Deuxième conférence spirituelle de l’Avent
publié le 04/12/2016 dans Actualité

le dimanche 4 décembre 2016 à 17h00

Dimanche 4 décembre :« A l’école de Saint Jean-Baptiste et de Saint Joseph »

 

La semaine dernière, nous avons réfléchi sur une première attitude spirituelle : le désir de la vision de Dieu. Ce fut l’occasion de parler de la prière, notamment de l’oraison. Aujourd’hui, nous allons nous mettre à l’école de ceux qui attendent le Christ. Deux figures vont préparer nos cœurs à cette rencontre avec l’Enfant-Dieu.
La première figure est saint Jean-Baptiste.
Pour entrer dans le mystère de sa naissance, il nous faut ouvrir l’Evangile de Luc qui commence son récit par l’annonce de sa future naissance à Zacharie, prêtre du groupe d’Abia ; ce dernier est bouleversé par le message de l’ange et manque un peu de foi, car son épouse est stérile et lui bien âgé ; lors de l’annonce, il était au Temple pour offrir l’encens. Mais à cause de ce manque de foi ; il devient muet. En sortant, il est donc incapable de donner la bénédiction et la liturgie demeure inachevée, en attendant la nouvelle liturgie inaugurée par le Christ.
Quant à Elisabeth, elle rend grâce pour cette conception miraculeuse ; elle se disait : « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, en ces jours où il a posé son regard pour effacer ce qu’était ma honte devant les hommes. » (Lc 1, 25)
Nous retrouvons Elisabeth lors de la visite de Marie, après le récit de l’annonciation. Origène, Père de l’Église du 3e siècle, commentant cet épisode (Lc 1, 39-56) de l’Evangile dit que cette rencontre est d’abord celle de Jésus et Jean-Baptiste : « Quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle » (v. 41). En effet, à travers la salutation de la Vierge, c’est bien Jésus qui envoie son Esprit à son cousin Jean. Ainsi rempli de l’Esprit, l’enfant tressaillit. Quelle joie pour Elisabeth “ la stérile ” de sentir son enfant faire sa première galipette ! Quelle joie pour Jean de recevoir l’Esprit dès le sein de sa mère ; il est profondément touché par ce don tant attendu par Israël. L’Esprit bouscule avec délicatesse et procure paix et joie. C’est bien sous l’action de l’Esprit que l’on tressaille de joie.

