Première conférence spirituelle de janvier
publié le 09/01/2017 dans Actualité

le dimanche 8 janvier 2017 à 17h00

Dimanche 8 janvier : « Seigneur apprends nous à prier – Le combat de la prière » 

 

Je vous propose une série de conférences sur la prière, parce que vous avez été nombreux, entre autres les téléspectateurs de KTO, à les demander. Nous sommes sans aucun doute à la source en parlant de notre relation intime avec le Seigneur. Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas si facile d’entrer dans un tel mystère qui concerne notre vie intérieure. Celui qui va vous faire ces conférences n’est pas un spécialiste de la prière ; mais existe-t-il ? Je vais naturellement m’appuyer sur les maîtres spirituels, mais aussi sur ma pauvre expérience. Prêchant de nombreuses retraites, accompagnant de nombreux fidèles, je vois bien les difficultés, les questions, les doutes, etc.

Ces conférences ne seront pas une école de prière en tant que telle ; c’est un partage avec vous de ce qui habite chaque cœur et qui pourra, je l’espère, relancer votre vie de prière, s’il en était besoin.

En cette première conférence, je vous propose de voir avec vous le combat de la prière. Il faut oser nommer ce qui nous empêche d’avancer pour exorciser les objections, les peurs et les obstacles.

La plupart des chrétiens reconnaissent qu’il leur arrive de prier, même s’ils ne sont pas des pratiquants réguliers. Ils pourraient se reconnaître dans la défin ition thérésienne : « pour moi, la prière c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie. » (Manuscrit C 25, 2)

Que de personnes lancent des cris à Dieu, des cris de détresse, voire même des cris de reconnaissance.

En revanche, la plupart reconnaissent qu’ils ne prennent guère le temps de s’arrêter pour prier un peu longuement. Alors pourquoi donc ?

Tout d’abord dans notre monde où seule compte l’efficacité, on se demande si nous avons le droit de perdre du temps pour Dieu. D’ailleurs, est-ce ma vocation ? Il y a les moniales et les moines pour cela ! Un jour, un Père Abbé d’une grande abbaye racontait cette belle histoire : « Des fidèles laïcs ne trouvant pas du temps pour prier s’adressaient aux prêtres en leur disant : “ vous avez du temps pour prier, alors priez pour nous ”. Tel un ballon de rugby, ils l’avaient lancé aux prêtres qui, eux, n’ont pas attendu et l’ont lancé aux moines, ces spécialistes de la prière qui n’ont que ça à faire ! Mais les moines ont, eux aussi, beaucoup de travail, alors ils donnent un bon coup dans le ballon et l’envoient aux moniales cloîtrées ; ces dernières, avec beaucoup de dextérité, l’envoient directement au ciel vers le Père qui reçoit le ballon, mais un ballon bien creux !

On se refile la prière et finalement, on n’accepte pas nos propres responsabilités vis-à-vis de la prière. Il est vrai que certains se trouvent trop actifs ; d’autres sont submergés par les urgences qu’ils se créent d’ailleurs.

Nous avons le droit de goûter Dieu ; nous avons le droit de ne rien faire pour Dieu : « Goûtez et voyez, le Seigneur est bon !

Heureux qui trouve en lui son refuge ! »(Ps 33, 9) Non pas pour fuir le monde, mais pour trouver un endroit à l’écart et vivre un peu plus en présence de Dieu. Ce refuge peut être notre chambre comme le dit le Christ : « Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mt 6, 6)

Tous les saints nous ont dit la place irremplaçable de la prière personnelle et prolongée dans leur vie. « Tous les biens me viennent de l’oraison », disait sainte Thérèse d’Avila. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Mais cette prière secrète et silencieuse est d’autant plus nécessaire que nos activités sont multiples et absorbantes.

Ainsi ne culpabilisons pas si dans une journée, nous donnons un certain temps au Seigneur.

Certes la prière peut aider à recharger les batteries spirituelles, mais n’oubliez pas qu’il faut du temps ! Il ne faut pas considérer la prière que sous cet aspect de moyen nécessaire pour accomplir une mission. La prière est d’abord un rendez-vous d’amour et ce rendez-vous est de l’ordre de la gratuité.
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » (Jn 15, 9)

L’activisme est dangereux ; nous voulons toujours faire des choses, mais on a tant de mal à “être”. La valeur d’une vie vient de la qualité d’amour qu’une personne fait passer dans ses œuvres. Il vaut mieux visiter une ou deux personnes en prenant le temps que d’enchaîner une succession de visites où, à peine installé, on regarde l’heure pour partir.

