Première conférence spirituelle de l’Avent
publié le 27/11/2016 dans Actualité

le dimanche 27 novembre 2016 à 17h00

Dimanche 27 novembre : « Le désir de Dieu »

Nous ne pourrons jamais nous habituer au mystère de l’Incarnation ; il doit être toujours source d’émerveillement, pas uniquement celui des enfants devant la crèche, que nous pourrions d’ailleurs retrouver, mais l’émerveillement face à ce Dieu qui s’abaisse, qui prend corps et qui entre librement dans le temps et l’espace.
Ces quatre conférences vous accompagneront tout au long de cet avent pur vous aider à préparer vos cœurs à accueillir le Sauveur. Je vous propose un chemin spirituel, qui, je l’espère va vous nourrir chaque semaine, comme une récollection.
Le premier temps sera consacré au désir, plus précisément le désir de Dieu. N’est-ce pas ce désir qui marque ce temps de l’Avent ? Je commencerai par les psaumes 37 : « Seigneur, tout mon désir est devant toi. » (v.10), et le psaume 41 : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu. » (v.1)
Sommes-nous des chercheurs de Dieu ? Notre cœur est-il tendu vers cette eau vive ? Il s’agit de notre prière ; le grand Saint Augustin, commentant ces psaumes écrit : « Ton désir, c’est ta prière ; si ton désir est continuel, ta prière est continuelle… ton désir continuel ; si ton désir est continue, ta prière est continuelle… ton désir continuel sera ta voix continuelle. Tu tomberas dans le mutisme, si tu laisses retomber ton amour. Le refroidissement de la charité, c‘est le mutisme du cœur ; la flamme de la charité, c’est le cri du cœur. Si la charité demeure sans cesse, sans cesse aussi tu cries ; si tu cries sans cesse, sans cesse aussi tu désires.
Saint Augustin nous donne un critère pur vérifier si notre prière est désir et inversement, c’est la charité. Quelle grâce que tout notre être puisse devenir un saint désir, que notre prière soit la respiration de notre cœur.
Ainsi la première question est bien celle du désir. Rappelez-vous la première question du Christ aux disciples qui le suivaient : « Que cherchez vous ? » et ceux-ci de lui répondre : « où demeures-tu ? »

Il nous faut purifier notre désir, et c’est bien le Christ qui nous y aide.
Pour Nicodème, c’est la purification des désirs imparfaits ; dans le discours sur le Pain de vie, c’est la purification des désirs terrestres.
Pour la Samaritaine, c’est la reconnaissance de sa misère, c’est le paralytique. C’est la reconnaissance de son impuissance.
Chez Lazare, c’est la reconnaissance de son état de mort, et je pourrai ainsi reprendre toutes les rencontres que Jésus a fait dans l’Evangile.
Le grand obstacle est notre suffisance. Elle est sans cesse dénoncée par les psaumes et les prophètes. L’Avent est ce temps privilégié pour aller de la lumière à l’amour. Mais nous sommes rassasiés ; la société de consommation suscite en nous des désirs superficiels qui disparaissent lorsque nous avons ce que nous désirons et grâce à la publicité de nouveaux désirs réapparaissent.
Le désir spirituel est tout autre ; il ne peut que croître ! Mais pour cela, il nous faut accepter de dépendre de Dieu et cela suppose de changer de point d’appui, ne plus s’appuyer sur nos propres forces, mais à cause de nos pauvretés, s’appuyer sur Dieu, cela s’appelle l’espérance ou si vous voulez, c’est la grâce de la première béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux. » (Mt 5, 3), en effet un pauvre de cœur est prêt à tout recevoir de Dieu !
Mais devenir disciple du Christ, n’est-ce pas accepter de suivre le chemin du désir. Alors nous ne risquerons pas de succomber à la tentation de nous satisfaire des premiers résultats. Il est vrai que parfois nous nous arrêtons dans la première auberge venue, mais il ne faut pas s’y installer ! On ne fait pas du sur-place en vie spirituelle, on avance ou on recule et nous reculons souvent plus vite que l’on n’avance ! Notre vie spirituelle est une ascension qui ne doit pas provoquer de découragement. Comme j’aime cette expression de saint Grégoire de Nysse, Père cappadocien du IVe siècle. Celui qui monte ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement ; et les commencements des réalités supérieures n’ont jamais de fin. Jamais celui qui monte n’arrête son désir à ce qu’il connaît déjà ; mais s’élevant successivement, par un autre désir à nous nouveau plus grand, à un autre supérieur encore, l‘âme poursuit sa route vers l’infini à travers des ascensions toujours plus hautes. » (Commentaire Cantique des Cantiques P. G. 44,94 OC)

