Messe de fondation pour le 67ème anniversaire de la Libération de Paris

Dimanche 28 août 2011 à 11h30

Le Cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris, célèbrera, comme tous les ans à pareille époque, une messe de fondation pour la Libération de Paris, à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix.

 

Paris célèbre ainsi à travers cette cérémonie religieuse la mémoire de sa libération. En effet, le 26 août 1944, après la triomphale descente des Champs- Élysées, le général de Gaulle avait tenu à se rendre à Notre-Dame, accompagné du général Leclerc et des chefs de la Résistance française. Dans une atmosphère chargée d’émotion, et alors que des coups de feu se faisaient encore entendre, le chant du Magnificat avait déjà retenti dans la cathédrale.

Comme tous les ans à la fin de la célébration, Monseigneur Vingt-Trois, accompagné du clergé, des officiels, des drapeaux et des fidèles, se rendra dans le transept sud de la cathédrale pour rappeler l’intention de la plaque apposée en 2002 par la lecture du texte qui y est inscrit :

Le 26 août 1944,
le général de Gaulle accompagné par les chefs de la Résistance
et par le général Leclerc, libérateur de Paris à la tête de la Deuxième Division Blindée,
s’est rendu à Notre-Dame pour y chanter le Magnificat.

Le 26 juin 2002,
une messe de fondation a été instituée pour garder la mémoire
et pour que, chaque année, l’anniversaire de la Libération de Paris soit l’occasion de prier à Notre-Dame
pour les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale et pour la paix.

Cette plaque a été apposée en août 2004, 60e anniversaire de la libération de Paris. A cette occasion, la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et l’Archevêché de Paris se sont associés pour donner un caractère exceptionnel à la traditionnelle messe de fondation qui, depuis la convention du 26 juin 2002, est célébrée à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix. De hautes personnalités s’étaient unies à cet événement notamment Monsieur Jacques Chirac, alors Président de la République. Une célébration inter-religieuse en hommage aux combattants de la 2ème Division blindée, tombés pendant la Libération de Paris, avait eu lieu avant la messe sur le parvis de la cathédrale. Au cours de cette célébration, à l’invitation du cardinal Lustiger alors archevêque de Paris, les représentants des différentes confessions auxquelles appartenaient ces soldats avaient lu une prière. Puis la messe, au cours de laquelle l’on chanta le Magnificat, était célébrée par le cardinal Lustiger entouré des archevêques de Washington, Londres, Berlin et de l’évêque d’Ottawa.

 

Allocution du cardinal Jean-Marie LUSTIGER
à la cérémonie inter-religieuse du 60ème anniversaire de la Libération de Paris 26 août 2004

Il y a 60 ans, après avoir descendu l’avenue des Champs-Elysées avec la foule immense des
Parisiens, le général de Gaulle,et, à ses côtés, le général Leclerc, les représentants de la Résistance, entrèrent dans Notre-Dame. Alors jaillit sur leurs lèvres le chant parisien, joyeux et grave du Magnificat repris par la foule. Tel est ce moment dont aujourd’hui nous faisons mémoire, moment qui, aux yeux de la France et du monde entier, manifestait que Paris était enfin libre.

Ainsi, traversant Paris de l’Étoile à Notre-Dame, le peuple de Paris reprenait possession de la France et de son histoire. Citoyens de toutes origines, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, chrétiens ou non chrétiens, nous avons payé un prix
énorme de souffrances, d’humiliation, de destructions morales. Mais le bonheur de la liberté et de l’honneur rendus était encore plus grand, même si nous pressentions le long travail de réconciliation de la France avec elle-même dont le symbole venait d’être donné par le général de Gaulle.

Nous voulons ici prier d’abord pour les soldats de la Deuxième Division Blindée tués au combat pour la libération de Paris. Avant que soient rappelés leurs noms, les ministres du culte catholique, protestant, juif, musulman, vont dans quelques instants dire une courte prière à leur intention.

Nous nous souviendrons des Parisiens, combattants ou victimes, tombés au cours de ces journées, des résistants arrêtés, torturés, abattus.

