2e conférence sur la Sainteté : Un programme de sainteté, les Béatitudes
publié le 13/02/2019 dans Non classé

La semaine dernière, nous avons commencé un cycle sur la sainteté et nous avons réentendu l’appel à la sainteté, en découvrant grâce à l’exhortation du Pape François, « Gaudete et Exultate”, que nous pouvions sans crainte y répondre, en faisant partie de la classe moyenne de la sainteté !

Nous poursuivons la lecture de l’exhortation en relevant tout d’abord deux falsifications de la sainteté : le gnosticisme et le pélagianisme, deux hérésies des premiers siècles.

Le gnosticisme propose le salut par la connaissance et donc par le travail de la raison ; mais « la perfection se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des connaissances qu’elles accumulent. » (37) Attention, cela ne veut pas dire qu’il ne faut surtout pas faire de théologie ! Mais le Pape souligne que les gnostiques n’ont pas de relation personnelle avec le Christ.

Il nous faut vivre la conversion de saint Augustin. Au lieu de “je veux comprendre pour croire”, de commencer par poser un acte de foi “afin de mieux comprendre” ! Telle est la mission du théologien qui doit, quant à lui, se mettre à l’école des Pères : la théologie est le fruit de la contemplation et non de ses élucubrations intellectuelles ; l’âme de la théologie est la Parole de Dieu. Nous ne pourrons jamais enfermer le mystère de Dieu en notre raison ; il nous dépassera toujours ; le croire, c’est être prisonnier de sa raison et de son orgueil. Il y a de nouvelles gnoses d’inspiration chrétienne qui enferment dans un savoir, alors que le savoir devrait être ouverture à l’autre ; leur vérité devient dogmatique et non chemin de liberté.

La seconde hérésie est le pélagianisme. Pélage était un moine laïc qui croyait que par ses propres forces, l’homme pourrait imiter le Christ. Il avait oublié que l‘homme a été blessé par le péché originel et qu’il avait besoin de la grâce. Saint Augustin a combattu cette doctrine qui mettait en péril la théologie de la rédemption. Le pélagien ne veut pas voir ses limites et ne veut pas dépendre de la grâce du Christ. Là encore, l’orgueil est à la racine du pélagianisme : l‘homme peut s’en sortir tout seul !

« L’Église Catholique, dit le Pape, a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui seul prend l’initiative. (52)

 

C’est pourquoi la petite Thérèse dans son acte d’offrande à l’amour miséricordieux écrit : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. »

Il y a encore aujourd’hui des pélagiens, même parmi les chrétiens. Par exemple l’observance de la loi qui tourne à l’obsession est une forme de pélagianisme ; tout comme dans la parabole des fils perdus, le fils ainé croit que l’observance de la loi est la sainteté ; mais il vit avec son Père, à côté de son Père sans être en communion avec lui, car il n’a pas besoin de lui.

« De cette manière, écrit le Pape, on a l’habitude de réduire et de mettre l’Évangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité captivante et sa saveur…  Pour éviter cela, il est bon de rappeler fréquemment qu’il y a une hiérarchie des vertus qui nous invite à rechercher l’essentiel. Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause… En d’autres termes : dans l’épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet de distinguer deux visages : celui du Père et celui du frère. (58-60-61)

Il est temps d’aborder le programme de sainteté, celui des Béatitudes qui ouvre l’enseignement du Christ sur la loi nouvelle en proposant une nouvelle interprétation de la loi sans en retirer un iota. Cette loi est plus exigeante que le Décalogue, mais plus facile à vivre si nous nous laissons guider par l’Esprit Saint. « Les béatitudes ne sont nullement quelque chose de léger ou de superficiel, bien au contraire ; car nous ne pouvons les vivre que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort, de l’orgueil. » (65)

 

« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. »

C’est notre point de départ : avoir un cœur pauvre et ouvert à l‘action de Dieu. Le pauvre en esprit est prêt à tout recevoir tandis que le riche se suffit à lui-même ; il n’attend rien de Dieu. C’est le drame de notre société de consommation ; nous n’avons plus soif de Dieu ; nous ne cherchons plus le Seigneur ; nous n’attendons plus la rencontre. On peut être riche, mais avoir un cœur de pauvre ; il s’agit d’une attitude spirituelle, notre capacité à nous laisser surprendre par Dieu. Marie, grâce à son cœur pauvre et ouvert, s’est laissé surprendre par l’Ange et grâce à son cœur désencombré elle a pu dire “fiat” et chanter le “Magnificat.”