Dieu demeure donc toujours “ le cherché ” et l’homme ne trouve Dieu qu’en le cherchant ; tel est le désir qui provoque une nouvelle ascension, Dieu est la source éternellement jaillissante dans l’Esprit. Elle tarit la soif mais non le désir.
L’ascension n’est jamais achevée : « Trouver Dieu consiste à le chercher sans cesse… le désir de l’âme est comblé par là-même qu’il demeure insatiable. Car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer. » (Vie de Moïse, 405)
N’allez pas croire que ce chemin est réservé aux mystiques. Vous êtes tous des mystiques grâce au baptême ! Au cœur de tout homme, il y a ce désir de voir Dieu.
Arrêtons-nous quelques instants sur ce beau texte. Avant la célèbre “ Montée du Carmel ” de saint Jean de la Croix, Grégoire est comme le premier guide de la marche vers Dieu. Certes le mystère de Dieu est inaccessible car il est le Tout-Autre : « O Toi, l’au-delà de tout, comment t’appeler d’un autre nom ? Quel hymne peut te chanter ? Aucun mot ne t’exprime » et pourtant, il nous faut faire cette ascension pour découvrir un reflet, avant la vision finale que nous aurons après notre pâque ! Lancé en avant, nous tournons le dos aux faux mirages, nous nous arrachons aux passions proposées par notre monde et qui nous évaluent en paralysant notre essor. Celui qui se laisse séduire par les apparences s’arrête. Il piétine et ressemble à un homme qui marche sur la dune : elle s’ébroue dans ses pas et l’empêche d’avancer. Celui qui se laisse absorber par le plaisir ou le divertissement se donne l’illusion de marcher.
C’est dire que pour progresser, l’âme doit se dégager peu à peu de la pesanteur du sensible qui l’alourdit – la foi est cet arrachement aux réalités terrestres pour recevoir de Dieu la nourriture qui vient du ciel, la manne qui s’adapte à notre besoin et à notre capacité. Non pas des provisions, une sécurité, mais juste ce qu’il faut, le pain du jour, comme nous le disons dans le “ Notre Père ”. Alors peu à peu perce une joie nouvelle qui vient d’ailleurs, c’est la douceur de Dieu – le désert aux sables mouvants se peuple d’une présence qui semble la faire fleurir. Or, celui qui suit le Christ finit par le percevoir ; « Suivre Dieu partout où il mène, cela même c’est voir Dieu. » (Vie de Moïse, 408)
Il est vrai que le cheminement spirituel connaît des alternances de lumière et d’ombre, d’éblouissement et d’obscurité, de découverte et de solitude. Plus nous semblons approcher, plus la cime apparaît loin, car Dieu demeurera insaisissable. Mais Grégoire d’ajouter : « Cette connaissance de Dieu dans la ténèbre même, est une réelle connaissance et elle est susceptible d’un progrès infini. C’est là le grand secret : c’est en cela que consiste la véritable vision de Dieu, dans le fait que celui qui se tourne vers lui ne cesse jamais de le désirer. Et c’est là réellement voir Dieu que de ne jamais trouver de satiété à ce désir ; » (XLIV, 404, A-D)
En nous disant cela, Grégoire de Nysse ne veut pas nous décourager à faire de la théologie, bien au contraire ! Il veut que nous purifions notre désir par l’humilité ; nous ne sommes que des créatures, mais créées à l’image de Dieu, ce qui nous permet d’union à Dieu dans la contemplation. Ecoutons-le une nouvelle fois : « Dans les choses qui sont au-dedans des réalités d’en haut, il n’est pas permis à la créature de sortir de ses porpres limites, mais elle doit se contenter de se connaître elle-même, et il convient alors de se taire. En ces choses, le silence est le meilleur. » (XLIV, 732 )
