Travaux d’étude sur les bas-reliefs de l’abside

Juin 2012

Les services de la DRAC–Île-de-France réalisent des travaux d’étude en vue de la restauration des sept bas-reliefs du XIVème siècle qui ornent l’abside de la cathédrale, bas-reliefs qui proclament la gloire de la mère de Dieu.

Les opérations consistent :
- à dresser l’état sanitaire de l’ensemble ;
- à réaliser des tests de nettoyage, sur des zones témoins (d’environ 10 centimètres de côté), selon divers procédés (micro-abrasion avec diverses poudres et à diverses pressions, application de compresses humidifiées...) afin d’arrêter le meilleur protocole d’intervention pour la future restauration de l’ensemble ;
- à réaliser des tests de consolidation sur les parties se délitant ;
- à réaliser des tests de patines sur les ragréages anciens.

 

Ces travaux d’étude, financés par l’État, sont réalisés par Nathalie PRUHA et Xavier LLERENA, restaurateurs du Patrimoine.
Le Laboratoire ERM procèdera à des analyses de divers prélèvements.

 

Les sept bas-reliefs de l’abside

Sur le flanc nord du chœur de la cathédrale, à quelques pas de la Porte Rouge, on peut voir à près de deux mètres au-dessus du sol, une enfilade de sept bas-reliefs à la gloire de la Vierge, véritables tableaux de pierre accrochés au mur, chacun à l’intérieur d’un quadrilobe chargé de feuillages. Ces bas-reliefs se rattachent à la même suite iconographique que ceux du tympan du Portail de la Vierge sur la façade occidentale. Ils ont été sculptés vers 1320, à l’époque où l’on achevait les chapelles de l’abside.

Autour de chaque bas-relief, dans une gorge dessinant un quadrilobe, de belles feuilles bien découpées forment un cadre charmant. Voici la vigne, l’érable champêtre, le lierre et ses baies, le liseron des champs avec ses fleurs en clochettes. C’est la flore naturaliste. Mais le sculpteur, au lieu de poser chaque feuille simplement comme dans la nature, a creusé et soulevé son limbe de manière à produire des jeux d’ombre et de lumière. Cette interprétation en vue de l’effet décoratif est caractéristique du début du XIVème siècle. Tout, d’ailleurs, dans le style de ces bas-reliefs, indique cette époque :
- la recherche du mouvement, de l’expression ;
- un peu de complication des draperies ;
- une certaine préciosité dans l’exécution.
Ce nest plus l’art monumental du XIIIème siècle, large et simple ; c’est un art raffiné qui rappelle celui des miniaturistes, des ivoiriers et des orfèvres.

Ces bas-reliefs, sur le chemin de l’ancien mur de clôture du palais archiépiscopal, décoraient ce passage qui conduisait du cloître et de la salle capitulaire à Saint-Denis-du-Pas et au petit cloître voisin, à l’Est de la cathédrale. De l’autre côté de la cathédrale, au Sud, existait un autre passage entre la sacristie et l’évêché, d’une part, et Saint-Denis-du-Pas, de l’autre ; il était orné de peintures dont quelques traces sont encore visibles sur le mur d’une des chapelles du tour du chœur, à l’extérieur, ainsi qu’une fresque déposée dans les années 1970 et actuellement présentée à l’entrée du Trésor. Ces bas-reliefs ont été altérés par les siècles mais aussi vraisemblablement par les affres de la Révolution à l’instar des statues de la galerie des Rois et des ébrasements des portails. Si les restaurations du XIXème siècle ont préservées l’intégrité des ces scènes, dont leurs parties abîmées, quelques parties en ont été restaurées, en particulier les encadrements, parties nettement visibles aujourd’hui.

Une hypothèse a été émise selon laquelle ces bas-reliefs pourraient être des fragments épargnés lors de la destruction du mur de clôture du grand chœur à l’intérieur de la cathédrale, fragments réemployés et installés à ces emplacements au XVIIIème siècle [1]. Mais cette hypothèse ne fait pas l’unanimité [2]

 

- I. La Mort ou Dormition de la Vierge
Étendue sur un linceul, elle est entourée des apôtres debout et bouleversés, manifestant leur douleur, scène à la réalité prise sur le vif. L’un se détourne, crispant son poing contre bajoue ; un autre fixe le visage inanimé ; plusieurs se penchent sur le cadavre avec une sorte de sollicitude affectueuse. Les deux anges planant sur le groupe se lamentent eux-mêmes.