Nous nous souviendrons de ceux dont alors on ne savait rien, les millions de déportés dans les camps de concentration.

Nous prierons pour toutes les victimes de cette tragédie.

Voici à mon côté le cardinal Sterzinsky, archevêque de Berlin. Nous prierons pour le peuple allemand et pour tous ceux qui alors étaient nos ennemis. Et pourtant ils étaient eux aussi nos frères. Rendons grâce à Dieu pour la paix irrévocablement scellée entre les nations de l’Europe.

Voici le cardinal Mc Carrick, archevêque de Washington, le cardinal Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster, Mgr Drouin, représentant l’archevêque d’Ottawa. Américains, Britanniques, Canadiens et tant d’autres versèrent leur sang pour délivrer la France et l’Europe de la servitude du totalitarisme. Nous prions aussi pour eux et avec eux.

Une immense joie nous a alors fait vivre et nous a donné le courage de lutter pour un avenir nouveau.

Puissions-nous trouver aujourd’hui les mots et les gestes qui transmettent aux futures générations l’espérance d’une civilisation mondiale digne de l’homme.

† Jean-Marie cardinal LUSTIGER
Archevêque de Paris
26 août 2004

 

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Cérémonie inter-religieuse, en présence du Président de la République, pour le 60ème anniversaire de la Libération de Paris

le 26 août 2004. © Godong

 

Homélie prononcée par le Cardinal André VINGT-TROIS
Messe de la Libération de Paris
28 août 2011

Le rêve d’un Messie triomphant du mal par la force rejoint l’illusion de la résolution des problèmes par la force. Le chemin ouvert par le Christ est le seul qui transforme le monde, celui du don de sa vie pour la vie des autres.

Jr 20, 7-9 ; Ps 62, 2-6.8-9 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 21-27

Frères et Sœurs,

C’est de propos délibéré que l’évangile de saint Matthieu, comme les autres évangiles synoptiques, rapprochent la belle profession de foi de Pierre sur la route de Césarée de Philippe et ce dialogue dans lequel Pierre semble se poser comme un obstacle à l’accomplissement de la mission du Christ. Il y a un vif contraste entre la déclaration de Pierre « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16) et le passage qui vient d’être proclamé. Cet écart met en évidence la contradiction entre deux conceptions du Messie pour Israël, mais il éclaire aussi notre propre manière de suivre le Christ. Au fond, nous nous trouvons ici devant deux conceptions de la mission de Jésus, deux conceptions du Salut, et finalement deux conceptions de l’histoire de l’humanité.

Le Salut

Le rêve spontané de Pierre est celui d’un Messie triomphant qui va venir à bout de ses ennemis par la puissance de sa force et qui fera triompher le règne de Dieu sur les empires humains. Et nous le savons, un signe attendu de cette victoire messianique serait que l’envahisseur romain soit chassé de Palestine. Cette vision de Pierre ne lui est pas seulement personnelle. Elle traverse les Écritures et l’histoire d’Israël. Mais toute autre est la mission du Messie souffrant à laquelle Jésus a essayé de préparer ses disciples tout au long des mois et des années de son ministère public. Cette figure du Messie est, elle aussi, présente à travers les Écritures : le Messie apporte le salut non pas en écrasant ses ennemis, mais en livrant sa propre vie. Et sa victoire n’est pas le fruit de la violence mais le fruit de l’amour.

L’histoire humaine

Derrière ces deux figures messianiques, il y a deux attentes complètement différentes par rapport à la mission de Jésus, mais aussi deux visions de l’histoire de l’humanité. Les siècles qui nous ont précédés ont vu naître, croître, se combattre, disparaître et se succéder des empires et des règnes dont les histoires manifestaient à leur façon l’illusion que le monde peut être dominé par la violence. Les tristes souvenirs du XXe siècle ne sont pas faits pour nous détromper. On peut penser au projet fantasmatique de la domination raciale telle que Hitler l’a mise en œuvre dans les conquêtes du IIIe Reich, ou bien à l’illusion du salut de l’humanité par l’engendrement d’un homme nouveau que Staline a imposée durant plusieurs décennies. Ces deux desseins illusoires reposaient sur la même conception du salut de l’humanité par la force.

