4e conférence sur la Sainteté : On demande des saints pécheurs
publié le 13/02/2019 dans Non classé

Il y a quelques années, un grand prédicateur de Carême à Notre-Dame, le Père Bernard Bro éditait un livre sur la réconciliation : « On demande des pécheurs ».

Pourquoi un tel titre ? C’est tout d’abord un encouragement, car c’est Dieu qui demande des pécheurs ou plutôt des saints pécheurs. C’est aussi à cause d’une urgence, car la pratique de la confession a baissé ; on préfère voir le psy pour dénouer les nœuds, alors que le sacrement de la réconciliation est là pour ça… et en plus, c’est gratuit.

Depuis des années, les fidèles ont retrouvé la grâce du pardon. Les sanctuaires sont là ; ainsi que les paroisses et les cathédrales.

À Notre-Dame, nous confessons sept heures par jour ; les fidèles sont souvent envoyés par la Vierge Marie, qui avec beaucoup de tendresse, appelle les pécheurs pour qu’ils connaissent la joie du pécheur pardonné.

L’année de la miséricorde voulue par le Pape François a porté de nombreux fruits et je m’en réjouis. C’est l’amour qui est au cœur de ce sacrement et pour les prêtres, pécheurs eux aussi, c’est une grâce qui nourrit leur vie spirituelle, tout comme l’Eucharistie ; nous sommes dépassés et nous sentons bien que c’est le Christ qui agit en nous. Parler de la Réconciliation, c’est ne parler que d’amour et de joie. Pourtant la confession demeure difficile ; essayons de retrouver quelques obstacles pour les exorciser et les franchir.

Tout d’abord, il ne nous est pas naturel de nous dessaisir de ce que nous considérons comme le premier droit de propriété sur nous-mêmes. Nous nous cramponnons à notre justice et cela nous perd. Il faut apprendre à se dessaisir. Dans ce sacrement, se noue la rencontre décisive entre Dieu et l’homme. Nous acceptons d’être reconnus pour ce que nous sommes ; nous nous trouvons en face d’une douceur qui nous sauve parce que Dieu le Père nous aime. Alors, la fausse culpabilité, l’obsession, l’angoisse n’ont plus le dernier mot !

Ensuite, il y a la peur. C’est vrai que la culpabilité peut être morbide. Tant que nous n’avons pas découvert où est la vraie faiblesse, nous risquons de nous laisser entraîner dans une dérive maladive. Nous avons peur de nos fausses culpabilités ;

 

on en reste à un remords qui voudrait que la faute n’ait pas lieu. On souffre de la faute, mais on ne peut pas la supprimer ; alors on regrette mais sans espérer et cela devient une obsession ; celle de la condamnation de soi-même par soi-même dans une culpabilité désespérée. Dieu devient un voyeur et par le fait même il augmente la peur et demande une impossible innocence. Or la Réconciliation, c’est justement l’inverse : le Christ enlève la peur. Il ne dispense pas de nous découvrir coupables ; il nous révèle que notre innocence première est perdue, mais il nous invite à nous en remettre à lui ; c’est pour cela qu’il est mort ! Le Christ nous amène à découvrir que notre véritable culpabilité est beaucoup plus profonde que les infidélités venant de nos fautes.

Nous sommes coupables d’abord parce que nous n’aimons pas et que nous refusons de nous avouer cette incapacité profonde à aimer comme le Christ nous le demande. C’est en découvrant où est la véritable culpabilité que chacun commence à être peu à peu délivré de ses fausses culpabilités.

Il suffit d’accepter de ne pas mettre d’obstacle, de ne pas se durcir sur le chemin où l’on se découvre tel que l’on est, reconnaître ce qui est, et du même coup l’obsession nous quitte. La vraie culpabilité est celle qui nous pousse à nous tourner vers quelqu’un d’autre que nous-mêmes pour aimer. Nous partons comme nous pouvons vers le Père. Rappelons-nous le fils prodigue ; ce n’est pas l’exemple d’une bonne contrition ! Il revient parce qu’il a faim ! Nous ne sommes pas plus brillants. Le Fils prodigue a découvert sa vraie culpabilité devant son père ; elle n’était pas celle qu’il croyait. On peut parler de la béatitude du pardon. Saint Pierre a pleuré à cause de cette culpabilité fondamentale d’être si ingrat vis-à-vis de l’amour.

Nos péchés ne sont que la manifestation de quelque chose de plus fondamentale : nous ne savons pas aimer vraiment. Alors jetons-nous dans les bras du Père et faisons confiance : voilà le sacrement de la miséricorde. Le Père nous redit : « Viens, non pas comme si tu étais à mon niveau, avec tes mérites et tes vertus, mais viens parce que tu n’es pas digne, ni capable, ni pur ; je vais te pacifier par ta démarche même. N’aie pas peur de te laver dans le sang de mon Fils ; il a été versé pour ta réconciliation. » C’est alors que commence le parcours du combattant.

Nous entendons parfois : « mon Père, je veux bien me confesser, mais je ne commets pas de péché ! Je ne vole pas, je ne trompe pas mon épouse ou mon époux ! »

Et je réponds : « mais un saint fait sept péchés par jour ».