Nous y faisons l’épreuve de la connaissance que Dieu a de nous et qu’il nous donne de lui, dans l’œuvre qu’il accomplit en nous. Le cœur s’apaise, en reconnaissant de plus en plus la source de cette vérité qui s’accomplit en lui : « Unifie mon cœur pour qu’il craigne ton nom. Saint Augustin dans son commentaire de la première lettre de saint Jean nous montre comment le désir dilate le cœur : « Toute la vie du chrétien est un saint désir. Ce que tu désires, tu ne le vois pas encore ; mais en le désirant tu deviens capable d’être rempli quand viendra ce que tu veux voir… Dieu en différant de se donner, dilate don désir ; par le désir il élargit ton âme ; en l’élargissant, il la rend désir ; par le désir il élargit ton âme ; en l’élargissant, il la rend capable de le recevoir ; c’est notre vie, nous exercer par le désir ; » (Commentaire saint Jean IV, 6)
Alors comment n’être que désir ? C’est là le rôle de la prière.
La prière est un don du cœur et non un travail de l’esprit ! C’est un amour remontant à un autre amour et c’est là le fruit de l’Esprit-Saint qui répand son amour en nos cœurs.
Le chrétien en quête de Dieu est assuré de le trouver, d’être comblé par-delà ses désirs, de biens si grands que la parole ne peut les décrire. « Notre amour est tout en désir ; il n’est pas encore comblé, mais tout ce que dans nos désirs nous demandons au nom du Fils unique, le Père le donne ». (Hom. sur saint Jean 86,3)
Et même si le chrétien par erreur, demande dans sa prière un bien qui ne lui convient pas, Dieu l’exauce en lui donnant une chose différente de celle qu’il demande et meilleure !
Mais où se situe le désir ? Dans notre cœur. « Dieu ne nous entend point à la façon d’une ??, mais par la présence de sa majesté. » (Comm. Ps 5, 2)
Nous avons été créés pour cela : être saints, vivre dans l’amour, en présence de Dieu. Alors nous crions vers le Père non par la voix, mais par le cœur.
Rappelons-nous au début de notre prière, que Dieu est présent en nos cœurs par sa présence de grâces ; présence d’immensité, parfois présence identifiée à l’inhabitation en nous de la Trinité Sainte.
Notre prière exige alors d’être intériorisée parce qu’en son essence elle s’identifie à notre amour, lequel est notre véritable cantique et la réalité la plus intime à nous-mêmes.
« Tu aimes, et en silence : l’amour lui-même, voilà le cantique nouveau. » (Comm. Ps 85,2)
Il s’agit d’une prière qui doit devenir silence pour vibrer dans son originelle pureté.
A force de remonter dans la prière vers sa racine surnaturelle, on peut l’identifier avec le désir qui est le mouvement intime du cœur. D’où la prière incessante : les mots s’arrêtent, s’évanouissent, mais le désir, lui, subsiste dans défaillance. C’est là une des clefs de l’oraison.
« Il est dans l’âme une autre prière, intérieure celle-là et qui n’a pas de cesse, c’est le désir. Quoi que tu fasses, si tu désires le sabbat éternel, tu ne cesses de prier. » (Ps 37, 14)
Alors en ce temps de l’Avent, nous pourrions soigner notre mise en présence de Dieu, pour n’être que désir. Alors notre prière va se tendre vers la Jérusalem céleste. Si constant est notre désir, la paix du repos sera au fond de nos cœurs.
Il n’y a qu’un mouvement de l’âme, c’est l’amour qui se traduit par le désir.
Exercer notre désir développera notre union au Seigneur avec tout notre être. C’est pourquoi la prière nous transforme par l’intérieur ; nous nous adaptons à Dieu ; notre désir n’est plus un objet, mais Dieu lui-même et notre prière se termine alors par l’acceptation de la volonté du Père. La prière modifie mon être parce que je me modèle sur Dieu.
Mais cette prière est une école de vie. Il nous faut vérifier que notre prière soit vraie, c’est-à-dire vérifiée par un authentique sentiment de Dieu – notre seul désir est la vraie charité.
« Si tu veux être un amant de Dieu, aime-le dans une sincérité aussi profonde que la moelle de tes os et dans la chasteté de tes aspirations, aime-le, brûle pour lui, ouvre-toi à lui ; tu ne trouveras rien de plus joyeux. » (Comm. Ps 85, 8)

