Troisième conférence spirituelle de janvier
publié le 23/01/2017 dans Actualité

le dimanche 22 janvier 2017 à 17h00

Dimanche 22 janvier : « Seigneur apprends nous à prier – Le coeur à coeur » 

Après avoir vu le combat de la prière et la mise en présence de Dieu, il est temps d’entrer dans la deuxième partie de l’oraison que nous appelons le cœur à cœur.

Nous sommes donc dans notre cœur ; nous essayons d’y demeurer pour être à l’écoute du Seigneur. Il est vrai que notre premier réflexe est de parler au Christ, alors qu’il est préférable de l’écouter.

Le Catéchisme nous rappelle que « l’oraison est silence, ce « silencieux amour ». Les paroles dans l’oraison ne sont pas des discours mais des brindilles qui alimentent le feu de l’amour. C’est dans ce silence, insupportable à l’homme « extérieur », que le Père nous dit son Verbe incarné, souffrant, mort et ressuscité, et que l’Esprit filial nous fait participer à la prière de Jésus ». (CEC n° 2717)

Le mot clé est bien celui de « silence ». Nous l’avons déjà dit, l’homme vit beaucoup trop à la surface de lui-même. Il faudrait relire le grand Bernanos :

« Je crois, je suis sûr que beaucoup d’hommes n’engagent jamais leur être, leur sincérité profonde. Ils vivent à la surface d’eux-mêmes, et le sol humain est si riche que cette mince couche superficielle suffit pour une maigre moisson, qui donne l’illusion d’une véritable destinée… et le curé de campagne d’achever ainsi sa rencontre avec le notaire d’Arras : Finalement, la veille de sa mort, je l’ai confessé. Que dire ? Ce n’est pas grand-chose, ça tiendrait parfois en peu de mots, une vie de notaire. » (Journal d’un Curé de campagne).

Alors, osons demeurer dans notre être intérieur.

Nous voyons l’importance du silence intérieur : « le silence rend disponible devant la présence divine,» le silence doit être un mystère de présence. Mais Dieu ne parle pas en nous avec nos mots de la terre. On n’entend pas des voix ; on l’entend par pure foi. Plus on l’écoute et plus on veut se taire pour le laisser parler, c’est ce que dit Isaac de Ninive : « Dieu a mené son serviteur dans le désert pour parler à son cœur ; mais celui-là seul qui s’y tient à l’écoute dans le silence, perçoit le souffle de la brise légère où le Seigneur se manifeste. Au commencement, il faut un effort pour se taire, mais si nous y sommes fidèles, peu à peu, de notre silence naît quelque chose qui nous attire à plus de silence. »

Ce silence intérieur nous permettra d’entrer dans ce que les Pères appellent le « lieu de la prière spirituelle » ou le « lieu de la prière pure, maison où le Christ habite ». (Théolepte de Philadelphie — Petite Philocalie).

Comme le disait Dom Augustin Guillerand dans ses écrits spirituels : « le lieu de la prière c’est l’âme et Dieu qui l’habite. Dans ce sanctuaire réservé, nouveau ciel et Royaume de Dieu, la solitude et le silence doivent régner. Dieu est seul avec lui-même. Les personnes divines ne portent pas atteintes à cette solitude : elles la constituent. »

Dans le cœur à cœur, il y a deux excès : activité et passivité.

Attention au quiétisme, c’est-à-dire de supprimer trop tôt les moyens humains d’aller à Dieu et l’autre excès : ne pas mettre le silence dans notre vie spirituelle et donc nous en restons à la méditation, les lectures et c’est ainsi que nous n’entendons pas Jésus au fond de nos âmes.

L’âme doit se maintenir dans la disposition d’écouter Dieu, de le laisser agir en elle, de le suivre sur les chemins où il veut l’entraîner. Il faut être en position d’attente de la venue du Seigneur, dans le silence en le laissant parler en nous : « Nous croyons que Dieu vit en nous et puis nous lui laissons si peu de liberté pour agir ; nous nous acharnons toujours à beaucoup faire, au lieu de le laisser faire. » Les cœurs silencieux trouveront Dieu dans l’intimité de la contemplation.

Saint Jean de la Croix invitait à « marcher avec obscurité par amour en foi. » Un chartreux dit la même chose : « Que vous deveniez toujours davantage rien, afin que l’Amour devienne toujours davantage tout en vous. Être rien, surtout dans l’oraison, c’est être beaucoup, c’est être tout, car l’amour alors est tout ce qu’il veut

être en vous. »
Installés dans ce silence, nous pouvons être à l’écoute de Dieu à partir d’un

passage de l’évangile, surtout pas trop long ; puis vous lui répondez : « Des paroles jaillies de votre cœur, ce que Dieu aime hautement », dit Thérèse d’Avila (Chemin XXVI, 6). L’âme rompt le silence en livrant le fond de son être.

