5e Conférence sur Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus
publié le 15/02/2018 dans Non classé

 

Nous terminons notre cycle de conférences sur Thérèse avec la Vierge Marie. La Vierge, un sourire maternel, plein de tendresse, la pété mariale de la petite Thérèse a été profondément influencée par le sourire dont elle bénéficiera le 13 mai 1883. Un sourire qui la pénétra jusqu’au fond de l’âme et qui l’a guérit immédiatement. Écoutons-là : « Tout à coup la Sainte Vierge me parut belle, si belle que jamais je n’avais rien vu de si beau ; son visage respirait une bonté et une tendresse ineffables. Mais ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme, ce fut le ravissant sourire de la Sainte Vierge. Alors, toutes mes peines s’évanouirent, deux grosses larmes jaillirent de mes paupières et coulèrent silencieusement sur mes joues, mais c’était des larmes d’une joie sans mélange… Ah ! pensais-je, la Sainte Vierge m’a souri, que je suis heureuse. » (Manuscrit A 30.)

Comme il est bon de lire ce passage sous le regard de la Vierge du pilier, Notre Dame de Paris, avec cette tendresse qui la caractérise et qui touche les visiteurs qui la regardent ; ils sont frappés par le fait que c’est d’abord elle qui regarde et qui attend qu’on lève notre tête vers elle pour lui sourire. Une mère attentionnée attend toujours ses enfants sans s’imposer.

Thérèse va se laisser imprégner par cette tendresse maternelle. Elle sait par avance que par le mystère de son Assomption, le Corps de Marie est déjà glorifié, que son regard est capable de se poser simultanément sur chacun de ses enfants. Il est vrai que la carmélite n’est pas toujours en train de prier la Sainte Vierge, mais elle sait que sa maman du ciel ne cesse de la saluer et de lui sourire. D’ailleurs, le merveilleux sourire de Thérèse devait quelque chose au sourire de Marie ! Marie n’est que sourire.

L’un des plus grands secrets de sa joie, c’était son habitude qu’elle avait prise de vivre sous le regard plein de tendresse de la Vierge.

« Ton regard maternel bannit toutes mes craintes » ; (PN 54, 18) nous comprenons alors pourquoi Thérèse était si loin du jansénisme : « En ton regard, je lisais ta tendresse et près de toi je trouvais le bonheur » (PN 49, 1). C’est ainsi que Thérèse se tourne toujours vers sa Mère du ciel pour connaître les observations à faire aux novices qu’elle reçoit en direction spirituelle.

 

Et quand elle descend à l’infirmerie, on y transporte la statue de la Vierge et on l’installe face à son lit de souffrance. Un manteau virginal ne cessait de l’envelopper et de la protéger.

En novembre 1887, Thérèse s’agenouille à Paris devant la statue de Notre Dame des Victoires et lui demande la grâce d’entrer bientôt au carmel et à aller s’y cacher « à l’ombre de son manteau virginal ». (Manuscrit A 57)

Le 9 avril 1888, son rêve se réalise et durant son noviciat, Thérèse reçoit la grâce de sentir à quel point elle se trouve effectivement au Carmel sous le manteau de Marie. « Il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes choses de la terre. Je suis restée une semaine entière. » (Carnet jaune 11, 7, 2)

La jeune carmélite a compris que nous devons vivre toute notre vie chrétienne en Marie, qu’elle est le sein maternel dans lequel nous avons le droit et le devoir de nous abandonner pour y être formées à l’image de Jésus. Elle croyait de tout son cœur qu’en se laissant porter par Marie et envelopper sous son voile, elle vivait davantage unie au Christ.

« Ah ! Céline, écrit-elle à sa sœur alors en pèlerinage à Lourdes, cache-toi bien à l’ombre de son manteau virginal, afin qu’elle te virginise. » LT 105)

Thérèse ne se contente pas de vivre sous le regard de Marie et en elle. Elle aime contempler la façon dont Marie a vécu son pèlerinage sur terre afin de lui ressembler. Marie est un modèle que tous ses enfants peuvent imiter : « Tu me la fais sentir, ce n’est pas impossible de marcher sur tes pas, Ô Reine des élus. » (PN 54, 8)