Cette erreur de l’activisme est à l’origine de tous les slogans qui nous détournent de la prière. Et nous connaissons tous le refrain : « Je n’ai pas le temps ! ». Mais nous arrivons toujours à faire ce que l’on veut faire. Regardez votre journée, regardez le temps perdu et vous verrez qu’il y aura une longue plage horaire pour le Seigneur.

Je peux vous citer d’autres refrains qui nous empêchent de prier : « Je n’ai pas un tempérament de contemplatif. » Mais par le baptême, nous sommes tous des mystiques. Prier est une faculté naturelle de tout être parce que créé à l’image de Dieu. N’allez pas croire que la contemplation soit réservée aux gens calmes. Le Curé d’Ars était un nerveux et s’agitait beaucoup durant sa prière.

Autre refrain : « J’ai commencé, mais c’est trop difficile. » La prière, comme le véritable amour est difficile. Là encore nous restons dans l’efficacité et la réussite spirituelles. Il ne s’agit pas tant de réussir son oraison que de laisser le Christ envahir notre cœur pour y faire passer sa prière. Qui peut dire d’ailleurs qu’il a réussi son oraison ? Il peut en voir quelques fruits comme la paix et la joie intérieures, mais pas beaucoup plus.

Autre slogan : « Demain, je m’y mets ! » Les incessants délais, tout comme les régimes… Cela concerne le problème de la volonté soulevé par saint Augustin dans ses confessions. Comment se fait-il que lorsque je veux lever le bras, je le lève immédiatement et lorsque je veux dire du bien de mon prochain, cela résiste ; avons-nous donc deux volontés ? Non, nous ne sommes pas le Christ ! Le secret est très simple : lorsque je veux lever le bras, je veux “ vraiment ” ; cela s’appelle une décision. Nos jeunes doivent en faire l’expérience ; ils veulent travailler, mais le veulent-ils vraiment ? Notre volonté est blessée par le péché et devient incapable de prendre une décision spirituelle. Le manque d’engagement est lié au manque de liberté. C’est sûrement un point à approfondir : que d’esclavages qui paralysent notre volonté et notre liberté.

Autre sentence entendue : « Dans la prière, on ne rencontre que soi ». Et pourtant la prière authentique est une rencontre de l’Autre, du Tout-Autre qui habite en nos cœurs. Il est vrai que parfois notre prière est envahie par un moi qui étouffe un Moi plus profond et qui est la présence de Dieu.

Pour vous distraire un peu, on raconte qu’un petit frère de la communauté de saint François d’Assise, avait été envoyé par ses frères aux Carcéri pour voir comment priait saint François. Le petit frère, sans doute le plus naïf a suivi frère François et s’est caché derrière un arbre et il a attendu.

Quelques minutes après, il est redescendu retrouver ses frères qui étaient tout ouïe : « Alors, comment prie-t-il ? » et le petit frère de répondre : « Il ne dit que toi, toi, toi ». Et notre prière n’est que moi, moi, moi !

Enfin, la dernière objection : « Père, je n’arrive pas à faire le vide. »

Mais quelle erreur ! Il ne faut surtout pas faire le vide, mais le plein ; le plein de la Parole de Dieu, le plein d’amour de Dieu, le plein de la présence de Dieu. Cela vient des méthodes orientales qui invitent à faire le vide ; attention de ne pas se creuser des citernes vides ; on met le couvercle dessus et on n’arrive plus à en sortir.

Le chrétien se met à l’écoute du Verbe. Il est vrai que certains me confient qu’ils n’entendent rien ; mais c’est très bien, vous n’êtes pas sainte Jeanne d’Arc ! Il faut nourrir nos prières de la Parole de Dieu.

Le deuxième point que je veux aborder avec vous, ce sont nos peurs qui sont un véritable obstacle pour commencer un chemin de prière.