On alterne les silences avec l’échange, selon les moments ou l’état de l’âme. « Le Seigneur n’aime pas que nous nous cassions la tête à beaucoup lui parler » (chemin XXIX, 6) Nous avons souvent l’impression du silence de Dieu, mais sainte Thérèse de préciser : « Pensez-vous qu’il se taise lorsque nous ne l’entendons pas ? Il parle fort bien au cœur, quand de tout cœur nous lui demandons. » (chemin XXIV, 5) Thérèse est certaine que le Seigneur ne cesse d’agir dans l’âme qui le cherche : « vous constaterez, dit-elle, que quoi qu’il est marqué, cela ne l’empêche pas de se manifester à vous de bien des façons, dans la mesure où nous désirons le voir ; et vous pouvez tant le désirer qu’il se manifestera pleinement (Chemin XXXIV, 12), car lorsque nous nous disposons à recevoir, jamais il ne manque de trouver une façon de donner, même à notre insu. » (Chemin XXXV, 1)

« Dès que le Seigneur comprend qu’une âme est toute à lui… jamais il ne cesse de communiquer avec elle de toutes les manières et de toutes les façons, comme peut le faire Celui qui est la Sagesse même. »

La réponse du Seigneur dans le cœur à cœur de l’oraison se fait, non certes par des paroles, mais par son action au plus intime de l’âme. Par les sentiments que le Seigneur lui donne, comme le bonheur d’être là, de souffrir pour lui, de croire et d’espérer en lui en dépit de la contradiction des faits ; sentiment heureux de ses limites et de se savoir aimé et pardonné. Nous revenons à cette question déjà soulevée lors des conférences précédentes : avons-nous soif de Dieu ? Voulons-nous le voir face à face ? Sommes-nous des chercheurs de Dieu ? Quel est notre désir spirituel ?

Ces moments produisent en nous un approfondissement, mais aussi un abandon plus vrai dans les mains de Dieu. Il faut savoir que plus l’âme avance dans son union à Dieu, plus sa vie spirituelle se simplifie, et plus elle tend à ne consister que dans un état d’accueil de la grâce, d’ouverture au don de l’Esprit dans le silence qui nous paraît parfois si aride.

Tout ce chemin que je viens de vous décrire, si vous êtes fidèles à ce temps d’oraison, pourra être simplifié. Pour reprendre Thérèse, vous avez les clés pour ouvrir la chambre secrète de l’âme ; il suffit d’y entrer, le Seigneur vous y attend. C’est vrai, il faut du temps ; il ne faut pas se décourager et il y aura un moment où vous entendrez la voix qui parle sans paroles ; vous serez envahis et comblés d’une plénitude de présence, dans « une paisible tranquillité et un engloutissement intérieur », comme l’écrit saint Jean de la Croix dans la Vive Flamme d’Amour. (Strophe 3)

Ce silence est une orientation de toute la vie ; ce qui constitue le silence, vous l’avez bien compris, ce n’est pas l’absence de paroles, mais cette paix de l’âme qui n’entend que la Parole qui résonne dans les silences éternels.

La vie spirituelle doit être unifiée ; elle doit aider à unifier toute notre vie. Il faut que notre âme ne soit pas envahie par nos passions, par des attaches intempestives à des études, à des travaux de toute espèce. Alors « l’âme se joint à l’Aimé dans une union de simplicité, de pureté d’amour et de ressemblance ». (St Jean de la Croix, La Montée du Carmel II, 1) L’oraison devient contemplation, communication du silence et de la simplicité de Dieu.

Plus l’âme avance dans le désert, plus elle est apte à entendre la Parole et plus elle veut s’enfoncer dans la solitude. Quand Dieu entre dans une âme, il en fait un désert : « Ici-bas, la Parole ne résonne jamais que pour nous appeler à la rejoindre à travers un nouveau silence, dans un plus profond désert » écrit le grand théologien, Louis Bouyer.

Ce cœur à cœur est source d’unification et de pacification. C’est à vous d’en choisir la durée ; il vous restera à aborder la dernière étape : l’intercession.

Auparavant, essayez de retenir une parole, un effort que le Seigneur vous demande. Comme le dit Thérèse : « Au début et à la fin de l’oraison, même si vous atteignez à une haute contemplation, appliquez-vous toujours pour finir, à une meilleure connaissance de vous-mêmes. » (Chemin XXXIX, 5) Cette connaissance est source de joie, car désormais je me regarde avec les yeux du Seigneur.

« Intercéder, demander en faveur d’un autre est le propre d’un cœur accordé à la miséricorde de Dieu. Dans le temps de l’Église, l’intercession chrétienne participe à celle du Christ : elle est l’expression de la communion des saints. Dans l’intercession, celui qui prie ne recherche pas ses propres intérêts, mais songe plutôt à ceux des autres… » (CEC n° 2635)

Cette prière qui conclue l’oraison évite le repli sur soi, une sorte de faux confort spirituel. Notre prière s’élargit toujours à l’universel.

Il ne faut surtout pas oublier celles et ceux qui vous ont demandé de prier pour eux ; vous vous y êtes engagés.
Vous achevez avec un Notre Père.

Voilà un beau Chemin de Perfection ; j’emprunte cette expression à l’un des textes majeurs de Thérèse d’Avila.