« Heureux les doux, car ils possèderont la terre. »

Cette deuxième béatitude est liée à la première ; en effet la violence est une conséquence de notre orgueil. La douceur désarme, même si au départ nous prenons des coups. La violence engendre la violence.

En revanche, celui qui rayonne la douceur la transmet par son attitude. Je pense à Jean Vanier, l’apôtre des handicapés ; face à des journalistes agressifs qui ne comprenaient pas le bien-fondé de son œuvre, Jean Vanier, avec son sourire que l’on connait a parlé avec douceur du handicap, pour leur montrer que c’était eux les handicapés du cœur. C’est alors que la violence et la haine se sont transformées en douceur.

Je pense aux Petites Sœurs des Pauvres qui s’occupent de nos aînés sans revenus. Un bel accompagnement, entouré de douceur jusqu’à la fin, même pendant l’agonie. La douceur supprime les angoisses. Regarder ainsi les autres avec leurs limites nous apprend à voir les nôtres et à les accepter ; mieux, nous nous apprenons à nous aimer comme nous sommes ; se regarder avec les yeux de Dieu, voilà une des clefs de la sainteté.

« Il vaut mieux toujours être doux, et nos plus grands désirs s’accompliront : les doux « possèderont la terre », autrement dit, ils verront accomplies, dans leurs vies, les promesses de Dieu. » (74)

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. »

« Le monde ne veut pas pleurer : il préfère ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher. » (75)

Et pourtant les larmes sont un don. Elles traduisent la tendresse de nos cœurs ; elles traduisent notre compassion, comme d’ailleurs notre joie.

C’est le Christ qui nous console, car il comprend notre souffrance. Mais nous connaissons, par exemple dans le monde hospitalier, des médecins comme des infirmières qui, par leur douceur, leur écoute, leur présence, consolent le patient qui souffre.

Il y en a qui ne veulent pas pleurer, sans doute par respect humain, mais j’ai envie de leur dire : « ouvrez les vannes ! » Au moment de sa conversion, Augustin s’est mis à pleurer. Son cœur s’était ouvert à la grâce et ce fut un débordement ! Quant à sa mère, sainte Monique, elle a pleuré avant la conversion de son Fils, se désespérant de le voir si loin du Seigneur ; et à l’annonce de la conversion, elle a pleuré, mais là, de joie !

 

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. »

Qu’est-ce que la justice ? N’est-ce pas donner à l’autre ce qui lui est dû ? Cela s’appelle aussi le respect ; notre monde est marqué par l’injustice : chacun pour soi et Dieu pour tous ; c’est le règne de l’égoïsme.

Être juste au sein de sa famille, vis à vis de ses enfants ; être juste au moment d’un héritage, pas si simple !

Être juste au sein de l’entreprise ; certes il y a le respect des lois sociales, mais quel est le regard porté sur chaque employé ?

Être juste et donc ne pas tricher, c’est vrai pour nos jeunes scolaires !

Être juste et accueillir chaque élève comme un don de Dieu, c’est vrai pour tout éducateur.

Je pourrai poursuivre cette litanie ; mais c’est pour vous dire que cette béatitude concerne notre vie quotidienne, parce qu’elle touche nos relations humaines.

« Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté. » (79)

 

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. »

La miséricorde consiste à la fois à donner, à aider, mais aussi à pardonner. Il s’agit du regard que je porte sur l’autre ; non pas un regard de pitié, car il est finalement dominateur ; mais un regard de communion qui dilate mon cœur pour pouvoir partager. Mais la miséricorde consiste surtout à pardonner à la manière de Dieu qui nous a pardonné jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois ! Pourtant, il y a des pardons qui sont bien difficiles à donner, quand il s’agit par exemple d’un meurtre de l’un des siens ! Le pardon est de l’ordre de la grâce ! Nous connaissons des parents qui ont pardonné au meurtrier de leur fille et qui l’accompagnaient même durant sa détention. Eux-mêmes reconnaissent que ce fut un appel du Seigneur et comme tout appel, le Seigneur donne la force de l’accomplir. Il y a parfois des blessures si profondes ! Nous avons l’impression de ne pas avoir pardonné, car notre mémoire est encore encombrée par le passé ! Le Catéchisme de l’Église Catholique précise qu’« il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession ». C’est l’une des perles du Catéchisme ! Arriver ainsi à prier pour celui qui nous a fait souffrir !

Nous avons tous en mémoire l’image de saint Jean-Paul II assis à côté de celui qui a tenté de l’assassiner ; nous ne saurons pas ce qu’il lui a dit, mais cela devait être de l’ordre du pardon ; nous n’oublions pas saint Maximilien Kolbe qui a pardonné à ses bourreaux dans le bunker de la faim en chantant le Magnificat !

