Messe de fondation pour le 66ème anniversaire de la Libération de Paris

Dimanche 29 août 2010 à 11h30

Le Cardinal André VINGT-TROIS, archevêque de Paris, célèbre, comme tous les ans à pareille époque, une messe de fondation pour la Libération de Paris, à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix.

 

Paris célèbre ainsi à travers cette cérémonie religieuse la mémoire de sa libération. En effet, le 26 août 1944, après la triomphale descente des Champs- Élysées, le général de Gaulle avait tenu à se rendre à Notre-Dame, accompagné du général Leclerc et des chefs de la Résistance française. Dans une atmosphère chargée d’émotion, et alors que des coups de feu se faisaient encore entendre, le chant du Magnificat avait déjà retenti dans la cathédrale.

 

 

Comme tous les ans à la fin de la célébration, Monseigneur Vingt-Trois, accompagné du clergé, des officiels, des drapeaux et des fidèles, se rend dans le transept sud de la cathédrale pour rappeler l’intention de la plaque apposée en 2002 par la lecture du texte qui y est inscrit :

Le 26 août 1944,
le général de Gaulle accompagné par les chefs de la Résistance
et par le général Leclerc, libérateur de Paris à la tête de la Deuxième Division Blindée,
s’est rendu à Notre-Dame pour y chanter le Magnificat.

Le 26 juin 2002,
une messe de fondation a été instituée pour garder la mémoire
et pour que, chaque année, l’anniversaire de la Libération de Paris soit l’occasion de prier à Notre-Dame
pour les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale et pour la paix.

Cette plaque a été apposée en août 2004, 60e anniversaire de la libération de Paris. A cette occasion, la Fondation Charles de Gaulle, la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque et l’Archevêché de Paris se sont associés pour donner un caractère exceptionnel à la traditionnelle messe de fondation qui, depuis la convention du 26 juin 2002, est célébrée à l’intention du général de Gaulle, du maréchal Leclerc, de tous les résistants, victimes civiles et militaires de la guerre de 1939-1945, ainsi que pour la paix. De hautes personnalités s’étaient unies à cet événement notamment Monsieur Jacques Chirac, alors Président de la République. Une célébration inter-religieuse en hommage aux combattants de la 2ème Division blindée, tombés pendant la Libération de Paris, avait eu lieu avant la messe sur le parvis de la cathédrale. Au cours de cette célébration, à l’invitation du cardinal Lustiger alors archevêque de Paris, les représentants des différentes confessions auxquelles appartenaient ces soldats avaient lu une prière. Puis la messe, au cours de laquelle l’on chanta le Magnificat, était célébrée par le cardinal Lustiger entouré des archevêques de Washington, Londres, Berlin et de l’évêque d’Ottawa.

 

Allocution du cardinal Jean-Marie LUSTIGER
à la cérémonie inter-religieuse du 60ème anniversaire de la Libération de Paris 26 août 2004

Il y a 60 ans, après avoir descendu l’avenue des Champs-Elysées avec la foule immense des
Parisiens, le général de Gaulle,et, à ses côtés, le général Leclerc, les représentants de la Résistance, entrèrent dans Notre-Dame. Alors jaillit sur leurs lèvres le chant parisien, joyeux et grave du Magnificat repris par la foule. Tel est ce moment dont aujourd’hui nous faisons mémoire, moment qui, aux yeux de la France et du monde entier, manifestait que Paris était enfin libre.

Ainsi, traversant Paris de l’Étoile à Notre-Dame, le peuple de Paris reprenait possession de la France et de son histoire. Citoyens de toutes origines, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, chrétiens ou non chrétiens, nous avons payé un prix
énorme de souffrances, d’humiliation, de destructions morales. Mais le bonheur de la liberté et de l’honneur rendus était encore plus grand, même si nous pressentions le long travail de réconciliation de la France avec elle-même dont le symbole venait d’être donné par le général de Gaulle.

Nous voulons ici prier d’abord pour les soldats de la Deuxième Division Blindée tués au combat pour la libération de Paris. Avant que soient rappelés leurs noms, les ministres du culte catholique, protestant, juif, musulman, vont dans quelques instants dire une courte prière à leur intention.

Nous nous souviendrons des Parisiens, combattants ou victimes, tombés au cours de ces journées, des résistants arrêtés, torturés, abattus.

