernard de Clairvaux et Abélard jusqu’aux formes les plus simples de la dévotion. Elle est la pierre d’angle sur laquelle s’édifient Notre-Dame et toutes les grandes cathédrales.

La volonté politique est celle d’un pouvoir royal, celui des premiers Capétiens, qui s’affirme avec de plus en plus de force. Ce pouvoir, qui se réduisait au onzième siècle, à Paris et ses environs immédiats, prend alors puissance et s’étend progressivement sur la France du Nord. Mais ce pouvoir est aussi celui de ces classes urbaines émergentes, marchandes et intellectuelles, qui profitent des progrès de la monarchie pour s’épanouir. C’est aussi cette puissance nouvelle qui s’incarne dans les murs et les tours de Notre-Dame.

Le savoir-faire technique, c’est celui de tous ces artisans qui, avec une ingéniosité admirable, parviennent, malgré des moyens techniques rudimentaires, à édifier des chefs d’œuvre tels que celui qui nous réunit aujourd’hui. La transmission des connaissances et des méthodes de construction dans toute l’Europe occidentale permet, malgré les difficultés de communication, cette expansion si rapide du style gothique qui suscite encore aujourd’hui notre émerveillement.

C’est bien cette conjonction du spirituel, du politique et de la technique qui permet à Maurice de Sully d’entreprendre, en 1163, la construction de Notre-Dame. Et comment ne pas percevoir, à l’occasion de cette cérémonie d’installation des nouvelles cloches qui nous rassemble aujourd’hui, que, huit cent cinquante ans plus tard, cette conjonction demeure indispensable pour faire vivre les cathédrales ?

Il faut évidemment, Monseigneur, que l’élan spirituel garde toute sa vitalité. C’est celui qui anime ces manifestations jubilaires, marquées par des célébrations religieuses, mais aussi par une programmation culturelle d’une qualité remarquable et, bien entendu, par le renouvellement de l’ensemble campanaire de Notre-Dame. Ces événements sont ouverts à tous, quelles que soient leurs convictions, et le succès public extraordinaire remporté par l’exposition des nouvelles cloches, ayant attiré un million et demi de personnes en trois semaines dans la cathédrale, en est la preuve.

Mais il faut aussi une volonté politique, traduite par les investissements effectués par l’Etat au bénéfice d’une cathédrale dont il est le propriétaire. Depuis dix ans, l’Etat a dépensé près de 18 millions d’euros pour la restauration et l’entretien de Notre-Dame. Parmi les réalisations les plus récentes, je retiendrais les travaux de restauration du grand orgue et de la porte rouge ornée des sculptures de la vie de saint Marcel. La mise aux normes en matière de sécurité incendie et d’évacuation des eaux usées est un chantier moins spectaculaire, mais tout aussi indispensable. Enfin, l’installation des nouvelles cloches n’aurait pas été possible sans les travaux de confortement de la tour nord, qui permettront de supporter la poussée de cet ensemble campanaire.

Je sais qu’à Notre-Dame, la coopération entre le clergé affectataire et les services du ministère de la culture, qu’il s’agisse de la direction régionale des affaires culturelles ou du centre des monuments nationaux, est excellente. Je salue, à ce titre, l’accord intervenu il y a quelques semaines, dans le cadre de l’instance nationale de dialogue placée sous l’autorité du Premier ministre, entre le clergé affectataire et le ministère de la culture sur la gestion des cathédrales. Fruit d’une négociation entreprise depuis plusieurs années entre le clergé et le ministère de la culture, cet accord permet de régir les différents usages des cathédrales, qu’ils soient cultuels ou culturels. On peut ainsi envisager avec sérénité l’avenir des relations entre l’Etat propriétaire et le clergé affectataire s’agissant des cathédrales.

Enfin, ces cloches que nous admirons témoignent de la continuité des savoir-faire de ceux qui, depuis des siècles, bâtissent, équipent et embellissent les cathédrales. Et je voudrais rappeler une nouvelle fois tout l’apport à notre économie des entreprises qui œuvrent dans le domaine du patrimoine. Les huit nouvelles cloches de la tour nord ont été fondues en France, à Villedieu-les-Poëles dans la Manche, ville dont le savoir-faire en la matière lui vaut sa notoriété nationale. Les emplois du secteur du patrimoine sont hautement qualifiés, valorisants et non délocalisables. Nos entreprises bénéficient en la matière de compétences remarquables.

Nous voici donc réunis aujourd’hui autour de ce sujet populaire, consensuel et fédérateur qu’est le patrimoine. Chacun vient ici avec ses choix spirituels, sa sensibilité, sa vision de la société. Ces différences, ces divergences parfois, font la vitalité de notre démocratie. Mais en voyant ces belles cloches rejoindre les tours de Notre-Dame nous pouvons être assurés que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

Je vous remercie.