C’est pourquoi Thérèse n’aimait pas les sermons sur Marie qui exaltaient ses privilèges et ses vertus au point de la rendre inimitable. Dans un célèbre passage, Thérèse nous confie qu’elle aurait voulu être prêtre pour prêcher sur la Vierge Marie. « Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à son sujet… » et elle poursuit « pour qu’un sermon sur la Sainte Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple… On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil, à son lever, fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! Que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaitre la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus…

Enfin, ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c’est qu’elle ne pouvait pas pécher, mais d’autre part, elle a eu bien moins de chance que nous puisqu’elle n’a pas eu de sainte Vierge à aimer ; et c’est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle. » (23 août 1897)

Voilà notre Thérèse spontanée et simple, avec une pointe d’humour. Oui, Marie est d’abord une créature comme vous et moi et je ne dois pas taire cette affirmation, même si Marie est une créature d’exception. Thérèse admire surtout la foi de Marie. Elle est le modèle de l’obéissance de la foi, à la suite d’Abraham, notre père dans la foi.

Dans sa rencontre avec l’ange, Marie est ouverte à la proposition, même si elle ne comprend pas comment cela va-t-il se passer : quomodo ! Que de comment dans nos vies, ! Nous faisons confiance en la Parole de Dieu, c’est alors le fiat : « qu’il m’advienne selon ta parole ». Suit enfin le Magnificat, car la joie est le fruit de notre oui au Seigneur.

La foi de Marie, lorsqu’elle retrouve son fils âgé de 12ans parmi les docteurs de la loi ! A-t-elle compris la parole énigmatique de Jésus ? Bel acte de foi souligné par Thérèse : « Enfin tu l’aperçois et la joie te transporte,

Tu dis au bel enfant qui charme les docteurs

Ô mon Fils, pourquoi donc agis-tu de la sorte ?

Voilà ton père et moi qui te cherchions en pleurs.

Et l’enfant Dieu répond (Oh quel profond mystère !)

À la mère chérie qui tend vers lui ses bras

Pourquoi me cherchiez-vous ?… Aux œuvres de mon Père

Il faut que je m’emploie ; ne le savez-vous pas ? »

 

À Cana, Marie a vu l’embarras et l’agitation en cuisine : « il n’y a plus de vin ! » Il fallait ce regard attentionné de la Vierge et surtout l’audace de la foi : mon Fils va arranger cela ! Quel bel acte de foi, alors que son Fils lui précise que son heure n’est pas venue, Marie dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira, même si cela vous paraît impossible car rien n’est impossible à Dieu. »

Oui, Marie est celle qui peut nous aider à croire, car son chemin ne fut pas si simple.

Thérèse admire également l’humilité de Marie, étonnée d’être choisie pour être la Mère du Messie. Écoutons là :

« Oh ! Je t’aime, Marie, te disant la servante

du Dieu que tu ravis par ton humilité

Cette vertu cachée te rend toute puissante

Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité.

Alors l’esprit d’amour te couvrant de son ombre

Le Fils égal au Père en toi s’est incarné

De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre

Puisqu’on doit l’appeler : Jésus ton premier-né. »

Toute la vie de Marie fut humble et effacée. Elle n’est pas la reine-mère ! Elle ne s’impose pas ; elle suit son Fils, mais en retrait « Qui est ma mère ? Celle qui fait la volonté de celui qui m’a envoyé ». Ce verset n’est pas anti-mariologique ; Jésus veut nous montrer ce qui caractérise sa mère ; comme lui, elle ne fait que la volonté du Père. Marie proche de son Fils est en même temps éloigné, voilà une belle définition de la chasteté. Marie n’est pas possessive ; elle sait que son Fils ne lui appartient pas ; Il est du Père et retourne vers son Père. Elle vit continuellement cette dépossession, même au pied de la Croix, où le Fils lui-même lui demande de s’occuper plutôt de Jean que de lui-même. Marie reste dans le silence jusqu’à son assomption. Elle est là avec les disciples au Cénacle en attendant le don de l’Esprit, mais elle ne dit mot ! « Et la Mère de Jésus était là ! » Tout comme dans notre vie spirituelle, sa présence est parole qui nous met dans la confiance et l’abandon.

Thérèse trouve ainsi en Marie le modèle du silence contemplatif :

« Quand je vois l’Éternel enveloppé de ses langes,

Quand du Verbe divin, j’entends le faible cri

Ö ma Mère chérie, je n’envie plus les anges

Car leur puissant Seigneur est mon frère chéri !

Que je t’aime, Marie, toi qui sur nos rivages

As fait épanouir cette divine Fleur !

