Obsèques de M. Georges MATHIEU

le lundi 18 Juin à 10h30

Ce lundi 18 juin 2012 à 10h30, ont eu lieu en la cathédrale les obsèques de M. Georges MATHIEU, peintre et membre de l’Académie des Beaux-Arts.

 

 

 

 

Biographie

Après des études de Lettres, de Droit et de Philosophie à l’Université de Lille, au terme desquelles il obtient une licence d’anglais en 1941, Georges Mathieu réalise ses premières peintures à l’huile (1942). Il exerce pendant quelques années le métier de professeur avant de se lancer dans une carrière artistique (Professeur d’anglais au lycée de Douai dans le nord en 1943 puis Professeur de français à l’Université américaine de Biarritz en 1945). En 1946, il monte sa première exposition au "Salon des moins de trente ans" (Paris). Il est le premier en France à réagir violemment contre l’abstraction géométrique et organise dès 1947 une série de manifestations en faveur d’un art libéré de toutes les contraintes et habitudes classiques qu’il nomme "l’Abstraction Lyrique", dont il se fait le promoteur. La même année il est promu Directeur des relations publiques de la compagnie américaine United States Lines (Paris). En 1950, il réalise ses premières peintures tachistes. L’année suivante, il effectue un séjour d’étude à Positano (Italie) où il opère un rapprochement entre la Gestalt théorie et l’Abstraction Lyrique. De 1953 à 1963, il est Rédacteur en chef de l’United States Lines Paris Review.

En 1954, il exécute ses premières grandes toiles, part pour le Japon, puis en 1957, rencontre un accueil triomphal. Il séjourne alors aux Etats-Unis. Dès 1959, des rétrospectives de ses œuvres ont lieu dans les musées de Cologne, Bâle, Krefeld, Neuchâtel, Genève… Il se rend ensuite au Brésil, en Argentine, au Liban, en Israël, au Canada et dans presque tous les pays d’Europe. A partir de 1962, persuadé de la nécessité de créer des harmonies plus heureuses entre l’homme et son milieu, il prend conscience de l’un des devoirs majeurs de l’artiste envers la cité et tente de transformer son "langage" en "style". C’est alors qu’il crée de nouvelles formes de meubles, des bijoux, donne des cartons de tapisseries pour la Manufacture nationale des Gobelins, dessine des assiettes pour Sèvres, établit les plans d’une usine à Fontenay-le-Comte, réalise toute une série d’affiches pour Air-France, et de médailles pour la Monnaie de Paris, crée une nouvelle pièce de 10 francs.

Après plus de cent cinquante expositions particulières dans le monde entier, après quatre rétrospectives importantes, Georges Mathieu a entrepris des sculptures monumentales dont l’un des principaux témoignages est celui du complexe sportif de Neuilly.

Dès 1964, Georges Mathieu s’est lancé dans une croisade en faveur d’une éducation qui ne mettrait plus l’accent sur la raison au détriment de la sensibilité, ni sur le progrès économique au détriment du progrès de l’homme et qui ouvrirait l’accès du plus grand nombre aux joies les plus simples et les plus exaltantes de la vie. Une phrase de Galbraith, qu’il aime à citer, résume sa philosophie : "L’artiste est maintenant appelé, pour réduire le risque du naufrage social, à quitter sa tour d’ivoire pour la tour de contrôle de la société". Il participe à l’élaboration du nouveau village de Castellaras (Var), en collaboration avec Jacques Couëlle.

En 1976 il est Administrateur de la Société d’encouragement aux métiers d’art mais aussi Membre de la Commission pour la réforme de l’enseignement artistique ( Ministère de l’Education ). Il participe aux travaux de l’Institut de l’Entreprise.

 

Hommage à Georges MATHIEU par Pierre-yves TREMOIS

« A quoi sert d’être un peintre si cela ne crée pas un peu plus de bonheur pour les hommes ? N’est-ce pas aux poètes et aux artistes qu’il appartient d’offrir au monde un art de vivre ? »

C’est en vous citant Georges, que je ressens ce privilège d’être, (titre de votre premier livre), ce privilège d’avoir partagé une amitié de 50 ans sans ombre, mais y-a-t-il de l’ombre dans vos œuvres, et il y en a si peu dans les miennes !

D’une sensibilité inquiète quoique conquérante, vous étiez nerveux, courageux, généreux, un seigneur royal, courtois, attentionné à l’autre et drôle également. Nous nous disions « vous », le tutoiement n’ajoutait pas à l’amitié.

