Messe de fondation pour le 68ème anniversaire de la Libération de Paris

Dimanche 26 août 2012 à 11h30

Le Cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris, célèbrera, comme tous les ans à pareille époque, une messe de fondation pour la Libération de Paris, à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix.

 

Paris célèbre ainsi à travers cette cérémonie religieuse la mémoire de sa libération. En effet, le 26 août 1944, après la triomphale descente des Champs- Élysées, le général de Gaulle avait tenu à se rendre à Notre-Dame, accompagné du général Leclerc et des chefs de la Résistance française. Dans une atmosphère chargée d’émotion, et alors que des coups de feu se faisaient encore entendre, le chant du Magnificat avait déjà retenti dans la cathédrale.

Comme tous les ans à la fin de la célébration, Monseigneur Vingt-Trois, accompagné du clergé, des officiels, des drapeaux et des fidèles, se rendra dans le transept sud de la cathédrale pour rappeler l’intention de la plaque apposée en 2002 par la lecture du texte qui y est inscrit :

Le 26 août 1944,
le général de Gaulle accompagné par les chefs de la Résistance
et par le général Leclerc, libérateur de Paris à la tête de la Deuxième Division Blindée,
s’est rendu à Notre-Dame pour y chanter le Magnificat.

Le 26 juin 2002,
une messe de fondation a été instituée pour garder la mémoire
et pour que, chaque année, l’anniversaire de la Libération de Paris soit l’occasion de prier à Notre-Dame
pour les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale et pour la paix.

Cette plaque a été apposée en août 2004, 60e anniversaire de la libération de Paris. A cette occasion, la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et l’Archevêché de Paris se sont associés pour donner un caractère exceptionnel à la traditionnelle messe de fondation qui, depuis la convention du 26 juin 2002, est célébrée à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix. De hautes personnalités s’étaient unies à cet événement notamment Monsieur Jacques Chirac, alors Président de la République. Une célébration inter-religieuse en hommage aux combattants de la 2ème Division blindée, tombés pendant la Libération de Paris, avait eu lieu avant la messe sur le parvis de la cathédrale. Au cours de cette célébration, à l’invitation du cardinal Lustiger alors archevêque de Paris, les représentants des différentes confessions auxquelles appartenaient ces soldats avaient lu une prière. Puis la messe, au cours de laquelle l’on chanta le Magnificat, était célébrée par le cardinal Lustiger entouré des archevêques de Washington, Londres, Berlin et de l’évêque d’Ottawa.

 

Allocution du cardinal Jean-Marie LUSTIGER
à la cérémonie inter-religieuse du 60ème anniversaire de la Libération de Paris 26 août 2004

Il y a 60 ans, après avoir descendu l’avenue des Champs-Elysées avec la foule immense des
Parisiens, le général de Gaulle,et, à ses côtés, le général Leclerc, les représentants de la Résistance, entrèrent dans Notre-Dame. Alors jaillit sur leurs lèvres le chant parisien, joyeux et grave du Magnificat repris par la foule. Tel est ce moment dont aujourd’hui nous faisons mémoire, moment qui, aux yeux de la France et du monde entier, manifestait que Paris était enfin libre.

Ainsi, traversant Paris de l’Étoile à Notre-Dame, le peuple de Paris reprenait possession de la France et de son histoire. Citoyens de toutes origines, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, chrétiens ou non chrétiens, nous avons payé un prix
énorme de souffrances, d’humiliation, de destructions morales. Mais le bonheur de la liberté et de l’honneur rendus était encore plus grand, même si nous pressentions le long travail de réconciliation de la France avec elle-même dont le symbole venait d’être donné par le général de Gaulle.

Nous voulons ici prier d’abord pour les soldats de la Deuxième Division Blindée tués au combat pour la libération de Paris. Avant que soient rappelés leurs noms, les ministres du culte catholique, protestant, juif, musulman, vont dans quelques instants dire une courte prière à leur intention.

Nous nous souviendrons des Parisiens, combattants ou victimes, tombés au cours de ces journées, des résistants arrêtés, torturés, abattus.

Nous nous souviendrons de ceux dont alors on ne savait rien, les millions de déportés dans les camps de concentration.

