Cathédrale d’art et d’histoire

Louis VIERNE

Organiste

1870 - 1937

 

 

Né presque aveugle, et resté avec une vue très déficiente malgré une opération des yeux, Vierne fut dirigé vers une carrière d’organiste lorsqu’un oncle musicien eut repéré ses dons musicaux. Elève de César Franck en leçons privées, il entra dans sa classe au Conservatoire en 1890, l’année de sa mort. Il devint alors l’élève du successeur de Franck, Charles-Marie Widor, et deux ans plus tard son suppléant à la tribune de Saint-Sulpice. Il quitta cette charge en 1900, lorsqu’il fut nommé titulaire du Cavaillé-Coll de Notre-Dame de Paris. Sa vie fut une longue série d’épreuves personnelles, mais sa carrière lui apporta de grandes joies. Professeur très estimé, enseignant au Conservatoire, puis à la Schola Cantorum, il trouva en Marcel Dupré et Maurice Duruflé ses disciples les plus remarquables. Mais il fut surtout, avec son aîné Alexandre Guilmant, le premier organiste à donner de véritables récitals. Acclamé jusqu’aux Etats-Unis, il mourut à sa tribune de Notre-Dame, frappé par une crise cardiaque, tandis qu’il donnait son mille sept cent cinquantième concert, c’était le 2 juin 1937.

Comme celle de Widor, son maître et mentor, son inspiration est intimement liée aux instruments de Cavaillé-Coll, dont il exploite mieux que quiconque la palette de timbres et de dynamiques. Aux formes traditionnelles de l’orgue – prélude et fugue, choral ou toccata –, Vierne préfère deux terrains où sa sensibilité peut davantage s’exprimer : la symphonie, où il se place dans la continuité de Widor, et la pièce libre, pure émanation poétique, où il rejoint la sensibilité de Franck.

Vierne laisse six symphonies pour orgue, composées de 1899 à 1930. Leurs tonalités respectives gravissent un à un les degrés de la gamme : mineur, mi mineur, fa dièse mineur, sol mineur, la mineur, si mineur. Une septième et dernière symphonie, en ut, serait venue compléter la série si Vierne, trop malade, n’avait finalement renoncé.

En ce domaine, Vierne est le parfait continuateur de Widor : sa Première Symphonie naît de 1899, tandis que la Romane, dixième et dernière de Widor, verra le jour l’année suivante. Mais aux qualités de son maître – la grandeur orchestrale, le brio instrumental, l’aptitude à dresser de vastes architectures, la connivence avec les instruments de Cavaillé-Coll – Vierne ajoute une harmonie beaucoup plus mobile et originale (dont le chromatisme doit beaucoup à Franck), une cohérence structurelle plus approfondie et, surtout, sa sensibilité de « poète maudit ».
Ce pessimisme, que n’efface pas un sentiment religieux pourtant très profond, trouve son expression la plus touchante dans les mouvements lents que Vierne place généralement en quatrième et avant-dernière position, de l’Andante rêveur de la Première Symphonie à l’Adagio chromatique et douloureux de la Sixième, en passant par le sublime Adagio de la Troisième.
Composée en 1902-1903, la Symphonie n° 2 est la première grande œuvre que Vierne ait composée pour l’orgue de Notre-Dame. Elle s’attira les bonnes grâces d’un critique souvent sévère, et que l’on n’imaginait pas forcément bien disposé à l’égard de l’orgue : Claude Debussy. L’auteur de La Mer fit ce commentaire dans son feuilleton du Gil Blas daté du 23 février : « Samedi dernier, la Société nationale donnait son 308e concert […]. On y découvre toujours quelque chose d’intéressant ; c’est ainsi que samedi on entendit des extraits d’une symphonie pour orgue de M. Vierne, où la musicalité la plus généreuse s’unit à d’ingénieuses trouvailles dans la sonorité spéciale de cet instrument. Le vieux J.-S. Bach, notre père à tous, eût été content de M. Vierne. »
De la Deuxième Symphonie émane une joie que Vierne ne retrouvera dans aucune autre, pas même dans la sixième et dernière, composée en 1930 dans la douceur de Menton. À l’époque de la composition, Vierne jouit de ses rares années de bonheur. Fraîchement nommé à la tribune de Notre-Dame, jeune marié, en attente de son second fils, il voit s’ouvrir devant lui une vie pleine de promesses. Le destin sera tout autre : une mauvaise chute sur un chantier, manquant de le faire amputer de la jambe droite, signera en 1906 le commencement d’une longue série de malheurs.
Toutes les symphonies sont dans des tonalités mineures, qui les infléchissent immédiatement vers des couleurs sombres. Dès le fracassant Allegro maestoso qui ouvre la Troisième Symphonie, peut-être la réussite la plus parfaite de Vierne, cette gravité transparaît. Les six symphonies sont en cinq mouvements, organisées autour d’un morceau central qui se veut plus léger. Dans la Troisième, il s’agit d’un Intermezzo fantomatique, danse désincarnée aux frontières de l’atonalité. Plus on avancera dans les symphonies, plus ce mouvement médian aura de la peine à cacher son amertume, sans rien perdre de son esprit ; et, dans la Sixième Symphonie, il s’agira d’un scherzo proprement diabolique. Quant aux finales venant couronner ces édifices, ils renâclent eux aussi à être ces « happy ends » que l’on attend généralement à de tels endroits. L’envergure, le souffle, la virtuosité sont toujours saisissantes. Vierne y aspire véhémentement à la lumière. Mais celle-ci n’apparaît souvent que voilée.