Nous nous souviendrons de ceux dont alors on ne savait rien, les millions de déportés dans les camps de concentration.

Nous prierons pour toutes les victimes de cette tragédie.

Voici à mon côté le cardinal Sterzinsky, archevêque de Berlin. Nous prierons pour le peuple allemand et pour tous ceux qui alors étaient nos ennemis. Et pourtant ils étaient eux aussi nos frères. Rendons grâce à Dieu pour la paix irrévocablement scellée entre les nations de l’Europe.

Voici le cardinal Mc Carrick, archevêque de Washington, le cardinal Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster, Mgr Drouin, représentant l’archevêque d’Ottawa. Américains, Britanniques, Canadiens et tant d’autres versèrent leur sang pour délivrer la France et l’Europe de la servitude du totalitarisme. Nous prions aussi pour eux et avec eux.

Une immense joie nous a alors fait vivre et nous a donné le courage de lutter pour un avenir nouveau.

Puissions-nous trouver aujourd’hui les mots et les gestes qui transmettent aux futures générations l’espérance d’une civilisation mondiale digne de l’homme .

† Jean-Marie cardinal LUSTIGER
Archevêque de Paris
26 août 2004

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Cérémonie inter-religieuse, en présence du Président de la République, pour le 60ème anniversaire de la Libération de Paris

le 26 août 2004. © Godong

 

Homélie prononcée par le Cardinal André VINGT-TROIS

Si 3, 17-18.20.28-29 ; Ps 67, 4-7.10-11 ; He 12, 18-19.22-24 ; Lc 14, 1.7-14

Frères et Sœurs,

Ce passage de l’évangile de saint Luc donne un bon exemple de la manière dont Jésus enseignait ses disciples et les foules : il part d’un événement tout à fait ordinaire (l’invitation pour un repas du Sabbat) et développe une catéchèse à partir de celui-ci et du comportement de ceux qui y participent (les autres convives et le pharisien qui les reçoit). Il suggère d’abord une manière de se comporter, non seulement de façon civilisée, mais aussi de manière à vivre avec un peu plus de justesse et de justice. Puis, à partir de cet événement très conjoncturel auquel il participe, l’enseignement de Jésus vise plus loin. L’occasion de ce Sabbat lui permet d’annoncer ce que sera le festin des noces éternelles. Le repas de Jésus chez le pharisien devient ainsi l’annonce eschatologique de la fin de l’histoire et du rassemblement final des hommes de bonne volonté autour de la table du Seigneur.

Pour nous chrétiens, ce festin final dont nous parle l’Apocalypse est préfiguré et annoncé dans la célébration eucharistique. C’est pour cette raison qu’au moment de la communion, le célébrant invite les participants à s’approcher par ces mots : « heureux les invités au repas du Seigneur », au festin des noces de l’agneau. C’est sur cette invitation que nous pouvons nous avancer et recevoir le corps du Christ. Ainsi, la messe que nous célébrons exprime d’une manière visible quelque chose de ce repas éternel que nous espérons, mais dont nous n’avons pas encore l’expérience. C’est pourquoi durant l’eucharistie, notre manière d’être, de vivre ce moment et de nous comporter les uns avec les autres annonce d’une certaine façon ce que nous vivons en espérance.

Quand nous sommes dehors, dans notre vie sociale ordinaire, dans notre vie de famille ou de travail, notre existence est structurée par un certain nombre de rapports qui ont leurs logiques propres. Ce peut être des logiques hiérarchiques, puisque nous appartenons tous à des systèmes dans lesquels des gens donnent des orientations et d’autres les mettent en œuvre. Nos rapports sociaux peuvent aussi êtres réglés par des logiques économiques (de production et de consommation), des logiques de richesses, et malheureusement aussi par des rapports conflictuels, autant à l’intérieur des familles que dans les autres relations sociales. Nous savons aussi que bien souvent, la force et la violence l’emportent sur le respect mutuel et la concorde.

