1ere conférence sur la Sainteté : L’appel universel à la sainteté
publié le 13/02/2019 dans Non classé

Une des nombreuses richesses du Concile Vatican II fut de rappeler l’appel universel à la sainteté ; c’est là notre vocation ; en effet pour reprendre l’hymne au Éphésiens de saint Paul : « Dieu le Père nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. » (Ep 1, 4)

C’est pourquoi nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et si par le péché des origines, nous avons perdu la ressemblance, grâce à l’incarnation nous avons pu la retrouver. En effet, poursuit saint Paul : « Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. »

Ainsi non seulement nous ressemblons à Dieu, mais nous sommes ses fils ; il est bien notre Père ! « Nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu » ; nous sommes de Dieu ; nous lui appartenons ; cette appartenance nous rend heureux ; elle ne supprime pas notre liberté, bien au contraire ! Prédestinés au bien, nous répondons ainsi à notre vocation. L’Église est un peuple de saints, même si nous sommes de saints pécheurs, car nous ne savons pas bien user de notre liberté. En effet nous oublions trop souvent que la source de la liberté n’est pas le libre choix, mais la réalisation de ce pour quoi nous avons été créés ; en effet, c’est bien la sainteté qui doit orienter notre choix ! La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut ; notre liberté intérieure s’enracine dans l’amour, en commençant par l’amour de Dieu. Ensuite, nous pouvons faire ce que nous voulons, car nos choix et nos actes accompliront notre vocation.

Je sais que parfois la sainteté fait peur ; on ne se sent pas digne de participer au cortège des saints. Cependant quand on regarde la vie des saints, même si les hagiographies sont parfois dans l’ordre du merveilleux, ils sont eux aussi fragiles et limités, avec leurs combats spirituels. Saint Camille de Lellis, fondateur des Camiliens au service des malades a mis du temps pour discerner sa vocation ; le Curé d’Ars a fui sa paroisse ; la petite Thérèse a douté de la présence du Soleil caché derrière les nuages, trois mois avant sa terrible agonie. Ils ont connu de nombreuses contradictions : rappelons-nous sainte Jeanne d’Arc, le saint Padre Pio, saint Jean de la Croix, et tant d’autres !

 

Le Saint Père, le Pape François a publié une exhortation apostolique sur “l’appel à la sainteté dans le monde actuel“, “Gaudete et Exultate”, le 19 mars 2018 en la solennité de Saint Joseph. Je vous propose d’en reprendre les grandes lignes et de les méditer avec vous ; cette exhortation est un véritable encouragement. Le Pape précise qu’il ne s’agit pas d’un traité sur la sainteté, mais bien plutôt « de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités ».

Alors, ne nous arrêtons pas en chemin ; ne soyons pas des “chrétiens parking” qui se croient arriver ou qui s’installent dans une auberge, croyant avoir atteint le but ! Sans cesse il faut nous remettre en route.

N’allons pas pour l’instant ouvrir des vies de saints connus ; regardons déjà autour de nous, ceux qui peuvent nous encourager : « Il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches. Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur. »

Certes ils ne sont pas officiellement canonisés, mais ils peuvent aussi être saints ! Quand l’Église canonise, c’est pour nous donner des modèles de sainteté et nous encourager à répondre à notre façon, à l’appel à la sainteté. Il ne s’agit pas de refaire ce que les saints ont fait, mais d’adopter leur audace créatrice, leur zèle apostolique, que sais-je ? Les saints ont vécu à une époque qui n’est pas la nôtre ! Les temps ont changé, mais leur spiritualité, leurs attitudes, nous pouvons les imiter.

« Ne pensons pas uniquement à ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés. L’Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple de Dieu » et nous faisons partie de ce peuple. Il s’agit d’entrer dans cette dynamique voulue par Dieu.

Le Pape aime parler de la sainteté “de la porte d’à côté” « de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, “la classe moyenne de la sainteté. »  Heureux sommes-nous de faire partie de cette classe moyenne ; je béatifie rapidement, c’est vrai. Mais le prêtre est bien placé pour voir l’Esprit Saint à l’œuvre chez les petits comme chez les grands. Depuis presque 40 ans comme aumônier, directeur de séminaire, recteur du Sacré-Cœur, curé de Saint-Honoré-d’Eylau, Supérieur de Saint-Jean de Passy, Vicaire général, curé de Saint-François-Xavier et aujourd’hui, recteur de cette si belle cathédrale, je peux témoigner avoir rencontré nombre de fidèles qui font partie de cette classe moyenne et qui m’ont édifié. Que de visages de malades, de jeunes qui découvrent qu’ils sont aimés de Dieu, de consacrées totalement données aux plus démunis, aux prisonniers, de prêtres fidèles qui transpirent la présence de Dieu, des laïcs engagés dans la vie professionnelle, des familles qui rayonnent et tant d’autres. Oh, cela ne se voit pas toujours ! Comme le dit sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix : « dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grandes figures de prophètes et de saints. Mais le courant de la vie mystique qui façonne les âmes reste en grande partie invisible. Certaines âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle. Ce n’est qu’au jour où tout ce qui est caché sera manifesté que nous découvrirons aussi à quelles âmes nous sommes redevables des tourments décisifs de notre vie personnelle. » (Vie caché et épiphanie, Source cachée.)