 

Allocution de Monsieur Bertrand DELANOE

Madame la ministre,
Monsieur le cardinal archevêque de Paris,
Monsieur le recteur-archiprêtre de Notre-Dame,

Ce moment de joie est un moment de joie pour tous les parisiens.

Sur ce parvis Notre-Dame, auquel j’ai voulu ajouter le nom du pape Jean-Paul II, dans ce lieu et dans ce moment si particulier, à la veille des Rameaux, à la veille de la Semaine Sainte et au début d’un pontificat qui rend, je le sais, pour tous les catholiques cette période si profonde et si intense ; je veux d’abord apporter le salut de Paris aux catholiques de Paris dans ce moment si important pour eux. Mais Notre-Dame de Paris, si c’est d’abord un lieu de culte, un lieu emblématique de la foi catholique, c’est aussi un lieu d’importance mondiale sur le plan culturel. Cet édifice, dont nous décrivons pendant cet anniversaire, ce 850e anniversaire, l’histoire, la passion, la créativité, le déploiement de forces artistiques et de l’intelligence humaine qui lui a permis de naître et de vivre aussi longtemps. Ce lieu est le monument le plus visité de Paris. C’est un lieu de foi, je l’ai dit tout à l’heure, un lieu de culture, un lieu de déploiement de la vitalité artistique, comme la Maîtrise de Notre-Dame nous le montre une fois de plus aujourd’hui.

C’est aussi un lieu de dialogue. C’est le lieu où à l’occasion des Conférences de Carême, auxquelles j’assiste chaque année, il y a le dialogue entre les femmes et les hommes de bonne volonté autour de la quête du sens de la vie. C’est un lieu de rencontre, c’est un lieu d’accueil.

C’est aussi un lieu de solidarité. J’en témoigne aussi au nom de Paris. De Notre-Dame, partent un certains nombre de moments, d’initiatives dédiés à la solidarité et nous le savons, dans une période comme celle que nous vivons, c’est particulièrement important.

Chers amis, je veux simplement vous dire que cette harmonie de la musique des cloches de Notre-Dame, que ce moment de rassemblement que nous vivons à cet instant, nous encourage à mêler nos différences, à en faire un moment d’unité.

Que Notre-Dame reste toujours un symbole de fraternité.

 

Allocution de Monseigneur Patrick JACQUIN

Rendons grâce à Notre Dame pour le beau temps qui nous accompagne !

Madame la Ministre, Cher Monsieur le Cardinal, Monseigneur le Nonce apostolique, Messeigneurs les évêques, Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire de Paris et vous tous, frères et sœurs bien aimés…

C’est avec une extrême émotion, à peine contenue, que, du haut de ce chemin jubilaire et devant cette façade somptueuse, je vais, au terme d’une si grande aventure, permettre à la totalité du nouvel ensemble campanaire de se déployer dans le ciel parisien.

Pour reprendre une chanson populaire, bénis soient les carillonneurs qui, des entreprises, aux architectes, en passant par l’état, le diocèse, en particulier le cardinal André Vingt-Trois qui a tant fait pour notre Jubilé, la préfecture et la mairie jusqu’à la « famille cathédrale », l’association du Jubilé, l’association Maurice de Sully, les donateurs et les mécènes, qui ont tant donné (et nous en avons encore besoin car ce n’est pas fini !) ont permis à toutes et à tous d’être aujourd’hui des voyageurs de ce gigantesque défi : Via viatores quaerit ( « Je suis la voie qui cherche des voyageurs » Saint Augustin).

Dans le souvenir reconnaissant des précédents évêques et archevêques de Paris, en particulier, Denis, Marcel, Maurice de Sully, François Marty qui m’a ordonné prêtre et Jean-Marie Lustiger qui m’a nommé à la cathédrale, et en profonde communion avec le pape François qui les a déjà bénites le 15 mars lors de sa rencontre avec le cardinal André Vingt-Trois et le pape émérite Benoit qui en a été le parrain le 2 février et avec les chapelains, les employés et les bénévoles, en l’année de la foi 2013 et en ce grand Jubilé des 850 ans de notre si belle cathédrale, j’ai donc l’honneur en ce dimanche des Rameaux et de la Passion, de lancer maintenant, hic et nunc les dix cloches du grand solemnel de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

Allocution de Monsieur Benoit FERRE

4 ans déjà, Printemps 2009, nuit tombante, un petit groupe (là, derrière cette fenêtre) rassemble toutes les idées de projets pour l’année jubilaire que nous sommes en train de vivre ensemble.