Tout d’abord, avec la prière, les idées s’évanouissent. Si vraiment nous croyons que Dieu est bien présent, alors nous nous trouvons en face de Lui. Nous rencontrons le Tout-Autre, notre Créateur. On peut parler à partir d’idées théologiques et spirituelles ; on peut refaire l’Église, mais avec Dieu c’est très différent ; Il est là et c’est sans doute cela qui est source de peurs !

La deuxième peur est la connaissance de soi. Le génie de saint Augustin est d’avoir trouvé le chemin pour rencontrer Dieu ; il s’agit de passer par l’intime de soi-même. La belle formule de ce génie du christianisme est toujours aussi valable : “ Reviens vers ton cœur.” Pourquoi chercher à l’extérieur ce qui est à l’intérieur de nous- mêmes. Saint Augustin propose une leçon de méthode qui a marqué de nombreux courants spirituels : Pour arriver à la vérité, il faut passer par l’intime de soi-même.

Cette recherche intérieure comme étape pour aller du monde à Dieu restera une des caractéristiques du génie d’Augustin. Mais ce n’est pas si facile de se connaître, car il faut commencer par découvrir nos limites et les accepter. Un père du désert donnait comme sentence : « un ancien a dit : la raison pour laquelle nous ne progressons pas, c’est que nous ignorons nos limites, que nous n’avons pas d’endurance dans l’œuvre que nous entreprenons, et que nous voulons acquérir la vertu sans peine ».

Nous devenons adultes lorsque nous avons vu nos limites et qu’on les a acceptées. Nous construisons notre vie spirituelle à partir de cet apophtegme. Certains veulent commencer par deux heures d’oraison chaque jour ; quelle folie et peut-être quel orgueil spirituel. Il vaut mieux commencer par fidéliser quelques minutes pour Dieu et augmenter ce temps pour Dieu régulièrement.

Autre peur est la place de mon interlocuteur si toutefois j’ai la foi. En commençant votre prière par un acte de foi, il est sûr que Dieu est bien présent et j’ose dire plus présent que nous. Je ne suis pas face à un copain, mais face à Dieu, le Créateur tout-puissant, le trois fois saint ! Et moi, je ne suis qu’une pauvre créature !

C’est dire que dans la prière, nous dépendons de Dieu, mais ce n’est pas toujours très facile d’accepter cette dépendance, c’est-à-dire accueillir un jugement sur nous, admettre sur soi la lumière d’un autre qui suppose alors une certaine mort à soi-même.

Mais Dieu n’est pas là pour nous juger, mais bien pour mendier notre pauvre amour. Et il vient mendier notre liberté, car il ne fera rien sans ce don. La sainteté suppose ce don. Nous avons sûrement déjà beaucoup donné ; 98% peut-être, mais il reste ces deux pour cents et ils ont un nom : notre liberté. Mon père spirituel aimait dire : « tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné ».

Enfin la dernière peur est celle du silence. Il faut du temps pour admettre que prier, ce n’est pas d’abord parler mais entrer dans le silence de Dieu. Nous vivons dans un monde si bruyant que nous sommes inquiets quand on est dans le silence !

Allez, une petite histoire vraie qui s’est passée ici à Notre-Dame. C’est le Père Carré qui la raconte lui-même :

lors d’un carême, à la fin de la première conférence, une dame vient le voir à la sacristie et lui exprime son désir de faire un grand carême ; alors que dois-je faire ? Et le Père Carré de lui donner comme conseil : un quart d’heure de silence par jour et laissez parler l’Esprit Saint. Mais la dame de lui redire qu’elle voulait faire un grand carême et le Père Carré avec douceur lui conseille de faire cette expérience.

Quelques mois après, lors d’une conférence dans une paroisse parisienne, il fut assailli par cette femme qu’il avait totalement oubliée. Mais que se passe-t-il chère Madame ? Ah ce carême ! Je vous ai écouté ; j’ai fait quinze minutes de silence par jour et l’Esprit Saint parlait tellement que je ne pouvais pas en placer une !

Il est bon de temps en temps de faire silence pour que le Seigneur puisse lui aussi en placer une !

Se taire est une condition du silence, mais ce n’est pas le silence ; il est une parole ; le silence parle ou se donne ; la parole répond ou se donne. Alors qu’est-ce que prier ? c’est accepter de plus en plus d’entrer dans le silence de Dieu pour lui prouver notre confiance.