Cependant, quand nous franchissons le seuil de l’Église pour participer à l’eucharistie, nous ne transportons pas ces rapports qui structurent la vie de la société de manière ordinaire à l’intérieur de la célébration eucharistique. Et le jugement que le Christ porte sur le repas auquel il participe chez le pharisien, vise précisément à y appeler à un autre type de relations. Dans la vie sociale, vous pouvez être un grand responsable public, industriel ou militaire ou un simple exécutant, quelqu’un de très riche ou quelqu’un de très pauvre. Mais quand vous participez à l’eucharistie, ces logiques sociales, hiérarchiques ou économiques ne définissent plus les relations qui existent entre vous. L’assemblée dominicale n’est pas une microsociété qui reproduirait les schémas de la vie du monde. Nous sommes dans une société nouvelle qui préfigure l’assemblée finale des hommes en Dieu, et dans laquelle progressent de nouvelles manières d’être les uns avec les autres et des relations nouvelles entre les hommes et les femmes, entre les puissants et les faibles, entre les anciens et les jeunes, entre les enfants et leurs parents, etc.

Cette nouvelle structuration des relations humaines n’est pas simplement une parenthèse sans rapport avec la vie de notre société. Elle annonce la manière dont les hommes doivent apprendre à vivre les uns avec les autres. Nous ne sommes pas assemblés à l’église pour refuser la société, mais pour pouvoir y apporter une contribution spécifique. Les relations que nous avons les uns avec les autres dans l’eucharistie doivent transformer notre façon d’être avec les gens au milieu desquelles nous vivons. Celui qui prend place à la table du Seigneur ne peut pas se comporter dans la vie sociale comme si de rien n’était, et accrocher à la sortie de la messe son costume de chrétien à un clou pour redevenir un citoyen indifférencié. Nous essayons de mettre en pratique l’amour de Dieu dans nos relations entre chrétiens et nous espérons que cette pratique de la charité devienne d’une façon ou d’une autre un ferment pour transformer les relations dans toute la société.

Ainsi notre assemblée eucharistique est à la fois l’annonce et l’espérance du banquet final autour de Dieu, mais également la préfiguration d’un renouvellement et d’une transformation des relations sociales entre les hommes. Le chrétien ne se manifeste pas dans la vie publique et sociale d’abord comme un adversaire ou un combattant, mais d’abord comme celui qui travaille selon ses moyens et ses possibilités à développer de meilleures conditions de vie pour lui et pour ses semblables, à faire grandir concrètement la solidarité entre les hommes et les femmes au milieu desquels il vit, à susciter et à soutenir un projet de société qui mette au premier plan la justice et le partage.

Nous le savons les périodes de crise, et en particulier de crises économiques, sont malheureusement favorables à une certaine forme d’égoïsme et de protectionnisme. Dès lors qu’il y a un risque et un danger réel de voir disparaître ou diminuer tout ou partie des biens que l’on possède (qu’ils aient été hérités ou gagnés par son travail), dès lors que le niveau de vie auquel on est parvenu menace d’être compromis par les aléas et les vicissitudes de la vie économique, dès lors aussi que se fait plus scandaleuse la disparité entre les parties développées de l’univers et la misère immense dont le reste du monde souffre ; toutes ces situations suscitent naturellement des réflexes de défense et de protection. Mais le chrétien n’est-il pas d’abord et avant tout tendu vers une société solidaire plutôt que vers une société de l’autodéfense !? De plus, cette conscience que tous les hommes et toutes les femmes de ce monde ont des droits égaux à recevoir une part des biens de l’univers, n’appartient-elle pas à toute vision humaniste de notre société, en plus d’être profondément enracinée dans la tradition judéo-chrétienne !?

Nous le savons, de tous temps des hommes et des femmes ont accepté de faire le sacrifice de leurs biens, de leur tranquillité, et parfois de leur vie, pour que chaque personne humaine soit réellement respectée et qu’aucune ne soit utilisée comme un moyen pour la satisfaction des autres. Aujourd’hui, nous devons apprendre à vivre cette solidarité dans un monde dans lequel les frontières se sont considérablement effacées, non seulement en raison de la circulation universelle de l’information mais aussi en raison des facilités extrêmes de déplacement des personnes. Nous ne sommes plus au temps où chaque pays pouvait s’enfermer et s’entourer d’une muraille protectrice, qui d’ailleurs finit un jour ou l’autre par être perforée ou par se désagréger de l’intérieur. En ces temps difficiles pour tous, nous sommes invités à faire progresser une société du partage, de l’accueil et du respect de l’autre.

Que Dieu nous donne la force d’être des hôtes vraiment accueillants. Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS
29 août 2010

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