Troisième conférence spirituelle de l’Avent
publié le 11/12/2016 dans Actualité

le dimanche 11 décembre 2016 à 17h00

Dimanche 11 décembre : « A l’école de la Vierge Marie » 

Quelle joie de pouvoir nous mettre à l’école de la Vierge en cette cathédrale Notre-Dame. La présence de Marie si proche de nous, avec son regard plein de tendresse, nous invite à la suivre, non pas pour nous garder, mais pour nous conduire à son Fils.

Commençons par regarder l’Écriture. Marie n’est pas absente de l’Ancien Testament. Certes, il y a une série de textes qui ne visent pas la Vierge Marie au sens littéral, mais qu’on a coutume de lui appliquer.

Ainsi l’étoile du matin (Ben Sirac 50, 6), l’aurore à la lueur grandissante (Ct 6, 10), L’arc en ciel, signe de paix (Gn 9, 12-13), la terre féconde de laquelle on attend un fruit mystérieux…

Nous avons trouvé également des figures mariales dans les événements de l’histoire sainte comme le paradis terrestre, l’arche de Noé, l’échelle de Jacob, le buisson ardent. Le sein de la Vierge est le sanctuaire du Très-Haut ; elle est le saint des saints, recouvert d’or pur ; l’arche de l’Alliance nouvelle qui contient, non seulement les tables de la loi, mais le législateur lui-même.

On aime la comparer à l’urne d’or remplie de manne, à l’autel des parfums, au chandelier à sept branches. Marie est la nouvelle Eve qui remporte sur le démon une entière victoire et communique la vraie vie.

Elle s’annonce aussi en Sara qui, contre toute espérance, met au monde le fils de la promesse. La sœur d’Aaron, Myriam qui, après le passage de la mer Rouge chante son action de grâces, prélude au Magnificat. (Ex 15, 20-22)

Il y a deux textes prophétiques sur lesquels nous allons nous arrêter quelques instants. Tout d’abord Isaïe 7, 14 : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même nous donnera un signe : voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un fils qu’elle appellera Emmanuel. »

Qui est cet enfant ? le Messie, car les chapitres suivants parlent de ce fils avec des épithètes mystérieuses qui le situent dans la sphère du divin (Is 9, 5). Dès sa naissance, ce fils est investi de l’Esprit Saint avec tous ses dons. (11,2) ; la terre de Juda est la sienne comme celle de Yahvé (14, 2). On attend de lui la victoire définitive qui brisera le joug assyrien (9, 6) et qui marquera l’avènement d’une ère de justice, de prospérité et de paix profonde (11,3).

L’Emmanuel annonce par la manière dont il vient au monde que Dieu entend prendre en mains les intérêts de son peuple, sans la coopération de la dynastie défaillante. Oui, il s’agit bien d’une prophétie messianique et mariale.

Le second texte, vous le connaissez aussi ; il s’agit de Michée 5, 1-2a :

« Et toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter.» La parenté de ce texte avec celui d’Isaïe est évidente. Juda actuellement opprimé, trouve sa consolation dans la prophétie de l’Emmanuel, sa naissance sera un fait miraculeux ; rien d’étonnant alors que cet événement soit le signe d’une délivrance future.

Il est sûr que ces deux prophéties se présentaient comme des indices fugitifs qui ne livrent leur plein sens qu’après coup. Avant la venue du Christ, on ne pouvait dépasser la question : qui est-elle ? Mais n’oublions pas que Dieu a prédestiné de loin la Vierge Marie. Il l’a préparée. Il a même esquissé quelques traits de son visage dans l’Ancien Testament.

Dans le Nouveau Testament, Marie occupe une place plus importante. Le témoignage le plus ancien est celui de l’épître aux Galates : « Dieu envoya son Fils, né d’une femme sujet de la loi. » (Ga 4, 5) Saint Paul ne précise pas qui est cette femme ; est-elle un simple instrument matériel ou un instrument de choix ? On ne peut pas aller plus loin. Alors, il nous faut ouvrir les évangiles. Saint Matthieu donne la clé du texte d’Isaïe dont je viens de parler ; pour l’évangéliste, le Messie est divin.