Nous prierons pour toutes les victimes de cette tragédie.

Voici à mon côté le cardinal Sterzinsky, archevêque de Berlin. Nous prierons pour le peuple allemand et pour tous ceux qui alors étaient nos ennemis. Et pourtant ils étaient eux aussi nos frères. Rendons grâce à Dieu pour la paix irrévocablement scellée entre les nations de l’Europe.

Voici le cardinal Mc Carrick, archevêque de Washington, le cardinal Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster, Mgr Drouin, représentant l’archevêque d’Ottawa. Américains, Britanniques, Canadiens et tant d’autres versèrent leur sang pour délivrer la France et l’Europe de la servitude du totalitarisme. Nous prions aussi pour eux et avec eux.

Une immense joie nous a alors fait vivre et nous a donné le courage de lutter pour un avenir nouveau.

Puissions-nous trouver aujourd’hui les mots et les gestes qui transmettent aux futures générations l’espérance d’une civilisation mondiale digne de l’homme.

† Jean-Marie cardinal LUSTIGER
Archevêque de Paris
26 août 2004

 

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Cérémonie inter-religieuse, en présence du Président de la République, pour le 60ème anniversaire de la Libération de Paris

le 26 août 2004. © Godong

 

Homélie prononcée par le Cardinal André VINGT-TROIS
Messe de la Libération de Paris
26 août 2012

Jos 24, 1-2a.15-17.18b ; Ps 33, 2-3.16-17.20-23 ; Ep 5, 21-32 ; Jn, 6, 60-69

Frères et Sœurs,

Ce chapitre sixième de l’évangile de saint Jean dont la lecture liturgique vient de se terminer ce dimanche après plusieurs semaines, est un moment charnière dans la relation qui s’établit entre Jésus et ses disciples, un moment charnière aussi dans la manière dont ceux et celles qui étaient témoins des signes qu’il avait posés, des discours qu’il avait tenus, étaient sollicités dans leur liberté de croire ou de ne pas croire en Lui.

C’est pourquoi ce discours qui interprète la multiplication des pains et le malentendu, d’une certaine façon, qui s’est établi entre les bénéficiaires de cette multiplication et Jésus qui en est l’auteur, va faire apparaître une sorte de dédoublement dans la lecture de l’histoire humaine. D’un côté il y a, on pourrait dire d’une certaine façon, l’événementiel, c’est-à-dire ce que tout le monde peut voir, et ce que chacun peut interpréter selon ses convictions, ses désirs ou ses attentes. Ainsi, ils ont vu Jésus multiplier les pains et la conclusion qu’ils en ont tirée, c’était qu’il ferait un bon roi s’il leur assurait la nourriture quotidienne sans autre effort, ils se sont donc mis à sa suite, on peut même dire qu’ils l’ont poursuivi pour l’établir comme leur roi. Mais Jésus récuse cette interprétation. Il n’est pas venu acheter les suffrages ou le soutien politique par des faveurs, il est venu donner un signe. Ce signe c’est que la source de la vie humaine n’est pas simplement dans les moyens matériels de son existence mais dans le don que Dieu lui fait par grâce. C’est Dieu qui nous fait vivre et surtout c’est Lui qui nous appelle à une vie qui dépasse l’événementiel que nous connaissons.

Ce malentendu, ce désaccord dans l’interprétation de l’événement alimente donc tout le débat qui traverse ce chapitre 6 et se conclut par une sorte de question de confiance : ce que Jésus dit, ses disciples estiment que c’est « intolérable », on ne peut pas accepter cela (Jn 6, 60). Que ne peut-on pas accepter ? L’idée que Jésus lui-même se donne en nourriture. On ne peut pas accepter l’idée que la vie à laquelle Il appelle, la mission qu’Il veut confier passe par une sorte de communion physique dans laquelle on pourrait retrouver les traces des anciens sacrifices. Mais en fait, ce qu’ils n’acceptent pas, ce n’est pas d’entrer dans un système anthropophagique, cela n’est pas cela que Jésus leur propose. Ce qu’ils n’acceptent pas, c’est que ce soit Dieu qui soit la source de leur vie et que ce soit Dieu qui leur donne « la nourriture qui ne périt pas » (Jn 6, 27). Ils n’arrivent pas à comprendre et à reconnaître que la puissance de Dieu traverse l’histoire des hommes d’une façon mystérieuse et qu’à travers les événements dont nous sommes les témoins ou parfois les acteurs c’est la grâce de Dieu qui est à l’œuvre.