 

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Louis Vierne à la tribune de Notre-Dame

devant lui, la console de Cavaillé-Coll.
Collection particulière. D.R.

 

A côté de ces partitions monumentales, Vierne a offert à l’orgue deux séries de vingt-quatre pièces, qui explorent chacune les vingt-quatre tonalités majeures et mineures.
Les Vingt-quatre Pièces en style libre , de 1913, s’adressent aux seuls claviers manuels, plaçant leur beauté dans l’expression plus que dans la pure virtuosité. On y découvre notamment la célèbre « Berceuse », exquise harmonisation de Dodo, l’enfant do.
Nées en 1926-1927, les Pièces de fantaisie exigent au contraire des interprètes très experts. Il faut regarder du côté de Debussy, et de ses Préludes pour piano (composés autour de 1910), pour trouver une telle palette d’émotions et de sonorités. Regroupées en quatre suites de six, les Pièces de fantaisie recèlent de nombreux chevaux de bataille : « Naïades » et ses ondulations fascinantes, l’extravagant « Feux follets », le mélancolique « Etoile du soir », l’ébouriffante « Toccata » ou encore le « Carillon de Westminster », où le fameux motif de Big Ben porte une procession puissante vers son apothéose. Par sa grandeur hiératique, « Cathédrales » est un hommage évident à Notre-Dame de Paris, tout comme l’étrange « Gargouilles et Chimères » ; mais cette dernière pièce évoque la cathédrale d’une tout autre manière, « à la façon de Quasimodo furetant dans [s]es hautes galeries », pour reprendre l’image de Gilles Cantagrel.

Vierne laisse d’autres œuvres pour orgue moins connues : des pièces de jeunesse, une Messe basse (1912), une Messe basse pour les défunts (1934) et le Triptyque rassemblant trois pièces très expressives de 1929-1931.

L’orgue intervient par ailleurs dans la magnifique Messe solennelle en ut dièse pour deux orgues et chœur mixte (1900), avec laquelle Vierne salua sa prise de fonctions à Notre-Dame, dans trois motets (Ave Maria pour chœur et orgue, Ave verum pour ténor et orgue, Tantum ergo pour chœur et orgue), et dans la Marche triomphale du centenaire de Napoléon Ier, pour orgue, trois trompettes, trois trombones et timbales, créée en 1921 au Conservatoire de Paris.

Eclipsé par la musique d’orgue, le reste de l’œuvre de Vierne (deux tiers de sa production !) révèle cependant des pages passionnantes, en particulier plusieurs cycles de pièces pour piano, une sonate pour violon et piano, une sonate pour violoncelle et piano, une symphonie et des mélodies inspirées par des poètes comme Verlaine, Baudelaire, Gautier, Hugo ou Anna de Noailles. Mais son chef-d’œuvre hors musique d’orgue est peut-être le bouleversant Quintette avec piano en ut mineur (1918), né dans une période tragique où Vierne, souffrant atrocement des yeux, perdit coup sur coup son frère et son fils.

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La console de Cavaillé-Coll

que Vierne joua durant les 37 années de son titulariat et sur laquelle il s’éteint au soir du 2 juin 1937.
© NDP

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