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© NDP

 

- II. Les Funérailles de la Vierge
Les apôtres portent triomphalement son corps au tombeau dans la vallée de Josaphat, dans un cercueil recouvert d’un drap. Un événement se glisse en plusieurs phases dans cette scène. Selon la Légende dorée, le grand prêtre Jechonias s’approcha du cercueil dans le dessein de s’en emparer pour le brûler mais, à peine ses mains l’eurent-elles touché, qu’elles se desséchèrent et furent tranchées d’un coup d’épée par l’archange Michel ; tombé à terre, le grand prêtre implora le pardon de la Vierge et, grâce à l’intercession de saint Pierre, ses mains reprirent vie et se ressoudèrent aux moignons. Cette scène est ici dédoublée : on voit le grand prêtre portant les mains sur le cercueil, et à côté, le même personnage, à terre, tordu par la douleur, ses mains, doigts écartés, sont restées attachées au cercueil, c’est un second moment du même personnage.

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© NDP

 

- III. L’Assomption de la Vierge
La Vierge, au centre de la composition, debout et fortement hanchée, s’élève au cieux dans une auréole de gloire, faite de nuées, soutenue par huit anges. Les uns volent, les autres fléchissent le genou ou balancent avec fougue des encensoirs.

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© NDP

 

- IV. Glorification de la Vierge
Dans cette quatrième scène, très abîmée, on peut distinguer une Glorification  : un personnage central, vraisemblablement la Vierge tenant l’Enfant-Jésus est adorée par des anges. Il pourrait aussi s’agir du Christ, glorifié, l’état de la composition ne permet pas de le déterminer...

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© NDP

 

- V. Le Couronnement de la Vierge
Le Christ couronne sa mère, deux petits anges jouent des instruments de musique : de l’orgue et peut-être de la viole.

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© NDP

 

- VI. L’Intercession de la Vierge
Le jour du Jugement dernier, la Vierge et un autre personnage, qui peut être saint Jean, intercèdent auprès du Christ assis et couronné d’épines.

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© NDP

 

- VII. La Légende de Théophile
Le dernier de ces bas-reliefs représente les différents épisodes de la Légende de Théophile, à laquelle sont consacrés les deux linteaux supérieurs du Portail du Cloître : le diacre est au pouvoir du diable, qui l’entoure de sa grosse patte armée de griffes énormes, et saisit de l’autre la charte où le malheureux a signé le terrible marché ; puis pris de remords, il se prosterne aux pieds de la Vierge qui l’arrache des griffes du diable, tremblant de colère et de crainte.

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© NDP

 

 

 

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Tests de nettoyage sur des surfaces du XIXème siècle (à gauche) et du XIVème siècle (au centre).

© NDP

 

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Test de nettoyage sur la tête d’un apôtre. Les restaurations du XIXème siècle apparaissent de couleur plus ocre.

© NDP

 

 

 

Bibliographie

- Description historique des curiosités de l’Eglise de Paris
M.C.P.G [Chanoine François GUILLOT de MONTJOYE ?], à Paris, chez C.P. Gueffier, 1763

- Description historique de la basilique métropolitaine de Paris
A. P. M. GILBERT, chez Adrien Le Clère, Paris, 1821

- Histoire, description et annales de la basilique de Notre-Dame de Paris
M. DUBU, chez Ambroise Bray, libraire-éditeur, Paris, 1854

- Description de Notre-Dame de Paris
Ferdinand de GUILHERMY et Eugène Emmanuel E. VIOLLET-LE-DUC, Librairie d’Architecture de Bance, Paris, 1856

- Notre-Dame de Paris
Denise JALABERT, chez Henri Laurens, éditeur, 1931

- La cathédrale Notre-Dame de Paris
Marcel AUBERT, chez Firmin-Didot et Cie, 1950

- La partie orientale détruite du tour du chœur de Notre-Dame de Paris
Françoise BARON, Revue de l’Art, n°128, 2000

 

 

 

[1A. Erlande-Brandenbourg, Notre-Dame de Paris, 1997, p. 167 et 206.

[2F. Baron, La partie orientale détruite du tour du chœur de Notre-Dame de Paris, Revue de l’Art, n°128/2000, p. 21.

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