Dès le sein de notre mère, nous sommes choisis par Dieu. Scène émouvante puisque Jésus a été conçu il y a à peine huit jours et le Baptiste, six mois ! Jean a été choisi pour faire le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et il sera fidèle à cette mission reçue.
C’est dans le prologue du quatrième évangile que la mission est précisée : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière. » (Jn 1, 6-7) modèle de l’humilité, il ne sera que témoin et ne prendra pas la place de Jésus. Il est là pour le désigner : « Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » (Jn 1, 15) c’est bien l’Esprit qui a fait comprendre à Jean que le Verbe est le Fils de toute éternité.
Ainsi Jean va s’imposer aux yeux de son peuple comme un très grand prophète ; il est le témoin de la lumière, mais le peuple élu n’a pas su accueillir la lumière. Toutefois dans le monde, il s’est trouvé des hommes au cœur droit qui ont été fidèles à la lumière. Ils sont devenus enfants de Dieu par pur don du Père.
Comme le Baptiste, nous sommes appelés à être des témoins de la lumière. Le témoin est humble et n’annonce que le Christ. Il doit mettre ses talents au service de la transmission. Il y a toujours le risque de s’annoncer soi-même, alors qu’il faut s’effacer pour laisser transparaître la lumière. Le témoin est habité par la Parole qu’il doit répandre.
Saint Augustin a cette belle formule : « Jean est la voix dont la Parole a momentanément besoin pour se faire entendre. »
Jean, tout ému, nomme pour la première fois le Christ : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Cette désignation de Jésus par le Baptiste est l’évocation du mystère Pascal : passion et gloire.  » L’Agneau de Dieu  » pour une oreille hébraïque rappelle l’agneau immolé que dût manger le peuple hébreu la nuit de la sortie d’Égypte. Mais c’est aussi l’image du serviteur souffrant d’Isaïe, conduit comme un agneau à la boucherie. C’est aussi l’Agneau vainqueur, celui qui enlève le péché de façon autrement plus définitive que les agneaux offerts au Temple en sacrifice. Il est venu enlever le péché du monde, le seul, à savoir le refus des hommes de s’ouvrir à la grâce de Dieu, à cause de leur suffisance ! Enlever le péché, c’est détruire à tout jamais le mur élevé par l’homme contre Dieu.
Ainsi Jean-Baptiste se tient là, comme en retrait sur le bord du chemin. Il se laisse enchanter par la voix de l’époux. Il est l’ami de l’époux, voilà la plénitude de la joie.
Jean est bien le modèle de l’humilité ; son désir, son attente sont orientés vers le Sauveur. Jean fixe les yeux sur Jésus. Quelle intensité dans son regard !
« Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu » (Jn 1, 34), ce regard est tout intérieur. Jean reconnaît Jésus, pas à son apparence extérieure, mais bien parce que le visage du Christ irradie le reflet resplendissant du Père
Pourquoi ne pas fixer nos yeux nous aussi sur notre Sauveur ? Fixer les yeux pour entrer en communion avec lui. Ne voir que Lui pour faire grandir le désir de la rencontre : « Nous le verrons face à face. »
Si vous avez une icône du Christ, prenez le temps de prier devant elle et vous verrez qu’au bout d’un certain temps, ce n’est plus vous qui regardez, mais le Christ qui vous regarde. Tel est le miracle de l’Icône ! Contempler pour se laisser regarder, pour entrer dans l’intimité du Seigneur.
Nous le savons bien, Jean sera tenté. On essaiera d’opposer les deux cousins – on veut détruire la charité qui les unifie. Mais la sainteté est plus forte et Jean reste le prophète humble, fidèle à sa mission de préparer le chemin. Les hommes regardent le succès, l’efficacité, mais tout cela n’est que vanité !
« Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui. » (Jn 3, 26). Mais Jean n’est pas jaloux ; il sait que le baptême du Christ est un baptême de feu, à la différence de celui qu’il célèbre. Jean reste à sa place, car il veut rester fidèle à la mission : « Je suis envoyé devant le Christ. » Il demeure l’ami proche, disponible, prêt à servir. Il se tient là pour être à l’écoute du Christ.
C’est cette Parole vivante qui le comble de joie : « Ta parole me suffit » c’est sa nourriture. Cette Parole qui touche le fond de son cœur, car elle réveille la source de la joie. Jean-Baptiste nous conduit à l’essentiel car son désir est de contempler le mystère Trinitaire, là où habite le Christ. Tout comme Marie, le Baptiste nous conduit au Christ ; il nous recentre sur l’essentiel : « Qui croit au Fils a la vie éternelle. » (Jn 3, 36)