Il est vrai qu’il faut de la patience, car ce n’est pas facile de devenir le vrai pauvre de Dieu. Il nous faut réaliser que prier, c’est devenir capable de Dieu !
Pour progresser dans notre prière, je vous invite à regarder le Christ. Il deviendra une présence, une présence que je ne peux saisir, mais qui m’entraîne toujours plus loin. La prière fait vivre Jésus en nous. Il devient alors tout intérieur, non seulement modèle à suivre, mais celui qui est en nous comme lui est dans le Père – notre prière n’est plus seulement une prière à Jésus, mais la prière de Jésus en nous. Il n’y a pour l’homme d’accès véritable au Père qu’en Jésus. C’est quand l’homme a découvert Jésus qu’il se fait une véritable expérience de la rencontre, que sa prière atteint sa perfection.
« Tout ce que vous demanderez en mon nom, je ferai pour que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom je le ferai. » (Jn 14, 13-14)
La prière de celui qui demeure en Jésus et en sa parole devient une entrée dans la vie Trinitaire. Plus j’entrerai dans l’intimité du Christ, plus je serai sûr d’être exaucé.
Nous ne sommes jamais seuls dans notre prière. Elle nous conduit à l’intimité avec le Père et elle ouvre notre cœur au monde entier par la charité. Elle reprend tout ce que nous sommes et, nous purifiant, nous entraîne jusqu’aux profondeurs de Dieu. Elle est mouvement, sortie de soi pour être don à l’autre.
Il nous arrive de parfois compliquer notre prière – Dans l’Evangile, c’est si simple – la prière se contente d’exposer la réalité telle qu’elle est. Ainsi Marie à Cana : « ils n’ont plus de vin » (Jn 2, 4). De même Marthe et Marie : « Celui que tu aimes est malade. »
La prière est aussi une demande. Ne soyons pas complexés parce que nous demandons quelque chose au Seigneur. Vérifions simplement que notre prière n’est pas qu’une demande incessante, mais aussi une louange et une action de grâce, sans oublier l’intercession. Il est vrai que l’homme se méprend parfois sur l’objet véritable de sa prière ; pourtant c’est le Bon Dieu lui-même qui l’exhorte à lui faire ses demandes – tout simplement pour respecter la liberté ! Car Dieu sait bien ce dont l’homme a besoin !
Le Christ nous fait découvrir notre vrai désir. Nous partons du besoin immédiat pour s’élever jusqu’à la révélation de la vie véritable. C’est ainsi que la prière devient une profession de foi :

C’est la prière de Nathanaël : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu. »
C’est la prière de Pierre : « Nous croyons et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu. »
C’est la prière de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu. »
J’aurais l’occasion de vous faire une série de conférences sur la prière, mais sachez que prier, c’est se laisser entraîner par le Fils avec son Père, loir de se replier sur elle-même, s’ouvre pour embrasser le monde.
Profitons de cette première semaine de l’Avent, pour reprendre ce chemin de prière qui fera grandir en nous le désir de contempler le mystère de Noël : « Un petit enfant, le Fils du Père Eternel. »
« Oui, Seigneur, viens, ne tarde pas. Fais-nous partager ton intimité avec ton Père. »

 

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Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

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