Ce regard de la foi porté sur les événements, nous savons que c’est un don qui nous est fait, ce n’est pas nous qui avons inventé la capacité de comprendre l’histoire humaine, c’est Dieu lui-même qui met en nos cœurs la sagesse pour découvrir à travers les limites, les excès, les injustices, les violences, la trace persistante de la justice de Dieu, de la miséricorde de Dieu, et de la capacité humaine à rétablir la paix entre les hommes.

En ce jour, nous évoquons cette capacité de rétablir la paix entre les hommes. Nous nous apprêtons à commémorer le cinquantième anniversaire du traité franco-allemand conclu entre le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer en janvier 1963, dont beaucoup n’auraient pas imaginé qu’il fût possible, si tôt après la conclusion du carnage qu’avait représenté la Seconde guerre mondiale entre nos deux peuples, ni surtout que l’un de ces principaux artisans pourrait être celui qui avait été le promoteur, le guide de la lutte pour la libération de la France. Que ce soit entre le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer que ce traité ait été conclu était déjà, au simple niveau de la signification historique des événements, quelque chose de très impressionnant. Mais l’un et l’autre, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle, ont aussi voulu que la préparation de ce traité soit marquée par la célébration d’une messe dans la cathédrale de Reims au mois de juillet 1962. Ainsi cet événement qui avait déjà sa signification politique était aussi le signe de la capacité des hommes à surmonter les désirs, les mouvements spontanés, les héritages malheureux, pour construire quelque chose de neuf, en s’appuyant sur la foi chrétienne qui habitait aussi bien l’Allemagne que la France, comme une des forces constitutives de leur histoire.

Faire mémoire de ce cinquantième anniversaire est une façon aussi de comprendre le sens de la démarche du Général de Gaulle, quand le 26 août 1944 il a voulu que la traversée triomphale de Paris s’achevât dans cette cathédrale, non seulement évidemment pour que les chrétiens puissent exprimer leur foi dans ce moment tellement important, mais aussi parce que cette cathédrale symbolise au cœur de la capitale une dimension constitutive de la nation française.

Aujourd’hui nous faisons mémoire de ce 26 août 1944, nous faisons mémoire de celles et ceux qui ont perdu la vie dans ces combats ultimes, nous faisons mémoire de celles et ceux qui les ont vécus dans toute la générosité de leur cœur et dans l’élan de leur patriotisme, nous faisons mémoire du Général de Gaulle, du Maréchal Leclerc, dont je suis heureux que des membres de sa famille puissent participer à cette eucharistie. Nous faisons mémoire des combattants de ce moment -le Père Cordier qui est concélébrant avec moi aujourd’hui est un des survivants de cette époque- mais en évoquant cette période à la fois tragique et glorieuse, nous faisons mémoire surtout de la force de caractère, du courage, de la générosité de tous ceux et de toutes celles qui se sont engagés dans ce combat, non pas pour gagner quelque chose pour eux-mêmes, mais pour mettre leur force, si faible soit elle, au service de la nation et du bien commun.

Frères et sœurs, pour ceux qui croient au Christ ressuscité, pour ceux qui croient que c’est Lui qui est le pain de la vie, ces événements sont des moments où nous pouvons entendre dans la dimension dramatique de leur déroulement, la question que Jésus pose à ses disciples : « Est-ce que vous aussi vous allez me quitter ? Vers qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6, 67-68) Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS
Notre-Dame de Paris, 28 août 2011

 

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© NDP

 

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Le cardinal VINGT-TROIS, à l’issue de la célébration, dans le transept Sud de la cathédrale, rappelant l’intention de la célébration par la lecture du texte inscrit sur le plaque apposée en 2002.

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Chant du "Magnificat" à l’issue de la célébration, aux pieds de la statue de Notre Dame de Paris

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