Mais alors que faut-il faire pour être saint ? Avant même de faire, il faut être ! Nous pensons à des actes héroïques, mais point n’est besoin d’en faire systématiquement ! Il faut d’abord être avec le Seigneur : « Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche ». Choisis Dieu, c’est-à-dire laisse-toi saisir par lui, demeure en sa Parole, en son amour. Écoute-le pour accomplir sa volonté ; vous n’allez pas entendre des voix, mais ouvrez sa Parole et écoutez-la et entrez dans l’obéissance de la foi.

Le Pape donne des exemples tout simples, comme dire du bien de son prochain, alors qu’il est plus facile de critiquer ; de prendre le temps d’écouter alors que nous sommes fatigués ; porter un regard sur quelqu’un que l’on ne regarde plus, ce qui est la plus grande pauvreté ! Comme le Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuan, en prison, il confiait « Je saisis les occasions qui se présentent chaque jour, pour accomplir les actes ordinaires de façon extraordinaire. » Nous retrouvons la spiritualité de saint François de Sales, dans son “Traité de l’Amour de Dieu.” « Voici quelle est la volonté de Dieu : c’est votre sanctification » dit saint Paul dans sa première lettre aux Thessaloniciens (1 Th 4,3). Ainsi, nous n’avons pas toujours le choix, si nous voulons demeurer en Dieu.

Comment faire transparaître la vie du Christ dans l’ordinaire de ma vie ? Il me souvient un jeune rencontré lors d’une récollection ; il était postier et voulait être un saint. Il a accepté de faire la distribution du courrier car cela lui permettait de saluer des personnes isolées au 7ème étage sans ascenseur, même si elles n’avaient pas de lettres, car il savait que ce serait la seule visite de la journée ! Voilà un beau geste de sainteté !

Je pense aussi à un policier rencontré au Dépôt de la Préfecture de Police qui revenait tout bouleversé d’une mission pas simple ! Il avait découvert une personne décédée depuis trois semaines dans un immeuble… Quelle solitude ! Il a prié pour elle, car il se doutait bien qu’elle n’avait plus de relation. Bel exemple de sainteté.

Il nous faut regarder le Christ à travers l’évangile pour l’imiter. Sa façon d’accueillir, de regarder, d’écouter, de prier, de vivre les évènements…

« Chaque saint est un message que l’Esprit Saint puise dans la richesse de Jésus-Christ et offre à son peuple. »

Comment pourrais-je oublier les sœurs de Marie-Joseph et de la Miséricorde qui étaient entre autres, gardiennes de prison au dépôt, avant sa fermeture ; que de petits gestes qui ont fait de cette prison un royaume d’amour et de paix, alors que ce monde carcéral peut être si violent : le regard porté sur ces femmes lorsqu’elles arrivaient avec une fouille respectueuse ; lorsque les sœurs fermaient la cellule, elles prenaient le temps pour éviter de faire ce bruit terrible qui signifiait la fermeture de la cellule. Point de jugement sur les faits, c’était l’affaire de la justice, mais une aide à voir son histoire de péché. Je pense à cette maman qui avait volé des jouets pour les offrir à ses enfants et qui me dit : « les sœurs m’ont fait comprendre que mes enfants avaient surtout besoin de mon amour. » Chemin de conversion grâce à l’amour de ces consacrées ; elle est repartie, comblée de jouets, mais là, offerts par les religieuses !

Il nous faut discerner le message de l’Évangile que Dieu veut délivrer au monde pour l’ensemble de notre vie. Pour cela il nous faut découvrir ce dont notre monde a besoin et « le Seigneur l’accomplira même au milieu de nos erreurs et de nos mauvaises passes, pourvu que nous n’abandonnions pas le chemin de l’amour et que nous soyons toujours ouverts à son action surnaturelle qui purifie et illumine.