Que de moments rares m’avez-vous offerts, que de déjeuners arrosés de votre champagne Deutz en votre triclinium, à côté du trône de Charlemagne, que d’odyssées champêtres à haut risque dans votre Mercedes teutonique des années 30, casqué de cuir, lunettes d’aviateur, moustaches au vent ; vous vouliez éviter les autoroutes car il y a ces tunnels qui vous paniquaient !

La Révolte, la Vitesse, le Risque, le Signe, la Lucidité dans l’Extase, peindre en public d’immenses toiles en quelques minutes, une théâtralité ? Cette théâtralité n’était-elle pas déjà celle mystérieuse des peintres de Lascaux par leur fresques peintes certainement à toute vitesse ?

Georges, vous étiez un samouraï du geste. Nous comprenons vos triomphes au Japon où l’on vous célébrait comme un Dieu. La rapidité de votre geste pictural vous était naturelle, c’était votre signature.
Notre signature sera-t-elle le dernier signe tracé par la main de l’homme ?

Par vos fulgurances à la pointe du pinceau, vous vous projetiez dans le vide. Autour du signe se crée le vide, on est pris au piège, moment exquis, on stigmatise son émotion, on s’abstrait, alors Georges, vous deveniez un autre vous-même, comme en apnée. Voilà le risque maximum, la joie d’un samouraï du geste et si vous vous propulsiez par vos traits de pinceau, c’est que le trait est chose abstraite.

Certaines de vos œuvres atteignent la transcendance, elles deviennent sacramentelles, très proches du sacré chrétien. De fulgurances en éclatements flamboyants, rode parfois Eros. L’amour de Dieu est aussi Eros. Notre Saint­ Père le Pape le confirmait. Et nous en parlions avec pudeur.

Georges, vous étiez un homme de Passion. La vie vous dévorait, la solitude vous taraudait, il s’y mêlait l’inquiétude. Passion lyrique, Passion mystique ...

Vous êtes le créateur de l’abstraction lyrique, création immortelle.
Paul Valéry le soulignait ainsi : « Le lyrisme est enthousiasme, les odes des grands lyriques furent écrites sans retour, à la vitesse de la voix du délire et du vent de l’esprit soufflant en tempête ».

Une partie importante de votre œuvre, Georges, est un hymne à la joie. Combien je me suis amusé en votre compagnie. Vous aviez le sens de la fête.
Cette « fête de l’être » comme vous la définissiez.

Vos victoires ont toujours été des victoires sur vous-même. Votre narcissisme vous y obligeait pour vos combats - S’oublier pour être -
Vos combats, vos prises de position inconfortables masquaient une simplicité doublée d’une angoisse profonde.
Vous aurez été l ’homme de toutes les rébellions, autant esprit provocateur demandant par exemple la suppression du Ministère de la Culture, qu’esprit agitateur, qui par son incessante et tonitruante action, voulait remettre à l’honneur l’éducation artistique dans les écoles.

Vos victoires ont toujours été des victoires sur vous-même. Votre narcissisme vous y obligeait pour vos combats - S’oublier pour être -
Vos combats, vos prises de position inconfortables masquaient une simplicité doublée d’une angoisse profonde.
Vous aurez été l ’homme de toutes les rébellions, autant esprit provocateur demandant par exemple la suppression du Ministère de la Culture, qu’esprit agitateur, qui par son incessante et tonitruante action, voulait remettre à l’honneur l’éducation artistique dans les écoles.

Georges, vous qui fûtes l’un des grands créateurs du XXe siècle, vous nous quittez tel ce chevalier, que j’imagine revêtu d’une armure étincelante, descendant majestueusement de son mausolée vers l’au-delà, telle Maréchal de Saxe immortalisé par Pigalle.

Nous sommes émus de vous dire au revoir ici-même, dans cette cathédrale de Paris, haut lieu de la Chrétienté, qui porte le témoignage des grandes heures de notre histoire, que vous avez tant magnifiées dans votre œuvre.

Donnez-moi encore ce dernier privilège, celui du plaisir de vous citer :
« Je suis toujours et partout seul. Il n’est de solitude que solitude morale. L’artiste exprime sa douleur profonde et par là, rejoint tous les autres hommes. Parfois, par éclairs, il exalte sajoie fugitive, et offre pour d’autres le réconfort d’une illusion de bonheur. »

Georges, à Dieu.

Notre-Dame de Paris ce 18 juin 2012

Pierre-Yves TREMOIS, membre de l’Académie des Beaux-Arts

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