Luc, lui aussi se réfère aux grands prophètes. Marie est au centre de son récit : l’annonciation avec sa physionomie spirituelle qui se résume dans le contraste de son humble situation humaine avec sa grandeur selon la grâce. Mais n’allons pas trop vite ! Partons de son nom qu’elle révéla à Lourdes à sainte Bernadette : « Je suis l’Immaculée Conception ».

N’entrons pas dans l’histoire du dogme, mais notons simplement que Duns Scot, le grand théologien franciscain du XIIIe siècle, a découvert que le Salut est plus originel et plus originant que le péché originel. Nous sommes enracinés dans le Christ Sauveur avant de l’être dans l’Adam pécheur. La Croix est plus originelle que le péché et la création elle-même a pour fondement la Croix.

Marie est donc conçue sans péché et le Christ est semblable à nous en toute chose, hormis le péché. C’est dire qu’ils sont l’un et l’autre, l’un pour l’autre en état de lutte victorieuse contre le péché. Ils attestent l’un comme l’autre que le péché ne fait pas partie de la structure fondamentale de l’homme voulue par Dieu. Ils témoignent l’un et l’autre que l’on peut être vraiment homme et femme sans être pécheurs.

Ils nous apportent donc un double témoignage : à la fois que la victoire sur le péché est possible, concrète et réelle et que loin de meurtrir l’homme, cette victoire l’épanouit et lui permet de porter ses meilleurs fruits en direction de la communion au Dieu d’Amour.

Oui, la victoire de la charité est possible. Certes, nous n’avons pas le privilège de la Vierge Marie, mais nous serons nous aussi, en Christ, victorieux du péché.

Alors la vraie question n’est pas celle du péché. Le péché n’est que le mystère d’ombre qui souvent nous écrase, mais qui ne devrait jamais nous faire douter de la miséricorde. La vraie question, la seule, c’est celle du Salut, c’est-à-dire celle de la victoire de Dieu sur le péché. Certes, le péché est grave, mais humain ; la miséricorde éclate face au péché avec toute la puissance victorieuse du Dieu d’amour.

Mais avec un tel privilège, Marie devait se sentir loin des hommes ! Plus les hommes sont saints, plus ils vivent dans l’ignorance d’eux-mêmes. Marie était un pur élan vers Dieu. Elle a dû souffrir de voir que beaucoup d’hommes contredisaient en eux ce mouvement. Elle devait souffrir du péché parce que ce péché contredisait non seulement Dieu, mais la contredisait elle-même dans le mouvement le plus intime de son être. Elle a attendu le Sauveur dans une solidarité très profonde avec les pécheurs. C’est notre péché qui fait que nous ne sommes pas solidaires de l’humanité pécheresse. Marie vivait dans une grande compassion et uniquement dans la compassion, sans aucun jugement pour le péché du monde et pour les pécheurs.

Quelle est la signification de ce dogme pour chacun d’entre nous ?

C’est d’abord l’annonce de la victoire de la miséricorde. C’est l’annonce libératrice des temps nouveaux, où Dieu détruira enfin l’égoïsme qui enferme l’homme. Marie nous guide chaque jour sur un chemin de sainteté. Elle ne pourra être qu’une lente et quotidienne victoire. Nous contemplons en Marie la victoire de la Miséricorde qui n’est pas son apanage mais qui est aussi à l’œuvre en nous. C’est le chemin de la vraie foi, de la confiance résolue à la puissance du pardon, du refus de céder au fatalisme du mal.

C’est ensuite un encouragement pour notre combat quotidien. Le Christ nous invite sans cesse à la conversion. Le combat spirituel est le lot de tous. C’est un élément essentiel de la marche à la suite du Seigneur. Il mène ce combat avec nous et en nous, et nous faisons constamment appel à sa force pour tenir bon dans l’épreuve. Tout vient de la Croix glorieuse ! La sainteté rayonnante de Marie nous encourage à poursuivre le combat. Marie la toute Sainte intercède pour que nous soyons saints.

Ce dogme est aussi un enseignement sur le péché et l’amour miséricordieux.