Pour arriver à vivre une telle communion, il faut que notre vie soit ordonnée : un règlement de vie avec des temps fixés et précis de prière, sans oublier des œuvres de charité, accomplir son devoir d’état, éviter en tout le péché, acquérir des vertus, ordonner son extérieur, comme ses paroles, ses gestes pour qu’y brille le reflet des dispositions intérieures.

Si vous êtes fidèles à ce rendez-vous, alors vous aurez une facilité acquise pour vous recueillir et vous irez plus vite en vos cœurs. Il faut en effet arriver à simplifier la rencontre. Certes, vous pouvez imaginer une scène de l’Évangile, mais la seule présence de Dieu suffit, votre intelligence va perdre le goût des raisonnements, des méditations. Plus de paroles, mais des mouvements intérieurs, le simple regard de l’âme, le repos paisible dans le Seigneur.

Silence et repos sont des attitudes de l’amour ; l’oraison n’est plus que regard sur une vérité et le silence qu’il produit. C’est ce repos qu’il faut entretenir en ramenant les facultés vers l’objet à considérer.

L’oraison devient alors contemplation : « regard simple sur la vérité sous l’influence de l’amour ». Le don de soi, l’humilité, le silence, la solitude, les dons de l’Esprit y contribuent.

C’est l’amour qui simplifie le regard et le fixe sur le sujet contemplé. C’est par l’amour que l’âme connaît le mystère de Dieu ; c’est pourquoi tout théologien doit être un contemplatif. Et le fruit de la contemplation est un développement de l’amour.

Ne vous inquiétez pas, il faut du temps et si vous en êtes là, vous êtes entrés dans la quatrième demeure ! Nous aurons l’occasion une autre fois d’accéder aux dernières demeures.

En conclusion, je voudrais souligner la simplicité de notre oraison. Je trouve qu’il y a des chrétiens qui compliquent les méthodes et par manque de liberté, s’en tiennent toujours à la « technique » !

J’ai proposé un chemin carmélitain ; mais il y a d’autres chemins.

Ainsi vous pouvez faire une oraison très simple. Faites de tout votre cœur les actes de foi, d’espérance et de charité.

L’acte de foi que vous avez fait au début de l’oraison, vous pouvez le développer.

L’acte d’espérance : Mon Dieu, j’espère en toi. Malgré mes limites, mes blessures, tu demeures en moi.

« Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?… je suis sûr que ni la mort ni la vie… , ni aucune créature, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus. (Rm 8, 31 et 38)

Je suis sûr que mon Dieu ne pourra pas m’abandonner. Je ne crains plus rien. Enfin l’acte de charité : Seigneur tu m’as créé pour t’aimer.
Dans ces trois actes, on peut y faire entrer l’humilité, la confiance, l’adoration,

l’abandon. Avec ces trois actes, je parle à Dieu en vérité et il en résulte un progrès dans la vie spirituelle.

Le fruit de l’oraison est de regarder la vie réelle en face. J’insiste ; ce n’est pas une fuite de ce monde, bien au contraire ! Un regard profond où vous trouverez Dieu au fond des cœurs. Voilà la foi. Cette foi vraie et vivante est comme une prise de possession de Dieu. Il devient nôtre, il devient l’hôte aimé de notre âme et notre âme, dégagée des choses, n’a plus qu’à se tourner vers Lui par une pensée aimante, pour réaliser cette intériorité, c’est en ce sens que la foi me permet de prendre du recul.

Prenez le temps aussi de méditer sur cette Parole de Dieu : « Dieu est Amour. » Vous y trouverez réponse à tous les doutes, consolation de toutes les peines. Dieu se donne totalement ; c’est son être, sa vie, sa joie.

Plus nous sommes faibles et vides, plus Dieu trouve en nous la capacité à le recevoir. Aussi notre amour consiste surtout à accueillir son effusion de vie. Son amour est au fond de tout, mais il faut le découvrir. Grâce à la foi, l’âme voit en tout homme, et en toute chose, ce que Dieu lui-même voit. Elle le voit dans son Esprit d’amour ; elle ne voit que cet amour qui se donne en tout. C’est là aussi un des fruits de l’oraison.

Croyons que Dieu nous aime et qu’il est là ; il vit dans notre âme, il s’y donne et cette vie de Dieu en nous, c’est notre vie à nous en lui.

Continuons de nous plonger dans la prière, dans la charité envers nos frères, dans un oubli complet de nous-mêmes et dans la confiance sans bornes en Dieu qui n’est qu’amour.

Comment ne pas terminer avec sainte Élisabeth de la Trinité :

« Oh ! Je t’aime, je t’aime plus qu’aucune autre personne qui soit en cette vallée, c’est moi qui viens, et je t’apporte la joie inconnue… je vais entrer au fond de toi.

Ô mon époux ! Je me suis posé et reposé en toi ; maintenant possède-toi et repose-toi en moi !

Aime-moi ! Toute ma vie me plaira, pourvu que tu m’aimes !… Je ferai en toi de grandes choses, je serai connu en toi, glorifié, clarifié en toi ». (Laisse-toi aimer, 7)

Puissions-nous ainsi vivre nos temps d’oraison. Que nos âmes soient les demeures de la Trinité Sainte.

 

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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