Dès ce soir là, notre Recteur, Patrick Jacquin, initiateur du Jubilé, a évoqué l’espace campanaire, et nous nous sommes mis au travail pour le rayonnement de Notre Dame à travers la cité de Paris, en France et dans le monde.

Le petit groupe, plein d’humour, a pris le nom de “Comission des Cloches” administré par son subtil secrétaire Jean François Lemercier et son efficace directrice des opérations Bénédicte Esnault.

Nous sommes partis en chemin et dès la première ligne droite , nous nous sommes penchés sur l’histoire de cet espace campanaire pour apprendre et comprendre ce que nos ancêtres batisseurs avaient inventé tant sur l’aspect technique que musical ;

Dès la première clairière, Régis Singer, expert campanaire international, nous a rejoint avec ses larmes d’émotion et ses mille livres car depuis 40 ans il ne révait que de cela, “la sonnerie de Notre Dame”.

Passé cette première clairière, et en chemin musical, Régis entouré des organistes a défini la gamme des notes, reconstitution de la sonnerie du XVIII ème siècle.

Arrivé à la clairière des nations, nous avons échangé avec les affaires culturelles pour adapter les tours de la Cathédrale aux nouvelles cloches, sans oublier la calogette.

Sur le chemin des chênes, nous a rejoint mon confrère Benjamin Mouton, ACMH, pour lancer l’adaptation des charpentes des beffrois dans les tours à ces quelques dizaines de tonnes de bronze en pleine volée.

Alors le chemin de lumière vers le Christ, par l’intercession de Marie, s’est ouvert devant nous ; ce chemin est signifié par les huits cloches de la tour nord, Jean-Marie, Benoit-Joseph, Maurice, Etienne, Marcel, Denis, Anne-Geneviève, Gabriel et les deux bourdons de la tour sud, Marie & Emmanuel.

C’est dans la descente de la côte que la commission des cloches est allé dans les décors. Tous nous avons eu le souffle coupé par l’immagination de Virginie Bassetti qui a inscrit dans la matière ce chemin de lumière, fillets sculptés sur chaque cloche en nombres symboliques. Ces bas reliefs, résolument hors du temps, symbolise le projet d’évangélisation, l’appartenance à la Cathédrale et l’inscription dans la cité.

Nous avons été éblouis par l’éclat du métal en fusion des clairières de Villedieu les poêles en Normandie et d’Asten aux Pays Bas. Les huit cloches ont été coulées par Cornille Havard et le bourdon par Eijsbouts, tout cela aux justes profils des moules qui déterminent les notes.

Notre cariole “enclochée” a pris la route vers Paris, arrivée émouvante à travers la capitale, merci à la brigade motocycliste pour son escorte.

Les cloches ont pris place pour leurs baptêmes au rythme des piliers de la nef, clairière intemporelle, neuf travées pour neuf cloches, ainsi nous avons pu pendant le mois de février les apprivoiser.

Puis, avec les forces assemblées de Bodet et de Cornille Havard, les cloches ont pris le chemin des tours par les oculi, suspendues à leurs jougs sur les poutres de chênes. Nous avons hésité entre une équipe de … 60 sonneurs et les moteurs alimentés par la Snef, je vous laisse deviner le choix… Il a donc falu que notre régisseur, Laurent Super-Prades, programme les sonneries des heures et de toute l’année liturgique.

Le chemin parcouru est impressionant, semé à la fois d’ombre sous le feuillage des problèmes, des difficultés et de lumière au passage des clairières des solutions, des inventions. Ce n’est que grâce aux forces assemblées de tous ceux qui ont oeuvré, plus de 200 personnes, que nous partageons ce soir tous ensemble ces instants d’exeption.

L’émotion à chaque étape de ce projet est immense ; à l’envoi de la sonnerie de la Cathédrale, nous vivons en ce jour intense un lien très particulier entre la terre et le ciel. Dans la ville, quand chacun lèvera la tête aux sons des tintements et des volées, il touchera à l’immensité intemporel avec ces cloches qui nous interpellent, nous appellent, et sûrement nous interrogent : Quelle est notre finalité sur la terre.

Les études des prémices d’analyse historique à la définition détaillée du projet ont duré 2 ans puis la réalisation s’est décomposée par cloche en 4 mois pour les moules, 2 mois pour les décors et 15 jours pour les coulées et les ajustements.

Le chantier a duré 6 mois pour les charpentes des beffrois dans les tours puis durera un mois pour la monté et l’instalation des cloches au sommet des beffrois. Peut être plusieurs semaines pour lever les réserves…

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