Seigneur augmente en nous la foi ; telle est notre prière en ce temps de l’Avent. Le Seigneur attend notre réponse, le don de notre liberté. Dire oui au Christ, c’est accueillir la vie divine en nous. Crois-tu ? M’aimes-tu ? Es-tu prêt à me suivre jusqu’au bout ? Si tu refuses de croire, tu ne verras pas la vie divine. Ce n’est ni une menace, ni un chantage, c’est le poids de notre liberté.
Le Père nous respectera jusque là ! Ce n’est pas Dieu qui me juge, c’est moi qui me mets sous le jugement de Dieu.
Si nous nous offrons à l’amour miséricordieux, avec nos faiblesses, nos limites, nos pauvretés, alors nous choisirons le parti de l’Amour.
Jean-Baptiste nous a montré le chemin.
La seconde figure est aussi un modèle d’humilité ; il s’agit de saint Joseph ; saint Jean-Paul II écrivait : « Le peuple de Dieu aura toujours sous les yeux la manière humble et sage de Joseph de servir et de participer à l’économie du Salut. »
Saint Joseph a en effet participé de manière privilégiée au salut par son « oui « , un oui humble, car il sait que tout vient de Dieu. Il fallait une bonne dose d’humilité pour accueillir un tel appel, car il aurait pu tomber dans l’orgueil recevant une telle mission ! Mais il aurait pu aussi se révolter face à un tel événement ; mais il est sage et juste.
L’Écriture nous dit la façon dont Joseph a vécu ce mystère de Noël. C’est l’ange qui lui donne à contempler le mystère de la maternité de Marie. C’est alors que Joseph « prit chez lui son épouse » (Mt 1, 24).
« Il la prit avec tout le mystère de la maternité, écrit Jean-Paul II ; il la prit avec le Fils qui devait venir au monde par le fait de l’Esprit Saint. Il manifesta ainsi une disponibilité de volonté semblable à celle de Marie à l’égard de ce que Dieu lui demandait par son messager. »
Avons-nous pris Marie avec nous ? Joseph répond  » fiat  » au Seigneur en prenant sa fiancée chez lui et manifeste ainsi sa foi dans le mystère de l’Incarnation. Joseph comme Marie est modèle de l’obéissance de la foi. Il accepte de bouleverser ses projets et de se laisser mener par l’Esprit. Quel beau renoncement fait par amour et ce renoncement est source de liberté. Se remettre totalement à Dieu « dans un complet hommage d’intelligence et de volonté à Dieu qui révèle son dessein d’amour. » (D.V 5)

