Homélie du dimanche 4 mars 2018
publié le 09/04/2018 dans Non classé

Comment devenir signe de contradiction ? Tel est le thème de ces prédications dominicales ! Nous avons commencé avec la grâce du discernement qui nous permet de sortir vainqueurs du combat spirituel ; la semaine dernière, nous nous sommes laissés transfigurer pour être lumière dans un monde parfois si ténébreux. Aujourd’hui la liturgie de la Parole nous conduit au Sinaï et à Jérusalem.

« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. » Quel paradoxe ! Le Seigneur nous a libérés de l’esclavage et nous propose d’obéir à sa loi pour connaître le bonheur. Mais n’est-ce pas tomber dans une autre forme d’esclavage ? La loi ne supprime-t-elle pas la liberté ? Dans un monde où il est interdit d’interdire, comment comprendre un tel paradoxe ?

C’est pourquoi il y a cette défiance des hommes vis-à-vis de la morale chrétienne perçue comme une morale de l’interdit et de l’obligation ! Mais que s’est-il donc passé ? L’Église a sa part de responsabilité ! Elle s’est éloignée d’une morale du bonheur développée par saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux », pas n’importe quoi bien sûr ! Nous avons oublié que le premier commandement du décalogue est celui de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » et dans nos catéchèses, nous avons trop insisté sur les interdits et les obligations. Or, tout être porte en lui un germe d’amour, car créé à l’image de Dieu ; nous aurions dû montrer que les interdits et les obligations nous ont été donnés pour protéger et même faire croître ce germe d’amour. Nous rejoignons ici un problème éducatif, notamment des petits enfants : comment leur faire comprendre que la loi structure, tout en protégeant ce potentiel d’amour qu’ils portent dans leur cœur ! Nous sommes revenus de l’éducation spontanée ! Il nous faut retrouver les fondements pour une éducation à la liberté.

Un enfant structuré pourra, pendant son adolescence, se développer grâce aux vertus cardinales : force, justice, prudence et tempérance et aux vertus cardinales : foi espérance et charité, sans oublier les fruits de l’Esprit ; il atteindra alors sa maturité au moment de l’âge adulte qui devrait commencer vers vingt ans ! Or, nous le savons, nous sommes dans une société adolescentrique et nos jeunes quittent cet âge beaucoup trop tard par manque de liberté intérieure.

 

En effet, la loi structure pour que l’homme devienne libre et cette liberté se traduit par un équilibre entre son intériorité et sa relation à autrui, entre sa personnalité et son ouverture à autrui, entre le pour-soi et pour autrui. Cette liberté a sa source, non dans le libre arbitre, le libre choix, mais dans l’orientation de tout son être vers ce pour quoi il a été créé. Je sais que des fidèles ont parfois du mal à comprendre les positions de notre Pape François, mais il a choisi une morale du bonheur en privilégiant la liberté intérieure, qui n’est pas de faire n’importe quoi, mais qui est un chemin à emprunter.

Ce paradoxe évoqué au début, nous le retrouvons chez saint Paul qui proclame « un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les nations païennes ». Dans notre monde de puissance, de compétition où l’on n’hésite pas à écraser son voisin pour être le meilleur, voilà que nous proclamons que le Crucifié est puissance et sagesse de Dieu !

Nous attendions un Dieu tout-puissant et voici que cette puissance se révèle dans la faiblesse et la fragilité. Le Christ est bien un signe de contradiction en nous révélant ainsi le visage de son Père ; il s’agit de discerner qui est notre Dieu pour comprendre qui nous sommes.

Quant à l’Évangile, si le Christ chasse les marchands de bœufs, de brebis et de colombes qui étaient cependant utiles pour les fidèles qui offraient des sacrifices, c’est parce qu’il inaugure une nouvelle liturgie : « Allez apprendre ce que signifie : je veux la miséricorde, non le sacrifice ». Au ritualisme étriqué, le Christ propose une liturgie qui privilégie le sacrifice du cœur.

Le nouveau temple sera le Christ ; son Corps vivant assis à la droite du Père est devenu le lieu du culte. Il est le Saint des Saints, le tabernacle qui n’a pas été construit de mains d’hommes. En effet, au moment de sa mort, le rideau du Temple se déchire, le culte s’ouvre à une dimension universelle, il devient ce culte en esprit et vérité. Le rideau déchiré n’est autre que ce rideau entre ce monde et la face de Dieu. Effectivement, dans le Cœur transpercé du Crucifié, le Cœur de Dieu s’est ouvert ; c’est là que nous pouvons voir qui est Dieu et comment il est. Quelle espérance !

Le disciple du Christ est appelé ainsi à devenir de plus en plus signe de contradiction ; et il le sera en vivant une morale du bonheur, en confessant que la puissance de Dieu n’est que donation et en offrant son cœur au Seigneur pour devenir vivante offrande à la louange de Dieu le Père.

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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