Que je t‘aime, écoutant les bergers et les mages

Et gardant avec soin tout chose en ton cœur. »

 

Comme il est difficile de faire silence en notre vie si agitée. Nous avons même peur du silence. À peine arrivés, nous mettons la radio ou la télévision en route. Et pourtant, méditer en son cœur ce que nous vivons, n’est-ce par prendre le recul nécessaire ? Le Pape François nous invite à plus de discernement, mais pour cela il nous faut vivre un peu plus au niveau du cœur. Voilà le drame de notre temps où tout va si vite ; on ne sait plus s’asseoir pour contempler un beau paysage, pour écouter le chant des oiseaux, pour regarder l’étendu de la mer ou des montagnes.

Je ne sais si Marie avait le temps de voir les si beaux paysages d’Israël, mais elle méditait ce qu’elle vivait et les gardait en son cœur. N’est-ce pas ce que doit être notre prière ? Un temps où l’on fait mémoire de tout ce que Dieu nous donne, où nous discernons sa présence, sa façon de nous conduire, là où il nous invite à la confiance et à l’abandon. À la crèche, au temple avec le vieillard Syméon, en Egypte, à Nazareth, à Jérusalem, Marie retenait en son cœur tout ce qu’elle vivait pour y découvrir le dessein d’amour de Dieu.

 

Ce que Thérèse aime par-dessus tout mettre en valeur, c’est que Marie a partagé toutes nos souffrances. Écoutons-là une nouvelle fois :

Il faut pour qu’un enfant puisse chérir sa mère

Qu’elle pleure avec lui, partage ses douleurs.

Ô ma Mère chérie, sur la rive étrangère

Pour m’attirer à toi, que tu versas de pleurs !

En méditant ta vie dans le saint Évangile

J’ose te regarder et m’approcher de toi

Me croire ton enfant ne m’est pas difficile

Car je te vois mortelle et souffrant comme moi. »

Marie est proche de chacun d’entre nous, encore faut-il la prendre avec nous ! Une mère est une confidente. Saint Jean en prenant avec lui Marie comme Mère a dû se confier à elle, l’écouter. Notre relation à la Vierge doit être simple, spontanée ; nos lui parlons parce que nous savons qu’elle est là, toujours disponible. Nous lui confions nos souffrances parce que nous savons qu’elle les partagera et les confiera à son Fils ! Car Marie ne garde rien pour elle ; elle sait que le Christ est l’unique médiateur. Mais son intercession est efficace ; elle console, adoucit, pacifie. Au cœur de la détresse, nous n’arrivons même pas à prier, alors il nous reste la prière du pauvre, mais si efficace, l’Ave Maria.

Marie, modèle de foi et d’amour ; ne cherchons pas à l’égaler ; demandons-lui plutôt de nous partager ses vertus :

« Ô Mère bien-aimée, malgré ma petitesse,

Comme toi je possède en moi le Tout-Puissant

Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :

Le trésor de la mère appartient à l’enfant.

Et je suis ton enfant, ô ma mère chérie,

Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?

Alors lorsqu’en mon cœur descend la blanche hostie

Jésus, ton doux Agneau, croit reposer en toi ! »

Thérèse, à chaque communion, demandait cette grâce à la Vierge Marie. Marie a ce charisme de désencombrer les cœurs pour permettre à son divin Fils d’y trouver une place de choix. Marie aime faire le ménage dans un cœur pour partager son trésor de foi et d’amour.

Mais n’allons pas croire que la sainteté de Marie rende insignifiants nos pauvres actes de vertu. Marie n’éclipse pas la gloire de tous les saints, comme nous l’avons rappelé un peu plus haut.

 

 

Elle veut au contraire, mettre en valeur ce qu’il y a de bien chez ses enfants. Marie est une bonne éducatrice ; elle encourage et refuse de nous mettre la tête sous l’eau.

La véritable couronne de la Reine du ciel, c’est la couronne fournie par tous ses enfants chantant avec elle les miséricordes du Seigneur.

Si Marie est Reine, c’est parce que chaque saint est lié à Marie.

Tout disciple du Christ a une spiritualité mariale, parce que le Christ nous a confiés à sa Mère et que nous l’avons prise chez nous.

Tout comme un bon cours de théologie sur le Christ doit comporter un chapitre sur Marie. Elle est au cœur du mystère de l’Incarnation. Elle nous rappelle la grandeur de l’humanité du Christ.