Oui, nous sommes bien dans l’ordre de la grâce et il nous faut la demander.

« Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté. »

 

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. »

Le Pape François écrit : « Cette béatitude concerne les personnes qui ont un cœur simple, pur, sans souillure, car un cœur qui sait aimer ne laisse pas entrer dans sa vie ce qui porte atteinte à cet amour, ce qui le fragilise ou ce qui le met en danger. » (83)

Un cœur pur est un trésor ; c’est celui d’un enfant ; il est vrai que le cœur d’un adulte devient complexe, car nous avons l’art de tout compliquer. Il est clair qu’aujourd’hui, il nous faut protéger nos jeunes qui passent des heures par jour sur internet en regardant des sites qui ne les font pas grandir dans la pureté du cœur. La pornographie abîme les cœurs et crée une violence. Il est urgent de réagir !

Comment soigner nos yeux blessés par de telles images ? En prenant par exemple des temps d’adoration ; en regardant un beau paysage ; en s’occupant un peu plus des autres. Et si nous sommes addicts, il ne faut pas hésiter à voir un spécialiste !

« Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté. » (86)

Nous verrons Dieu, si notre cœur est pur ! Habituons nos yeux du cœur à le voir dès maintenant à travers son œuvre qu’il fait en nous et autour de nous.

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »

Là encore, attention à internet qui colporte des rumeurs, des ragots et des mensonges ; comme il est facile aujourd’hui de tuer une personne par une rumeur !

L’artisan de paix est un être de dialogue ; il ne met pas de l’huile sur le feu, bien au contraire ! « La paix est un art qui exige sérénité, créativité, sensibilité et dextérité. » (89) Dans notre monde où il y a tant de conflits, soyons déjà autour de nous des bâtisseurs de paix et d’amour.

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux. »

Cette béatitude rejoint ceux qui ont faim et soif de justice. Pourquoi sommes-nous persécutés ? Car le juste dérange ! Il met en lumière des valeurs qui ne sont plus au goût du jour.

Dans notre monde de compétition, nous proposons la communion ; dans notre monde de mensonge, nous proposons de faire la vérité ; dans notre monde où seul compte le rendement, nous proposons une autre façon de vivre.

« Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. »

Cette dernière béatitude développe la précédente. Comment ne pas penser à tous nos frères chrétiens persécutés dans notre monde ? Mais sans aller jusqu’au martyr, la splendeur de la vérité peut mettre de côté des chrétiens parce qu’ils refusent de poser des actes qui vont à l’encontre de leur conscience éclairée par la Parole de Dieu. Il nous faut demander la force du Seigneur pour lui rester fidèle.

Nous le savons bien, une Église sans martyr serait bien malade !

Il s’agit de reconnaitre le Christ à travers toutes ses béatitudes, car il les a vécues à la perfection ; ce programme, nous avons à le vivre intégralement ; il ne faut pas s’arrêter à telle béatitude ; il faut les vivre avec ce que nous sommes, avec nos talents et nos limites. Le Pape cite sainte Térésa de Calcutta : « oui j’ai beaucoup de faiblesses humaines, beaucoup de misères humaines… Mais il s’abaisse et se sert de nous, de vous et de moi, pour que nous soyons son amour et sa compassion dans le monde, malgré nos péchés, nos misères et nos défauts. Il dépend de nous pour aimer le monde, et lui prouver à quel point il l’aime. Si nous nous occupons trop de nous-mêmes, nous n’aurons plus de temps pour les autres » (107)

La dernière partie de l’exhortation propose cinq caractéristiques de l’amour de Dieu et du prochain. Je me contente de les énumérer. Dans notre monde, le témoignage de sainteté est fait d’endurance, de patience et de douceur.

Ensuite le saint est capable de vivre joyeux avec le sens de l’humour. « La mauvaise humeur n’est pas un signe de sainteté. (126)

La sainteté est une audacieuse évangélisation. Saint Paul VI, dans Evangelii nuntiandi rappelle que « le manque de ferveur… est d’autant plus grave qu’il vient du dedans. » L’Église n’a pas besoin de bureaucrates, mais de missionnaires passionnés de l’Évangile. On n’est pas saint tout seul ; on le devient avec d’autres. Il faut nous encourager.

Enfin la sainteté est faite d’une ouverture à Dieu qui s’exprime dans la prière et l’union à Dieu. C’est ce que nous verrons dans les prochaines conférences.

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