Nous avons perdu l’habitude de faire notre examen de conscience. Ce qui définit le péché, ce n’est pas seulement une loi, un règlement, mais une lumière, celle de l’amour.

« Mon Père, je dis toujours les mêmes choses ! Et moi donc ; je ne vais pas inventer des péchés ! » Dieu ne se lasse pas de nous pardonner.

La confession va nous aider à voir nos limites et à les accepter ! En face de cette répétition, nous avons une présence et une fidélité indéfectible, celle du Christ. N’oublions pas que le sacrement de la réconciliation n’est pas un sacrement du passé, mais de l’avenir, de cette possibilité de refaire l’unité de notre vie. Chaque fois que nous nous confessons commence quelque chose d’absolument nouveau : une visite de Dieu qui est une nouvelle naissance ; la confession est là pour nous former progressivement à la rencontre, à la vie, à l’amour de Dieu.

« Si tu veux connaître la tendresse d’un père essaye de t’adresser à Dieu », dit le Pape François, et ensuite raconte-moi ; quel que soit le nombre de péchés que nous pouvons avoir commis, Dieu nous attend toujours et il est prêt à faire la fête avec nous et pour nous. Car c’est un Père qui ne regarde pas si, à la fin, le bilan est négatif : Dieu ne sait rien faire d’autre qu’aimer. »

Mais pourquoi se confesser à un prêtre ? Je m’arrange directement avec le Bon Dieu ! Le prêtre est là pour nous rappeler ce qui est le plus difficile à croire dans notre vie, que nous sommes aimés par Dieu. Si Dieu a pris un visage, s’il est né à Noël, s’il est venu pleurer avec nous, c’est pour la même raison que le prêtre est là ; pour nous redire que le Christ nous aime assez pour que nos péchés n’existent plus.

Certains voudraient se confesser au Curé d’Ars ! Mais il est au ciel ! Il y a plein de curés d’Ars ! Le Pape François nous donne à nous prêtres des conseils pour exercer notre ministère à la manière du Christ :

« La confession ne doit pas être une torture, mais tous devraient sortir du confessionnal avec la joie dans leur cœur, avec le visage rayonnant d’espérance, même si parfois il est mouillé par des larmes de la conversion et de la joie qui en dérive…

Dans ce ministère, vous êtes appelés à exprimer la maternité de l’Église… N’oublions pas : devant nous, il n’y a pas le péché, mais le pécheur repenti, le pécheur qui ne voudrait pas être ainsi mais il ne peut pas…

Il n’y a pas de saint sans passé et il n’y a pas de pécheur sans avenir… la vie chrétienne est pas conséquent une école d’humilité qui nous ouvre à la grâce. »

Faut-il avoir son confesseur ? Pas facile à trouver ; il est bon de se confesser à un prêtre qui connaît notre chemin de conversion ; mais de temps en temps, lors d’un pèlerinage par exemple, on peut se confesser à un autre prêtre qui ne nous connaît pas et qui, grâce à l’Esprit Saint, peut nous donner un conseil qui va nous faire avancer.

Là encore le Pape donne aux confesseurs de précieux conseils : « un confesseur qui prie sait bien qu’il est lui-même le premier pécheur et le premier pardonné… le bon confesseur est un homme de l’Esprit, un homme de discernement… il ne fait pas sa volonté et n’enseigne pas sa propre doctrine…. Enfin le confessionnal est un véritable lieu d’évangélisation… rencontrer la miséricorde signifie rencontrer le véritable visage de Dieu, tel que le Seigneur nous l’a révélé. »

Se confesser à un prêtre, c’est être assuré, de façon concrète que Dieu existe pour nous ; le prêtre est là pour rendre Dieu plus proche.

Autre question : pourquoi avouer ? En effet à quoi bon devoir dire mon péché puisque Dieu le connait ? Alors prenons l’image du médecin ; il ne suffit pas de lui dire que vous êtes malade ; ça, il le sait ; mais de lui préciser où vous avez mal ! L’aveu permet au prêtre de faire un diagnostic spirituel pour orienter ses conseils. Cet aveu devient le signe de la rencontre du pécheur avec le Christ.

Les évangiles présentent trois séries d’aveu :

La prostituée qui clame se déchéance avec des gestes ; en effet elle répand ses larmes sur les pieds du Christ.

Le centurion qui demande une guérison ; mais lui-même n’a pas osé venir : je ne suis pas digne de te recevoir.

Enfin saint Pierre : éloigne-toi de moi Seigneur, car je suis pécheur. »

Les réponses de Jésus sont empreintes de grâce et d’espérance. La prostituée est pardonnée et Jésus la montre en exemple aux pharisiens ; elle les dépasse par son offrande, son amour et sa foi.

Le centurion arrache ce cri au Christ : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé pareille foi ».

Enfin l’élection de Pierre coïncide avec son humilité.

Les trois aveux entraînent plus que le pardon, une sorte de stupeur émerveillée de la part de Jésus.

Qu’y-a-t-il de si admirable dans l’aveu ? De la vérité et de la foi. Le Christ pourrait m’humilier et il m’apporte le salut.