Il n’est pas si facile de s’en remettre à Dieu, car nous voulons connaître les tenants et aboutissants ! Nous voulons d’abord comprendre ! Or il nous faut commencer par poser un acte de foi afin de mieux comprendre ! Et cela est encore un chemin d’humilité.
Joseph ne négocie pas ; il obéit avec amour. Il accepte l’autorité du messager de Dieu. Le fruit de cette foi, c’est la paternité : « Sa paternité s’est exprimée concrètement dans le fait d’avoir fait de sa vie un service, un sacrifice au mystère de l’Incarnation et à la mission rédemptrice qui lui est liée. D’avoir usé de l’autorité légale qui lui revenait sur la Sainte Famille pour lui faire le don total de lui-même, de sa vie, de son travail, d’avoir converti sa vocation humaine à l’amour familial en une oblation surnaturelle de lui-même. »
Saint Joseph obéissant à l’Esprit, retrouve en lui la source de l’Amour dans un climat de silence. Toutes les actions de Joseph sont d’ailleurs enveloppées de silence, un climat de profonde contemplation. Ce silence a une signification ; il nous fait saisir pleinement la vérité contenue dans le jugement de la Parole : Joseph est juste, c’est-à-dire un saint !
C’est ce silence qui lui permet d’être à l’écoute de la Parole. Que ce soit à l’annonce du mystère, que ce soit avant la fuite en Egypte, Joseph écoute avec attention, car il n’est que désir ! Il ne veut faire que la volonté du Père.
Malheureusement nous vivons dans un monde agité qui ne nous aide pas au recueillement. Que de bruits autour de nous et en nous ! Alors comment être à l’écoute du Seigneur ? Certains me disent qu’ils n’entendent rien ! Certes, nous n’entendons pas des voix, mais nous ne sommes pas sainte Jeanne d’Arc ! Mais la Parole de Dieu, est-ce que nous l’entendons ? Je suis sûr qu’il nous arrive parfois de lire un psaume et à la fin de notre lecture, de n’avoir rien retenu ! Tout simplement parce que nous lisons, mais notre esprit est ailleurs, peu attentif à ce que le Seigneur veut nous dire. Pourtant c’est bien à travers sa Parole que la liturgie nous propose chaque jour, que le Seigneur s’adresse à chacun d’entre nous.
Mais alors comment lire la Parole ? Enzo Bianchi, dans  » Prier la Parole  » donne quelques conseils : tout d’abord  » demandez l’Esprit, vous recevrez la lumière « . Tout comme au début de l’oraison, il faut d’abord nous mettre en présence de Dieu, en commençant par un acte de foi : oui, je crois Seigneur que la Parole que je vais méditer est bien ta Parole et qu’elle est source de vie Eternelle. En ouvrant les Ecritures, nous sommes en présence de Dieu.
N’hésitez pas à demander la grâce de la pureté du cœur, puis invoquez l’Esprit Saint, car toute lecture de la Parole présuppose l’épiclèse, la venue de l’Esprit, pour que l’on ne s’accapare pas la Parole. L’Esprit produit en nous la docilité. Si vous voulez éviter de tomber dans une écoute purement intellectuelle ou spéculative, il faut passer par ce chemin.
La venue de l’Esprit préparée par la prière et la docilité produit le détachement. On ne peut pas lire la Parole si le centre de notre attention demeure notre moi. Il s’agit d’élever son cœur, c’est-à-dire tendre à la connaissance pénétrée d’amour. Cette connaissance amoureuse est celle du cœur, révélation du cœur à cœur.
Le deuxième conseil qu’Enzo Bianchi nous donne :  » Cherchez dans la lecture, vous trouverez par la méditation. »
La lecture priante requiert le silence, la solitude et la fidélité. Tout progrès spirituel naît de cette lecture. Ce que nous ne savons pas de Dieu, nous l’apprenons dans les Ecritures. Ce que nous découvrons, nous le conservons dans la méditation. Et ce que nous avons médité, inspirera notre action.
« Enseigne- moi, Seigneur le chemin de tes ordres,
à les garder, j’aurai la récompense.
Montre-moi comment garder ta loi
Que je l’observe de tout cœur. » (Ps 118)
La partie la plus importante dans la lecture est la rumination de la Parole. Si dans la lecture, c’est l’attention qui est primordiale, dans la rumination, c’est la mémoire qui doit travailler ; mémoire du cœur qui accueille en soi la Parole – c’est cette rumination qui fait que le texte devient Parole.
Le cardinal Lustiger dans son ouvrage  » Premiers pas dans la prière  » conseille d’apprendre par cœur quelques psaumes : « Apprenez donc des psaumes par cœur, vous souvenant que c’est la prière du peuple d’Israël et du peuple de Dieu en son entier, la prière de la Vierge Marie et de l’Église, aujourd’hui comme hier et demain. Les psaumes, c’est d’abord la prière de Jésus lui-même. Par ces mots appris par cœur, nous entrons en une splendide et immense résonnance aux multiples harmoniques, dans la prière de Jésus lui-même. » (p. 36-37)

La méditation consiste à faire passer la Parole dans la vie. C’est pourquoi le dernier conseil est :  » Réalisez la Parole, vous témoignerez du Seigneur. « La lectio divina  » est aussi une école de vie. Il faut que je sois blessé par la Parole, car la Parole est une épée tranchante. Comme saint Joseph, je dois être prêt à bouleverser mon programme.
Deux figures d’humbles croyants qui attendent le Messie.
Seigneur, ouvre nos cœurs pour que nous puissions accueillir l’Enfant-Dieu. Envoie- nous ton Esprit pour que nous puissions être dociles à la Parole ; mieux, que cette Parole prenne chair en chacun d’entre nous pour que nous empruntions ce chemin de sainteté.
Que saint Jean-Baptiste nous apprenne à mettre nos pas dans ceux du Christ. Que saint Joseph nous aide dans nos difficultés comme il le fait pour le Pape François ; écoutez sa confidence : Je voudrais aussi vous dire une chose personnelle. J’aime beaucoup saint Joseph parce c’est un homme fort et silencieux. Et sur mon bureau j’ai une image de saint Joseph en train de dormir ; et en dormant il prend soin de l’Église ! Oui, il peut le faire, nous le savons. Et quand j’ai un problème, une difficulté, j’écris un billet et je le mets sous saint Joseph, pour qu’il le rêve. Cela veut dire : qu’il prie pour ce problème !

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Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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