Il nous faut bien lier action et contemplation : « Nous sommes appelés à vivre la contemplation également au sein de l’action, et nous nous sanctifions dans l’exercice responsable et généreux de notre propre mission. » La prière n’est pas une fuite mais elle est nécessaire pour éviter de tomber dans un activisme effréné ; le prêtre par exemple, s’enrichit spirituellement par son ministère pastoral si, et seulement si, il poursuit sa mission dans sa prière pour offrir au Seigneur les rencontres, car c’est bien le Christ qui sanctifie et qui porte les misères et les souffrances du monde. Ne nous prenons pas pour le Bon Dieu ! Nous sommes tellement sollicités par les nouveaux moyens technologiques, mais l’informatique, le smartphone ne remplaceront pas les rencontres face à face ! Que de temps perdu devant nos écrans, que d’âmes troublées par les images peu édifiantes qui sont à la portée de nos jeunes.

« Comment donc, écrit le Pape, ne pas reconnaître que nous avons besoin d’arrêter cette course fébrile pour retrouver un espace personnel, parfois douloureux mais toujours fécond, où s’établit le dialogue sincère avec Dieu ? »

C’est pourquoi le Pape prend chaque soir cette heure silencieuse pour faire mémoire de ce qu’il a vécu dans sa journée et Dieu sait que la vie d’un pape est bien remplie ! Dans nos vies agitées, surtout si nous sommes dans des villes comme Paris, nous avons besoin de nous asseoir près du Seigneur. Attention, il ne s’agit pas de vivre comme des moines, sauf si nous sommes appelés au monachisme, mais de prendre du recul sur ce que nous vivons. Une bonne détente est nécessaire et ce n’est pas un péché que de prendre du temps gratuit avec sa famille ou des amis. Il nous faut retrouver cet équilibre souvent menacé par notre environnement numérique où toutes les trois secondes, nous regardons nos tablettes ou nos téléphones… et certains ont même deux ou trois téléphones… l’enfer ! qui entretient le stress. Nous entrons dans une compétition, alors que nous sommes créés pour devenir des êtres de communion. En vous disant cela, je ne nie pas l’apport de ces technologies, mais il me semble important de vérifier notre liberté, souvent en danger !

Alors « N’aie pas peur de la sainteté ». Nous avons toujours peur d’être sous la dépendance de Dieu, comme s’il allait nous rendre esclaves ; mais c’est ce monde qui peut nous rendre esclaves, accros comme on le dit aujourd’hui.

Dieu en proposant le chemin des béatitudes, commence par « Heureux », oui, c’est un chemin de bonheur, parce que c’est un chemin de liberté. Un saint triste est un triste saint ! Par définition le saint est dans la joie, de cette joie intérieure qui irradie sur son visage. C’est la joie qui évangélise. Écoutons notre Pape François dans une de ses homélies à Sainte Marthe : « lorsque les chrétiens vont à l’église pour louer Dieu, ils semblent être à un enterrement plutôt qu’à une célébration joyeuse… sans la joie, nous devenons esclaves de notre tristesse. »

Il a parfois des mots sévères sur ces tristes chrétiens qui trahissent la joie de l’Évangile : « il y a ceux qui croient que la vie chrétienne doit être prise extrêmement au sérieux et qui finissent par confondre solidité et fermeté avec rigidité. Les chrétiens rigides pensent que pour être chrétiens, il faut se mettre en deuil, en prenant tout au sérieux, attentifs aux formalismes, ce sont les pélagiens d’aujourd’hui qui croient dans la fermeté de la foi et qui sont convaincus que le salut réside dans la façon dont je fais les choses ; je dois les faire sérieusement, sans joie… Ce sont des chrétiens déguisés. »

La joie est missionnaire ; on ne suivra pas des chrétiens qui sont tristes comme des bonnets de nuit ou qui ont des têtes de poivrons vinaigrés. Retrouvons la joie d’un saint Philippe Néri qui n’hésitait pas à tirer la barbe des cardinaux endormis pendant l’office ; celle d’un saint Jean-Paul II qui n’avait pas oublié ses talents de comédien ! même au cœur de sa maladie, il y avait toujours ce sourire qui transparaissait. Nos communautés doivent être joyeuses, sinon les jeunes fuiront nos liturgies qui doivent faire transparaître la joie de Dieu.

Terminons le premier chapitre de cette exhortation : « N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. »

Comme en écho aux premières paroles de saint Jean-Paul II, François nous invite à quitter nos peurs ; il y a une conversion à faire : la sainteté est accessible et elle rejoint nos fragilités. C’est tout l’enseignement de la petite voie thérésienne si chère à notre Pape.

« Me grandir c’est impossible, il faut donc que je m’accepte comme je suis » et c’est ainsi que Dieu nous porte.

Je termine avec ce mot merveilleux de Léon Bloy qui achève la première partie : dans la vie « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints. »

Alors soyons saints pour être dans le bonheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

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