Certes, on arrive quelquefois à mobiliser des forces plus puissantes pour écraser ces projets de domination par la violence. C’est ce qui s’est passé à la fin de la Deuxième guerre mondiale. On peut aussi soutenir les résistances qui ébranleront cette volonté de puissance, et c’est ce qui a provoqué la fin de l’empire soviétique. Mais dans un cas comme dans l’autre, ces victoires de la force sur la force, même si elles étaient nécessaires, n’ont pas changé radicalement les données du problème. Le nazisme a disparu et le communisme a largement sombré, mais la volonté de puissance est demeurée intacte. Nous en voyons sans cesse des résurgences à travers le monde.

Entrer dans le chemin du Christ

Nous sommes ainsi devant une certaine conception du salut de l’homme et nous devons essayer de comprendre pourquoi il nous en coûte tant d’accepter cette révolution de l’amour que le Christ annonce. Qu’est-ce qui résiste dans le cœur des hommes pour entrer dans le dynamisme de ce que le Christ va vivre pour lui-même et qu’il appelle ses disciples à partager ? La vraie question n’est pas idéologique : chacun préfère la paix à la guerre, l’amour à la haine et le respect au mépris. La question que l’Évangile nous renvoie est la suivante : quel prix sommes-nous prêts à payer pour que l’amour surmonte la haine, pour que la paix remplace la violence et pour que l’espérance se substitue au désespoir ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Et jusqu’où allons-nous ? Car choisir réellement la paix, l’amour et le respect suppose qu’il y ait des hommes et des femmes capables de suivre le chemin indiqué par Jésus et capables de faire le don d’eux-mêmes pour la vie des autres. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera » (Mt 16, 25).

L’amour change le cours de l’histoire

Ainsi, la leçon que nous pouvons tirer des événements dont nous faisons mémoire aujourd’hui, est précisément l’exemple de ces hommes et de ces femmes qui ont été jusqu’au bout du don de leur vie, non pas pour se sauver eux-mêmes, mais pour contribuer au salut des autres. C’est là le sens le plus noble du sacrifice. Et nous comprenons ainsi que le levier qui va changer le cours de l’histoire du monde, n’est pas seulement la « supériorité mécanique », comme disait le Général de Gaulle dans ses mémoires, mais surtout la supériorité morale. Le triomphe du bonheur de l’homme vient de sa capacité à faire l’offrande de ses biens, de ce à quoi il tient et de ce qu’il est.

Apprendre à discerner

Nous le savons, ces décisions qui aboutissent au don de soi ne sont pas des décisions faciles. Dans les situations complexes du conflit armé ou du conflit politique, l’identification du chemin dans lequel on va s’engager est délicate. Il nous faut, comme saint Paul le disait dans l’épître aux Romains, apprendre à « reconnaître quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). Acquérir cette aptitude au discernement du bien, cette capacité de le vouloir et cette disponibilité pour en payer le prix nécessite une conversion. Pour que le bien triomphe du mal, « transformez-vous en renouvelant votre façon de penser » (Rm 12, 2) nous dit saint Paul.

Comme Pierre et les apôtres, nous devons quitter une vision simpliste qui envisage la victoire du bien sur le mal par une sorte d’exercice magique de la puissance divine. Nous devons prendre conscience que l’accomplissement de la volonté de Dieu à travers le choix des libertés humaines suppose un renouvellement de notre regard, une conversion de notre cœur, et une ouverture de notre générosité. Nous pouvons nous inspirer de celles et de ceux qui ont eu un cœur assez ouvert pour identifier ce qui était bien, une force de caractère assez enracinée pour choisir de le faire et une liberté assez grande à l’égard de ce qu’ils possédaient et de leur propre existence pour donner tout jusqu’à leur vie. En faisant mémoire de ces hommes et de ces femmes, nous prions le Seigneur, pour qu’Il renouvelle notre façon de penser et nous apprenne à reconnaître quelle est la volonté de Dieu. Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS
Notre-Dame de Paris, 28 août 2011

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