Il nous faut avoir un regard sans complaisance qui situe le péché face à la réalité brûlante de la charité de Dieu, manifestée sur la Croix. C’est le combat de l’Amour absolu contre tout amour excessif de soi. Nous serons présentés au Seigneur avec les cicatrices de nos combats. Il n’y a pas de petit péché, l’enjeu est à chaque heure d’extrême importance.

Et pourtant, il nous faut un regard paisible à cause de la victoire de la Croix. Celui qui se place sous la lumière de la Croix ne se laisse pas écraser par le péché, parce qu’il sait que la Croix est victoire.

Il est temps de parler de l’Annonciation. J’ose vous emmener à Florence au couvent de San Marco. Ceux qui ont eu la chance de visiter ce couvent dont les cellules sont couvertes de fresques de Fra Angelico, se rappellent sûrement la scène de l’Annonciation, œuvre ample et spectaculaire qui nous accueille en haut de l’escalier menant aux cellules du 1er étage.

Une véritable émotion esthétique !

Deux visages : celui de l’ange est aigu, juvénile et ambigu ; celui de la Vierge, dont jamais les traits finement dessinés, ne furent si purement exprimés, est toute gravité. Même position des bras, comme si la Vierge voulait exprimer à la fois sa stupeur et son fiat. Mais n’est-ce pas le sens de ce quomodo : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1, 34)

Que de “ comment ” dans nos vies ! Mais Marie a déjà dit oui, car elle sait que faire la volonté du Père est source de joie et de liberté.

Comment pourrait-elle refuser un tel bonheur ? Elle dit oui par avance, un oui dans la plus profonde humilité : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1, 38) et non comme je l’avais prévu. Ce Fiat provoque le Magnificat. C’est peut-être l’occasion pour nous de redire notre oui au Seigneur, pour aller à la source de la joie.

La scène de la visitation n’est qu’un complément de la scène de l’Annonciation.

La salutation d’Élisabeth peut être considérée comme une imitation de la salutation de l’ange Gabriel.

Marie a-t-elle perçu la divinité du Christ lors de l’annonciation ? Marie, instruite des Écritures, devait être capable de saisir les insinuations dans le message de l’Ange. Marie n’a pas tout ignoré. N’imaginons pas non plus qu’elle ait reçu par science infuse tout le traité de l’Incarnation. Marie est restée pauvre dans l’ordre des concepts et de la science. Sa connaissance de Jésus est restée obscure, environnée de difficultés. Il suffit de lire Luc 2, 48-50 lorsque Marie retrouve Jésus au Temple.

Marie ne connaissait pas l’avenir : elle entrevoyait seulement que Jésus devait revenir à son Père par des voies mystérieuses et douloureuses. Elle savait que son Fils était bien Fils de Dieu, mais cette connaissance était plus profonde que la nôtre, car Marie voyait l’essentiel.

Attentive à la Parole de Dieu, accueillant cette Parole au point qu’elle devienne chair, Marie participe de manière extraordinaire au mystère de l’Incarnation. Elle va mettre au monde un enfant.

Le petit enfant, le Fils du Père Éternel, voilà le paradoxe de la fête de Noël. Nous avons à accueillir ce petit enfant. L’Incarnation devrait nous émerveiller, car cet enfant dans sa faiblesse va nous diviniser. Il est vrai que le Père nous surprend en nous annonçant la venue d’un enfant ; c’est dire que Dieu nous rejoint dans ce que nous avons de plus fragile, de plus faible, de plus désemparé.

C’est Marie qui nous conduit sur ce chemin de l’abandon à une présence plus forte que tout et pourtant si faible aux yeux des hommes. Nous n’avons donc rien d’autre à contempler que la Vierge Marie, visage de celle qui a été la première aventurière de tous les temps parce qu’elle a tenu bon dans cette certitude de foi : nous sommes dans les mains de Dieu.

Dans notre monde marqué par le désespoir et les ténèbres, demeure l’espérance des désespérés, à savoir la Vierge Marie. Il nous faut reprendre alors la prière des pauvres, prière de celles et ceux qui, écrasés par les épreuves, redisent avec confiance le “ Je vous salue Marie ”.