Après les objections et les peurs, voyons les obstacles.

Tout d’abord les distractions ; mais nous en sommes tous là ! Le Père Caffarel disait que l’essentiel de l’oraison ne réside pas dans la stabilité de l’attention. Et le Père Besnard écrit dans “propos intempestifs sur la prière” : la première chose dont tu as besoin, c’est de laisser reposer ton âme comme le chimiste laisse reposer une solution trouble. Alors ton cœur pourra retrouver cette unique chose que le Seigneur a dite nécessaire : ton intelligence, la vérité et ton esprit, l’Esprit de Dieu. »

Le Catéchisme de l’Église Catholique parle de nos distractions dans la prière : « Partir à la chasse des distractions serait tomber dans leurs pièges, alors qu’il suffit de revenir à notre cœur » (CEC n° 2729), c’est effectivement un piège que de chasser une distraction, car nous risquons de l’alimenter.

Le deuxième obstacle est la recherche de ce que j’ai demandé. Que de fois ai-je entendu : « je prie, mais je n’obtiens rien. » Il est vrai que le Seigneur nous exhorte à demander pour recevoir. Il connaît ce qu’il nous faut, ce dont nous avons besoin pour notre épanouissement spirituel, mais il nous laisse la liberté de l’exprimer. Il est vrai que nous ne savons pas toujours discerner et il nous arrive de demander des choses inutiles qu’on n’obtient pas.

Ainsi lorsque nous demandons quelque chose, posons-nous la question : est-ce pour mon bien ?

N’oubliez pas que le Seigneur prend aussi son temps pour nous répondre, non pas pour le plaisir de nous faire attendre, mais pour affiner notre désir et nous préparer à accueillir le don.

Il nous faut parfois loucher pour voir ce que le Seigneur nous a donné ! Non pas loucher dans l’assiette de l’autre, là c’est de la jalousie spirituelle, mais regarder à côté et découvrir, parfois plusieurs semaines après, que le Seigneur nous a comblés.

Le troisième obstacle : « Mon Père, je prie mais je ne sens rien ». Attention aux pseudo-sensations mystiques. Point n’est besoin d’avoir des extases, des visions pour être un grand priant ; la petite Thérèse n’a jamais eu d’extase ; elle n’était pas la plus pieuse du carmel ; mais elle n’a jamais cherché des phénomènes sensationnels !

Il me souvient l’histoire d’un bon moine qui demandait une sensation, des frissons au moment de son oraison ; mais rien ! Le jour de son jubilé d’or, le monastère organise une belle fête ; le bon moine est entouré et ses amis sont là pour rendre grâce pour tant de fidélité ; la journée s’achève comme d’habitude avec le Salve Regina. Son Père Abbé le bénit et enfin, le moine ressent un petit frisson : « Merci Seigneur, cela fait 50 ans que j’attends cela.» Puis une station devant la statue de la Vierge ; de nouveau un frisson : « Merci Marie, quel beau cadeau pour mon jubilé ». Il s’arrête devant la porte de sa cellule : frisson : « oh Seigneur c’est trop ! Tu me combles, mais ce sont mes 50 ans de profession religieuse ». Il entre dans sa cellule, il se met en pyjama, bien fatigué et là un grand frisson ! Il appelle le moine infirmier ; il avait 40° de fièvre !

C’est clair, la prière ne provoque pas des frissons, mais la joie et la paix qui sont les fruits de l’Esprit Saint.

Enfin le dernier obstacle est celui de la tension entre action et contemplation. C’est le texte de Luc au chapitre 10 : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. » (Lc 10, 38-42)

Il est clair qu’il faut être à la fois Marthe et Marie. Il y a toujours à trouver un équilibre en notre vie. Nous savons que nous avons été choisis pour être en union avec Dieu et le reste suivra. La grande Thérèse demandait à ses sœurs de prier un peu plus le jour où elles avaient beaucoup de travail, car cette prière pacifie et nous permet d’être plus actifs. Un paradoxe aux yeux de ceux qui ne pensent qu’à l’efficacité ; pour nous, un acte de foi, c’est l’amour qui agit.

La semaine prochaine, nous nous mettrons en présence de Dieu, le premier temps de l’oraison.

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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