Un cardinal confiait au Pape François : « Quand une personne commence et que je vois qu’elle veut avouer quelque chose, je m’en aperçois ! J’ai compris ! Avance ! Et cela, c’est un père. » L’aveu n’est pas du voyeurisme.

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ! C’est une invitation, dit le Pape, à comprendre les autres, non à les condamner. C’est pourquoi, si tu es prêtre et que tu ne te sens pas capable d’être miséricordieux, dis à ton évêque de te donner un travail administratif, mais ne descends pas au confessionnal, s’il te plait ; car un prêtre qui n’est pas miséricordieux fait beaucoup de mal au confessionnal : il accable les personnes ! »

Alors le Saint Père nous demande de ne pas nous lasser d’être miséricordieux :

« si vous avez le scrupule d’être trop pardonneurs, pensez à ce saint prêtre qui allait devant le tabernacle et disait : Seigneur, pardonne-moi si j’ai trop pardonné. Mais c’est toi qui m’as donné le mauvais exemple ! »

Rappelons maintenant les actes du pénitent ;

Tout d’abord la contrition ! Nous l’avons évoquée avec le Fils prodigue ; la contrition parfaite est un don de Dieu. Nous reconnaissons notre péché et nous en souffrons. La petite Thérèse a connu cette contrition parfaite avant de recevoir le Corps du Seigneur ; elle en a pleuré !

C’est cette contrition qui me pousse à aller me confesser.

Encore faut-il voir son péché ! D’où l’importance d’un examen de conscience à partir de la Parole de Dieu.

Ensuite l’aveu ! Je n’y reviens pas. Simplement attention à l’arbre qui cache la forêt ! Et pour les scrupuleux, pas la peine d’entrer dans les détails. Le scrupuleux à l’art d’entretenir les scrupules. La seule façon d’en sortir, c’est d’obéir à son confesseur, c’est ainsi que saint Ignace s’en est sorti.

Enfin la satisfaction, appelée aussi “pénitence”.  Comment réparer les blessures commises par nos manques de charité ?  N’allons pas réduire la pénitence à trois Ave et deux Pater !

Ce sacrement est un beau et grand mystère ; c’est l’acte absolument gratuit de Dieu qui nous a réconciliés avec lui. Ce sacrement nous montre le vrai visage de Dieu.

Quel est notre Dieu ? Est-ce le Dieu de la loi ? Le Créateur garant de l’ordre moral ? Le législateur une fois pour toutes, des lois naturelles et des lois morales ? Est-ce le Dieu scrutateur impitoyable et implacable ? Ou est-il le Dieu de la grâce ? Notre Dieu est d’abord celui qui nous désire ; c’est lui qui nous cherche ; c’est lui qui nous attire, car il veut nous rendre la liberté des fils et la force de l’Esprit.

« Célébrer le sacrement de la réconciliation signifie être enveloppés par une étreinte chaleureuse : c’est l’étreinte de la miséricorde infinie du Père. Chaque fois que nous nous confessons, Dieu nous embrasse, Dieu fait la fête ! »

Nous sentons à travers les lignes du Pape, la présence de la petite Thérèse qui parle souvent des caresses du Bon Dieu.

Quel est le secret de la vie des saints ? La joie du pécheur pardonné ! Plus nous avançons, plus nous nous confessons, plus nous avons conscience de notre péché. Celui qui ne se confesse pas ne voit plus son péché. Le saint pécheur va sans cesse à la source pour retrouver la jeunesse de son baptême. C’est pourquoi les saints ont toujours des visages rayonnants ; c’est pourquoi ils sont éternellement jeunes. Sainte Thérèse d’Avila se confessait très souvent, car elle en éprouvait le besoin !

Point n’est besoin d’avoir fait tous les péchés du monde pour recevoir le pardon de Dieu. N’oublions pas que dans ce sacrement, le plus important est la grâce reçue et le pas de géant que nous faisons vers le Père. Cette grâce nous fortifie et ravive le don reçu. Nous ne pouvons pas répondre à l’appel à la sainteté, sans les grâces sacramentelles de l’Eucharistie et de la Réconciliation. Oui, nous pouvons être immaculés mais pas par nos pauvres forces, mais par la grâce du Christ.

Oui, nous pouvons vivre en présence de Dieu, car la confession nous réconcilie avec Dieu. Oui, nous pouvons vivre dans l’amour, car la confession me réconcilie avec moi et avec mon prochain. Le pécheur pardonné transforme son regard sur son prochain ; acceptant ses propres limites, il accepte les limites de son prochain. Conscient de son péché, il ne donnera pas des leçons de morale à son prochain, mais l’accompagnera sur ce chemin de sainteté pour qu’il découvre la joie de tout pécheur pardonné.

J’achèverai en disant, si on demande des pécheurs, on demande aussi des confesseurs. Prions pour que le maître de la moisson envoie des ouvriers, sinon nous serons habités par la tristesse du péché et perdrons le goût de la sainteté. Un saint triste est un triste saint ; avec la grâce du pardon, il est transfiguré.

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