L’Ave Maria nous met face à la Vierge. Ce sont nos deux visages qui sont face à face, celui de Marie et le nôtre. “ Je vous salue Marie ” quelle audace spirituelle, mais aussi quelle proximité. C’est moi qui m’adresse à la Vierge, reprenant les paroles de l’ange. Je m’adresse à elle avec confiance ; dans cette salutation, il y a cette confiance d’un enfant qui se confie à sa mère.

« Marie, pleine de grâce » voilà son nom. Elle s’appelle Marie, mais l’ange ajoute « pleine de grâce » ; c’est ce qui la qualifie et ce titre souligne sa mission, car elle ne garde pas les grâces, elle les distribue. N’ayez crainte, elle ne prend pas la place de son Fils ; en revanche, elle nous aide à accueillir les grâces en préparant nos cœurs. Nous oublions parfois cet aspect de son intercession.

« Le Seigneur est avec vous ». Marie ne vit qu’en présence du Seigneur. Elle s’abandonne à lui, dans l’obéissance de la foi. Même dans les heures sombres, Marie sait que son Seigneur est là ! Au Golgotha, alors qu’elle veut être toute à son Fils, elle accepte cette ultime dépossession : « Voici ton Fils ».

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Bénie parce que vous avez été choisie ; bénie pour être Mère de Dieu ; bénie parce que vous nous montrez la vocation merveilleuse de la femme.

« Le fruit de vos entrailles est béni » : quel beau mystère de porter ainsi l’Enfant- Dieu. Elle ne mettra pas au monde Jésus ; elle met au monde le Fils de Dieu et Dieu lui- même. Nous sommes la seule religion qui nous fait toucher du doigt le Verbe de Dieu.

Après avoir salué la Vierge, nous ouvrons nos cœurs et nous lui faisons nos demandes et elles sont concrètes en fonction de chacun d’entre nous.

«Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.» Nous nous confions à l’intercession de la Vierge. Elle est non seulement Mère de Dieu, mais aussi notre Mère. En nous confiant sa Mère, Jésus veut que nous lui parlions, la dévotion mariale n’est pas une dévotion secondaire. Celui qui est attaché au Christ, est attaché aussi à sa Mère ! L’avons-nous prise chez nous ?

J’aime les mots du Pape François à des jeunes prêtres : « Oublier la Vierge Marie est une mauvaise chose… Et, pour le dire en d’autres termes : si tu ne veux pas la Vierge comme Mère, tu peux être sûr que tu l’auras comme belle-mère ! Et cela n’est pas bon ! »

Et si nous confions nos intentions à Marie, c’est parce que nous sommes pécheurs ! Oh ! Elle ne pardonne pas nos péchés, c’est l’affaire du Fils ; mais elle nous accompagne dans nos combats spirituels et, grâce à sa tendresse maternelle, elle nous conduit à la source de la miséricorde.

« Maintenant et à l’heure de notre mort. » À chaque instant, Marie est avec nous, puisque nous l’avons prise en nos cœurs. Et le jour de notre mort elle sera à côté de nous ; elle nous donnera la main pour que nous puissions faire de notre mort le plus bel acte d’offrande au Père : « Me voici Seigneur. »

Le Pape François s’adressant à des religieuses raconte cette histoire étrange : Il nous exhorte à nous laisser surprendre par le Seigneur ! Mais le Pape aussi nous surprend ! Vous avez appris au catéchisme que c’était Saint Pierre qui nous accueillait dans le Royaume, puisqu’il avait les clefs ! Eh bien, le Pape a révélé à des religieuses que Saint Pierre était fatigué et qu’il était souvent couché et que la porte restait fermée ! Oui, c’est le successeur de Saint Pierre qui l’a rapporté aux sœurs. Mais il a ajouté : « ce que ne sait pas Saint Pierre, c’est qu’il y a une belle dame qui est cachée derrière la porte et qui ouvre grande la porte du paradis » c’est la Vierge Marie. Si le Pape François a raconté cela aux religieuses, c’est pour qu’elles prient un peu plus le chapelet ! N’ayez crainte, saint Pierre n’est pas fatigué, mais je crois aussi que Marie sera bien là, corps et âme, pour nous accueillir.

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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