Enfin, Marie est une mère à qui l’on peut tout demander. Thérèse nous a confié sa difficulté à réciter le chapelet, sans doute parce que son âme d’enfant préférait s’adresser à Marie de façon plus spontanée. Mais dans ses actions de grâce elle compte beaucoup sur Marie qui est un peu la sacristine de son âme. Voici ce qu’elle nous confie : « Je ne puis pas dire que j’aie souvent reçu des consolations pendant mes actions de grâce, c’est peut-être le moment où j’en ai le moins… Je trouve cela tout naturel puisque je me suis offerte à Jésus, non comme une personne qui désire recevoir sa visite pour sa propre consolation, mais au contraire pour le plaisir de Celui qui se donne à moi. Je me figure mon âme comme un terrain libre et je prie la Sainte Vierge d’ôter les décombres qui pourraient l’empêcher d’être libres, ensuite je la supplie de dresser elle-même une vaste tente digne du ciel, de l’orner de ses propres parures et puis j’invite tous les saints et les anges à venir faire un magnifique concert. Il me semble, lorsque Jésus descend dans mon cœur, qu’il est content de se trouver si bien reçu et moi je suis contente aussi. » (Manuscrit A, 80)

Les derniers entretiens nous montrent Thérèse priant la Sainte Vierge avec une audacieuse confiance. La carmélite ne craint pas de demander à sa Mère du ciel les choses les plus simples. Elle laisse Marie faire le tri entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas. Elle demande par exemple à la Sainte Vierge de ne plus tousser la nuit afin de laisser dormir Sœur Geneviève qui dort sans la pièce attenante à l’infirmerie. Mais « quand on a prié la Sainte Vierge et qu’elle ne nous exauce pas, c’est signe qu’elle ne veut pas. Alors, il faut la laisser faire à son idée et ne pas se tourmenter ».

D’ailleurs nous savons que Thérèse n’aimait guère se plaindre auprès du Bon Dieu : « Il ne faut pas trop lui dire que nous sommes mal sur la terre : ce serait avoir l’air de ne pas apprécier la tendresse sans mesure dont il nous aime ».

 

 

Cependant, lorsque Thérèse souffre et Dieu sait qu’elle a souffert dans ses crises d’étouffement, elle ose se plaindre à la Sainte Vierge. Il lui arrive même de demander à Marie de lui prendre la tête dans ses mains pour qu’elle puisse la supporter.

Admirable simplicité d’un cœur d’enfant qui croit sans réticence en la présence toute proche de Marie dans sa vie.

Nous comprenons pourquoi notre pape François si attaché à la spiritualité thérésienne, ait une dévotion mariale si importante. Un jour, s’adressant à des religieuses, il leur dit : « Mes sœurs, saint Pierre est fatigué et quand il est fatigué, il est couché et s’il est couché, la porte du ciel est fermée. Catastrophe ? Non, car ce que ne sait pas saint Pierre, mais que sait son successeur, c’est qu’il y a une belle dame à la porte du paradis et qui attend ses enfants chéris, c’est la Vierge Marie et elle, elle ne fait pas de trie, elle fait passer tout le monde !

Face aux sœurs ébahies, le Pape leur a dit que c’était une parabole, car saint Pierre n’est pas du tout fatigué ! Mais comme dans toute parabole, il y a une leçon… vous ne perdrez pas votre temps en priant Marie, car c’est un bon placement. »

Le 23 août 1897, en pleine crise d’occlusion intestinale, Thérèse reprenait spontanément deux vers de son dernier poème marial :

« L’étroit chemin du ciel tu l’as rendu visible,

en pratiquant toujours les plus humbles vertus ».

Mais sans y prendre garde, elle changera un mot de son poème, visible devient facile :

« L’étroit chemin du ciel tu l’as rendu facile. »

Oui, avec Marie et en elle, tout devient plus facile, maintenant et jusqu’à l’heure de notre mort.

 

 

 

à voir aussi
Le recteur-archiprêtre

Né le 11 octobre 1951, Patrick CHAUVET est ordonné prêtre du diocèse de Paris en 1980 par le cardinal François MARTY. Professeur de français, latin et grec de 1972 à 1975 à l’institution Sainte-Croix de Neuilly, ou il devient aumônier après son ordination.Il est nommé en septembre 1984 directeur du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Professeur […]

allumer une bougie à notre-dame